Prêtres condamnés : les propos inadmissibles de Mgr de Kerimel

L'évêque ne semble pas avoir tiré les leçons de l'affaire Spina.

  Semaine du 28 septembre au 4 octobre 2026 (article 2/13)  

Mgr Guy de Kerimel (24)

La journaliste Amélie Poisson a posé à Mgr Guy de Kerimel la question suivante : « Pourquoi un prêtre condamné, vous le gardez prêtre ? ». La question est parfaitement légitime, et de nombreux catholiques se la posent. Et la réponse apportée par Mgr de Kerimel est absolument scandaleuse.

La réponse de Mgr de Kerimel

[Amélie Poisson] C'est la question qui dérange ; je la pose aujourd'hui à l'archevêque de Toulouse. Pourquoi un prêtre condamné, vous le gardez prêtre ?

[Mgr de Kerimel] Je comprends que ce ne soit pas compris. Mais encore une fois, l'important c'est qu'il ne recommence pas. Et après, encore une fois, on ne peut pas, il y a un danger, si vous voulez, et je comprends pour les personnes blessées, on voudrait que l'autre n'existe plus. Celui qui m'a blessé, il ne doit plus exister. Ça, ce n'est pas possible. En tout cas pour nous, ce n'est pas chrétien. Et donc, comment faire en sorte que j'accepte qu'il existe toujours ? Mais évidemment nous, nous avons la responsabilité qu'il ne récidive pas. Le pire du pire, c'est ça, qu'il récidive ; ça, ce n'est pas admissible. Et donc, certains on pense… De fait, on finit… Alors il faut être très prudent et très vigilant, ça demande une vigilance. Mais certains ont… comment dire ? On perçoit que c'est un accident. D'autres, on voit qu'ils sont malades. Et à ceux-là, bien sûr, il faut éviter à tout prix. Mais certains on perçoit que c'est un accident. Et que donc… Alors c'est sûr qu'ils ne seront jamais prêtres comme les autres, du coup, ils seront prêtres autrement. Mais ils sont prêtres avec cette pénitence de ne pas pouvoir exercer tous les ministères que normalement un prêtre peut exercer.

— Amélie Poisson, sur Twitter/X

Analyses

Après la Ciase

« Je comprends que ce ne soit pas compris »

Comme le fait remarquer sur Twitter/X Jean-Pierre Denis, « Dans un éclair de lucidité non suivi d'effet, l'archevêque de Toulouse « comprend que ce ne soit pas compris » » 🡵. On peut également y voir une manière de dire qu'il comprend des choses qui nous sont inaccessibles.

« L'important c'est qu'il ne recommence pas, […] il y a un danger »
Nous, nous avons la responsabilité qu'il ne récidive pas. Le pire du pire, c'est ça, qu'il récidive ; ça, ce n'est pas admissible.

Nous sommes d'accord. Et pour cela, que peut faire l'Église ? Surveiller le prêtre ? Elle n'en a pas les moyens. Par contre, ce que peut faire l'Église, c'est retirer au prêtre ce qui lui donne son autorité : son statut de prêtre. Mais clairement, Mgr de Kerimel souhaite à tout prix éviter cela.

Je comprends pour les personnes blessées, on voudrait que l'autre n'existe plus. Celui qui m'a blessé, il ne doit plus exister. Ça, ce n'est pas possible. En tout cas pour nous, ce n'est pas chrétien. Et donc, comment faire en sorte que j'accepte qu'il existe toujours ?

Ce que veulent avant tout les personnes « blessées » (selon l'euphémisme employé par l'évêque), ce n'est pas détruire leur agresseur, ne plus qu'il existe. Et quand bien même, est-ce que renvoyer un prêtre de l'état clérical, c'est faire en sorte que « l'autre n'existe plus » ? Mgr de Kerimel semble penser que oui. Nous sommes au contraire convaincus qu'une personne existe encore sans être prêtre, et que, pour reprendre ses mots, prétendre le contraire, « ce n'est pas chrétien ».

Certains ont… comment dire ? On perçoit que c'est un accident. D'autres, on voit qu'ils sont malades. Et à ceux-là, bien sûr, il faut éviter à tout prix. Mais certains on perçoit que c'est un accident. Et que donc… Alors c'est sûr qu'ils ne seront jamais prêtres comme les autres, du coup, ils seront prêtres autrement. Mais ils sont prêtres avec cette pénitence de ne pas pouvoir exercer tous les ministères que normalement un prêtre peut exercer.

