Le déni ne protège pas l'Église

Extraits d'un texte de Nuntiatoria, traduit par le collectif des victimes de l'Institut du Christ Roi.

  Semaine du 19 au 25 octobre 2026 (article 5/5)  

Formation (140) Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (9)

Le collectif des victimes de l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (ICRSP) publie la traduction française d’un texte de Nuntiatoria, « L'Église n'a pas besoin de notre déni », consacré à la gestion des scandales dans l'Église. L'auteur y soutient que le caractère sacré de la charge sacerdotale rend la trahison plus grave, et que le reconnaître ne dénigre pas le sacerdoce. Il décrit aussi le cléricalisme comme une attitude à laquelle les laïcs participent lorsqu'ils s'interdisent de poser des questions, et il avertit que le déni institutionnel ne fait que retarder la crise de foi en la rendant plus destructrice. Les catholiques traditionalistes, rappelle-t-il, n'en sont pas à l'abri. Voici quelques-uns de ses passages.

La gravité morale de la trahison pastorale

Face aux dérives documentées au sein de certaines structures traditionalistes, le rappel théologique s'impose : « Saint Thomas d'Aquin en donne le corollaire moral. Le scandale, bien compris, est une conduite immorale qui entraîne la chute spirituelle d'autrui. Son horreur particulière dans la vie ecclésiastique réside dans le fait que l'autorité sacrée elle-même peut être source de préjudice ou d'égarement. Le prêtre qui abuse de la confiance que lui confère sa charge ne commet pas simplement une infraction sexuelle privée, tout en portant par hasard la soutane. Il corrompt une relation où la confiance spirituelle, l'autorité sacramentelle et la vulnérabilité pastorale ont créé les conditions mêmes de la trahison. »

La responsabilité accrue des figures d'autorité

La gravité des faits subis par les fidèles ou les membres fragiles trouve un écho direct dans ce constat : « La faute est plus grave, et non moindre, lorsque l'offenseur est quelqu'un dont la fonction devrait faire de lui un protecteur. Reconnaître cela ne dénigre pas les ordres sacrés. Cela témoigne du sérieux avec lequel on s'engage à comprendre pourquoi leur trahison est si terrible. »

[…]

La soutane ne doit pas être un prétexte pour ne pas poser de question

Le problème de l'emprise touche l'ensemble du corps ecclésial : « Le cléricalisme n'est pas seulement une fatalité infligée par le clergé aux laïcs. Les catholiques laïcs y participent également lorsque la soutane devient un prétexte pour ne pas poser de questions, lorsque la fonction épiscopale se substitue aux preuves, ou lorsque la réputation de l'Église prime sur la justice due à une personne lésée. » Et l'auteur de rappeler que « les catholiques traditionalistes ne sont pas à l'abri de cette tentation. »

L'exigence ontologique sans idéalisation

Il faut donc admettre que « c'est précisément parce que nous insistons – à juste titre – sur le caractère ontologique et sacramentel du sacerdoce que nous ne devons pas laisser la vénération des ordres sacrés se muer en une idéalisation sentimentale de chaque homme qui les reçoit. Le caractère sacramentel ne rend pas un prêtre moralement irréprochable ; il rend la trahison de la charge sacerdotale plus terrible encore. »

Le danger de la fausse indéfectibilité

Maintenir l'illusion de l'infaillibilité personnelle des clercs comporte un risque cataclysmique pour la foi : « Si l'on enseigne aux catholiques, explicitement ou implicitement, que reconnaître une faute grave de la part des évêques ou des papes menace l'indéfectibilité de l'Église, chaque scandale avéré devient une crise de foi potentielle. Le déni institutionnel peut donc préserver la confiance un temps, mais seulement en rendant la révélation finale d'autant plus destructrice. Le catholique qui découvre qu'un fait dissimulé s'est réellement produit est alors amené à croire non seulement qu'un homme d'Église a failli, mais aussi que le catholicisme exigeait de lui qu'il ne faillisse pas. »

Heureusement, « le catholicisme n'exige rien de tel. »

— Collectif victimes Institut du Christ Roi

Informations complémentaires