Selon Mgr Dognin, dans les années 60-70, « la pédophilie était considérée comme une manière d'éduquer les enfants à être libres sexuellement »

Des collectifs de victimes rappellent que la pédocriminalité était un crime, hier comme aujourd'hui.

  Semaine du 5 au 11 octobre 2026 (article 2/9)  

Mgr Laurent Dognin (6) Diocèse de Quimper (24) Collège Saint-Pierre, au Relecq-Kerhuon (9) Kreisker-Sainte-Ursule, à Saint-Pol de Léon (7)

Après Mgr Pierre-Antoine Bozo qui déclarait sur France Info « je pense vraiment qu'on est sorti de la dimension systémique » 🡵, Mgr Guy de Kerimel pour qui les prêtres condamnés par la justice pouvaient être classés entre ceux qui commettent un « accident » et ceux qui sont malades, une nouvelle phrase épiscopale fait bondir les collectifs de victimes.

C'est cette semaine, c'est à Mgr Laurent Dognin que l'on doit des propos dans lesquels il tente d'expliquer la pédocriminalité par l'air du temps.

Dans son courrier, [Mgr Dognin] écrit : Il faut souligner que la société était très permissive dans les années 60-70 car il était « interdit d'interdire » et que même la pédophilie était considérée comme une manière d'éduquer les enfants à être libres sexuellement. À l'époque, on ne considérait pas cela comme de la pédocriminalité ! Cela explique en partie le silence des responsables de l'époque, y compris dans l'Église !

Il ajoute : Votre témoignage va prendre place dans les archives diocésaines où nous les collectons pour que cette page dramatique de l'histoire de l'Église dans notre diocèse reste à disposition des chercheurs et des générations futures.

Les collectifs ont écrit à la presse pour dénoncer avec la plus grande fermeté ces propos.Pour nos collectifs, ces mots sont inacceptables. Expliquer la pédocriminalité par l'air du temps, c'est, pour les victimes, l'expérience d'être niées une seconde fois. La pédophilie n'a jamais été, à aucune époque, une manière d'éduquer les enfants : elle était un crime hier, elle l'est aujourd'hui. Qu'un évêque l'écrive à une victime en dit long sur le chemin qui reste à parcourir au sein de l'Église. Ces propos ont fait l'objet, le 5 octobre, d'un signalement adressé au Secrétariat général de l'enseignement catholique.

Contacté par nos soins, Mgr Dognin s'explique : « Ce que j'ai voulu souligner, c'est qu'il y a eu beaucoup plus de victimes dans les années 1960 et 1970 et même un peu dans les années 1980. La conscience était émoussée par le contexte de l'époque. Ça n'enlève en rien à la responsabilité des personnes. Ceux qui ont fait le mal ont fait le mal ».

S'appuyant notamment sur un rapport de la Ciase (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église), il estime aussi qu'à l'époque, l'autorité religieuse a fait preuve de laxisme et qu’ il y a eu une période où on laissait faire des choses.

Il y a une souffrance dont on n'était pas conscients et qui ressort maintenant, poursuit l'Évêque. Je ne fais que retransmettre ce que j'ai entendu de l'époque. Il y avait comme un contexte qui est aujourd'hui inacceptable."

— Ouest France

Communiqué de presse

Communiqué de presse commun du Collectif Saint-Pierre du Relecq-Kerhuon et du Collectif des victimes du Kreisker et de Sainte-Ursule, membres de la Conférence des collectifs de victimes de violences en milieu éducatif (CCVVME), Finistère, le 7 octobre 2026

Le Collectif Saint-Pierre du Relecq-Kerhuon et le Collectif des victimes du Kreisker et de Sainte-Ursule, qui regroupent de nombreux membres, anciens élèves victimes de violences subies dans des établissements catholiques du Finistère, dénoncent avec la plus grande fermeté les propos tenus par écrit par Mgr Laurent DOGNIN, évêque de Quimper et Léon, et réitèrent leur exigence : que des plaques mémorielles soient enfin apposées, sans délai, en mémoire des victimes.

