L'Abbé Pierre a t-il violé des mineures en 1957 ?

Même si cela n'est pas prouvé, des informations chronologiques plaident en faveur de cette hypothèse.

  Semaine du 12 au 18 octobre 2026 (article 5/8)  

Abbé Pierre (40)

Dans un entretien accordé à La Croix 🡵, l'historienne Axelle Brodiez-Dolino présente l'enquête qu'elle a menée sur archives avec Bruno Dumons (« J'ai un très grand secret à vous dire », Cerf, 2026). Elle revient sur l'internement forcé de l'abbé Pierre dans une clinique psychiatrique suisse fin 1957, décidé conjointement par l'Église et Emmaüs six mois après la clôture du dossier du Saint-Office. Selon elle, les archives de l'Église ne laissent qu'une explication : des attouchements, voire des viols, sur des mineures à l'automne 1957. Elle juge « très plausible » un lien avec l'affaire des « ballets roses », révélée en 1959, tout en précisant ne pas être parvenue à le démontrer formellement.

L'hiver 1954 fait de l'abbé Pierre une icône de la charité. Les premières alertes viennent peu après, lors de son voyage « triomphal » aux États-Unis en 1955. Qui en a alors connaissance ?

L'épisode a déjà été très commenté. Pendant ce fameux voyage, il commet des attouchements sur plusieurs femmes. L'information remonte immédiatement par différents canaux de l'Église jusqu'à Rome. Le Saint-Office instruit alors un procès qui se solde en 1957 par des sanctions mineures. Comme il n'y a pas eu de viol, ce n'est alors pas considéré comme dramatique. Et tout le monde a intérêt à étouffer l'affaire.

[…]

La fin de l'année 1957 marque un tournant. Que s'est-il passé à ce moment-là ?

Il y avait toujours eu quelque chose de bizarre dans la chronologie, que j'avais déjà pointé il y a vingt ans. Alors qu'au printemps 1957, le Saint-Office clôt son dossier, six mois plus tard, l'abbé Pierre se retrouve interné, conjointement par l'Église et Emmaüs, dans une clinique psychiatrique en Suisse. Que s'était-il passé de si grave pour justifier une mesure aussi drastique ?

La seule explication, c'est qu'il y a eu des attouchements voire des viols sur des mineures quelque part à l'automne 1957. Cela ressort des archives de l'Église. Dans un document récapitulatif de 1964, Mgr Veuillot, évêque auxiliaire et futur archevêque de Paris, écrit à propos des agissements de l'abbé Pierre : « Des jeunes filles en sont marquées pour la vie ».

C'est là qu'intervient l'hypothèse de l'affaire des « ballets roses », une affaire d'agressions sexuelles sur mineures révélée en 1959 ?

Oui. Un membre clé d'Emmaüs m'avait un jour confié que l'abbé Pierre avait été mêlé, de près ou de loin, à ce grand scandale sexuel de la fin de la IVe République. J'explique dans le livre pourquoi je n'y avais alors pas cru. Mais quand on se penche sur les minutes du procès, tout colle : la chronologie, les réseaux, le fait qu'il y ait des jeunes filles… C'est une hypothèse très plausible, même si je ne suis pas parvenue à la démontrer formellement. Quoi qu'il en soit, cette affaire est révélatrice de la légèreté avec laquelle on traitait les viols sur mineures à l'époque, surtout quand des personnalités étaient impliquées.

— La Croix

Informations complémentaires