Un petit rappel s'impose : nous parlons ici de prêtres condamnés. Pour lesquels Mgr de Kerimel perçoit que c'est « un accident ». Difficile de faire plus grand euphémisme… Pour reprendre les actualités de ce site : un prêtre qui télécharge du contenu pédopornographique pendant plusieurs années, c'est un accident ? Un prêtre qui viole un enfant de chœur, c'est un accident ? Non, un accident, c'est quand un prêtre s'emporte à la sacristie contre son sacristain. Cela peut arriver. Cela peut être un accident. Mais il n'est pas ici question de cela. Nous parlons de prêtres condamnés.

Mgr de Kerimel est donc capable de discerner les prêtres qui violent « par accident ». Les prêtres qui téléchargent pendant des années du contenu pédopornographe… « par accident » ! Un tel déni de la réalité se passe de commentaire.

Alors c'est sûr qu'ils ne seront jamais prêtres comme les autres, du coup, ils seront prêtres autrement. Mais ils sont prêtres avec cette pénitence de ne pas pouvoir exercer tous les ministères que normalement un prêtre peut exercer

La question est alors la suivante : quel ministère autre pour ces prêtres ?

  • À la chancellerie diocésaine, qui exige que le « chancelier et les notaires [soient] de réputation intacte et au-dessus de tout soupçon » (CDC, canon 483), comme le père Dominique Spina ?
  • Comme aumônier de communauté religieuse, car c'est bien connu, les religieuses ne méritent pas mieux, sont forcément vieilles, et vivent recluses sans jamais recevoir du public ?

Chrétiens aujourd'hui

Monseigneur, avec tout le respect dû à votre charge, vos propos sont profondément choquants et déconnectés de la réalité dramatique vécue par les victimes. Dire qu'un prêtre condamné par la justice des hommes doit rester prêtre est une position théologique et humaine que nous ne pouvons plus accepter en 2026.

Voici pourquoi votre posture fait fausse route et blesse l'Église tout entière:

1️⃣ C'est une insulte et une seconde violence faite aux victimes. Comment pouvez-vous leur demander de se reconstruire quand l'institution continue de protéger le statut de leurs bourreaux ? Maintenir ces hommes dans l'état clérical, c'est faire passer le confort institutionnel d'un coupable avant la souffrance et la dignité des personnes détruites. C'est un contre-témoignage évangélique absolu.

2️⃣ Vous confondez la théologie et le statut social. Oui, l'Église enseigne que l'ordination marque l'âme d'un « caractère indélébile ». Mais que l'homme reste prêtre dans le secret de son cœur face à Dieu est une chose ; qu'il conserve son statut de clerc, ses privilèges, sa reconnaissance sociale et le droit d'exercer au sein de la communauté en est une autre ! Le droit canonique prévoit explicitement le renvoi de l'état clérical pour les fautes graves. Pourquoi refuser d'appliquer cette justice ?

3️⃣ C'est le sommet du cléricalisme que le Pape François demande pourtant de combattre. Dans n'importe quelle autre profession (un enseignant, un médecin, un éducateur), une condamnation judiciaire pour des faits graves entraîne une exclusion définitive. Pourquoi un prêtre devrait-il bénéficier d'un totem d'immunité sociale ? Le sacerdoce est un service pour les fidèles, pas un droit personnel et intouchable pour le prêtre.

4️⃣ Vous mettez en danger la communauté. En refusant de trancher radicalement, vous brisez définitivement le lien de confiance entre les fidèles et leurs pasteurs. Quelle mère, quel père de famille peut aujourd'hui envoyer sereinement son enfant au catéchisme ou en pèlerinage en sachant que l'Église refuse de bannir de ses rangs des personnes condamnées par la justice ?

Monseigneur, l'heure n'est plus aux subtilités de langage qui sonnent comme de l'impunité. Le Pape a réformé le droit pénal de l'Église pour appliquer la tolérance zéro. En refusant d'écarter définitivement ceux qui ont trahi leur mission de la manière la plus abjecte, vous enfoncez un peu plus l'Église dans la crise de crédibilité qu'elle traverse.

Pour les victimes, pour la vérité et pour la survie de notre Église, il est temps d'ouvrir les yeux et de faire preuve d'un courage prophétique, plutôt que de vous réfugier derrière une théologie rigide.

— Chrétiens aujourd'hui, sur Facebook

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