Des propos qui nient une seconde fois les victimes

Dans un courrier daté du 15 juillet 2026, adressé à une victime de 90 ans qui venait de lui confier sa souffrance, l'évêque de Quimper et Léon a écrit, au sujet des violences subies :

« Il faut souligner que la société était très permissive dans les années 60-70 car il était « interdit d'interdire » et que même la pédophilie était considérée comme une manière d'éduquer les enfants à être libres sexuellement. À l'époque on ne considérait pas cela comme de la pédocriminalité ! »

Pour nos collectifs, ces mots sont inacceptables. Expliquer la pédocriminalité par l'air du temps, c'est, pour les victimes, l'expérience d'être niées une seconde fois. La pédophilie n'a jamais été, à aucune époque, une manière d'éduquer les enfants : elle était un crime hier, elle l'est aujourd'hui. Qu'un évêque l'écrive à une victime en dit long sur le chemin qui reste à parcourir au sein de l'Église.

Ces propos ont fait l'objet, le 5 octobre 2026, d'un signalement adressé au Secrétariat général de l'enseignement catholique (SGEC).

Un accord de principe acquis, un geste sans cesse reporté

Depuis des mois, nos collectifs demandent un geste simple et digne : l'apposition de plaques en mémoire des victimes, au collège du Kreisker et à Sainte-Ursule de Saint-Pol-de-Léon, comme à l'établissement Saint-Jean de la Croix (ex Saint-Pierre) du Relecq-Kerhuon. L'évêque de Quimper et Léon a reconnu publiquement la souffrance des victimes, a demandé pardon au nom de l'Église lors de la rencontre de Saint-Pol-de-Léon, et a confirmé par écrit, le 17 juillet 2026, son accord de principe sur un acte mémoriel. La question n'est donc plus de savoir si cet acte aura lieu, mais quand. Or cet acte est toujours différé, au motif que des enquêtes judiciaires seraient en cours.

Qui bloque ? La direction diocésaine de l'enseignement catholique

Il faut dire clairement d'où vient le blocage. Ce n'est pas faute d'accord de l'évêque : c'est le directeur diocésain de l'enseignement catholique (DDEC) du diocèse de Quimper et Léon, M. Christophe GEFFARD, nommé par l'évêque et placé sous son autorité, qui s'oppose obstinément à la pose de ces plaques. Dans un courrier du 16 juillet 2026, il a soutenu que les plaintes déposées avaient « pour effet juridique de suspendre toute démarche mémorielle ». C'est cet argument, et lui seul, qui sert depuis à repousser l'échéance.

Pourquoi une telle obstination face à un geste que l'évêque lui-même a approuvé ? Nous ne voyons qu'une explication plausible : une plaque dans un établissement, c'est une mémoire visible pour les familles qui y inscrivent leurs enfants. Tout porte à croire que la crainte pour l'image et les effectifs des établissements, autrement dit pour le « business », pèse plus lourd que la reconnaissance due aux victimes. L'évêque, qui nomme le directeur diocésain, a le pouvoir de mettre fin à ce blocage. Nous lui demandons de l'exercer.

L'argument des enquêtes judiciaires ne tient pas

Nous l'avons démontré point par point dans notre courrier du 17 juillet 2026, et nous le redisons publiquement :

  • La présomption d'innocence suppose une personne vivante, identifiable et visée par une procédure en cours. Or, pour la très grande majorité de nos dossiers, les faits sont prescrits, les auteurs sont décédés et aucune procédure n'est en cours. Le respect de la justice est ici opposé à des dossiers dans lesquels la justice ne peut plus rien, et où seule l'institution peut encore quelque chose.
  • Une plaque à la mémoire des élèves victimes, rédigée sans nom, sans date et sans désignation d'aucune fonction, n'affirme la culpabilité de personne. Elle reconnaît des souffrances, celles-là mêmes que l'institution dit n'avoir « jamais ni nié ni minimisé ».
  • Le diocèse a déjà accompli publiquement l'acte qu'il prétend aujourd'hui impossible : l'évêque a demandé pardon à Saint-Pol-de-Léon, devant témoins et photographies, et confirmé son accord par écrit. Nul n'y a vu une atteinte à la présomption d'innocence. Si la parole et l'écrit sont licites, le marbre l'est aussi : le droit ne distingue pas selon le support.
  • Le précédent de Brest, en 2024, dans ce même diocèse, prouve qu'une plaque respectueuse du droit est possible.

Entre un risque juridique circonscrit, que nos deux conseils savent parfaitement encadrer, et la suspension de toute démarche mémorielle, il y a la distance qui sépare la prudence de l'immobilisme.

Ce qu'un évêque a fait à Nantes, un autre peut le faire dans le Finistère

Cet argument de l'attente ne tient pas. Le 27 juin 2026, une plaque mémorielle a précisément été apposée au collège-lycée Saint-Stanislas de Nantes, en mémoire des élèves victimes, en présence de Mgr Laurent PERCEROU, évêque de Nantes, qui y a reconnu la responsabilité de l'Église et demandé pardon aux victimes. Un acte de mémoire et de vérité n'entrave aucune procédure judiciaire : il honore les victimes. Ce qu'un évêque a pu accomplir à Nantes, l'évêque de Quimper et Léon peut l'accomplir dans le Finistère.

Un soutien institutionnel déjà acquis

La démarche ne part pas de rien. Par lettre du 17 août 2026, le président du Conseil départemental du Finistère s'est engagé à porter la requête d'un geste mémoriel auprès de la direction diocésaine de l'enseignement catholique. Le mouvement est engagé, soutenu par les pouvoirs publics locaux. Il ne manque désormais que la volonté de l'Église diocésaine d'y prendre toute sa part.

Nos exigences

Nos deux collectifs exigent aujourd'hui :

  • que Mgr Laurent DOGNIN retire et regrette publiquement les propos relativisant la pédocriminalité tenus dans son courrier du 15 juillet 2026 ;
  • que l'évêque de Quimper et Léon lève le blocage opposé par sa direction diocésaine de l'enseignement catholique, et que des plaques mémorielles soient apposées sans délai au collège du Kreisker et à Sainte-Ursule de Saint-Pol-de-Léon, ainsi qu'à l'établissement Saint-Jean de la Croix (ex Saint-Pierre) du Relecq-Kerhuon, en mémoire des victimes.

Nous voulons enfin dire ce que ce report sans fin produit sur nous. À force de repousser, d'étudier, d'attendre, l'Église donne le sentiment de jouer la seule montre qui lui reste : celle de nos vies. Beaucoup de membres de nos collectifs ont plus de soixante-dix ans. Certains sont déjà morts sans avoir rien vu venir. Et nous sommes nombreux, aujourd'hui, fatigués et en colère, à ne plus pouvoir distinguer cette temporisation permanente de ce que d'autres prendraient pour un mélange de cynisme et d'indifférence. Reconnaître les victimes vivantes, tant qu'elles sont vivantes, n'est pas une faveur : c'est une urgence, et c'est une question de dignité.

On ne peut pas, dans le même temps, relativiser les crimes et refuser aux victimes la reconnaissance qui leur est due. Le silence et l'attente sont une forme de complicité. Il est temps, pour l'Église du Finistère, de regarder ses victimes en face, et de leur rendre, enfin, la part de vérité et de mémoire qui leur revient.

Contacts presse

Collectif Saint-Pierre du Relecq-Kerhuon et Collectif des victimes du Kreisker et de Sainte-Ursule

Frédéric BÉNÉDITE, coordinateur du Collectif Saint-Pierre du Relecq-Kerhuon : collectifsaintpierrekerhuon@yahoo.com

Gildas MARIE, coordinateur du Collectif des victimes du Kreisker et de Sainte-Ursule de Saint-Pol-de-Léon : victkreiskerursl29@gmail.com

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