Petit séminaire de Saint-Pé-de-Bigorre : l'Inirr tient pour vrai le récit d'un ancien pensionnaire

Plus de soixante ans après les faits, le diocèse de Tarbes et Lourdes a présenté ses excuses et une réparation financière a été décidée..

  Semaine du 28 septembre au 4 octobre 2026 (article 10/13)  

Petit séminaire de Saint-Pé-de-Bigorre (1) Diocèse de Tarbes et Lourdes (25)

Après plus de six décennies de silence, Michel Mesplier a décidé de raconter ce qu'il dit avoir subi lorsqu'il était enfant au petit séminaire de Saint-Pé-de-Bigorre. En 2024, une confidence faite presque par hasard lors d'un passage à la gendarmerie a déclenché une nouvelle étape de son histoire. Le diocèse de Tarbes et Lourdes l'a reçu, son évêque lui a présenté ses excuses et l'Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (INIRR) a reconnu les violences sexuelles et les sévices qu'il a subis. Une réparation financière a également été décidée 🡵.

Trois prêtres sont mis en cause pour violences physiques et sexuelles :

  • L'abbé Jean Hébrard, responsable de la chorale et de la manécanterie. « Présent dans le diocèse depuis 1950, professeur et maître de chapelle au petit séminaire, a été ensuite affecté à la maison diocésaine entre 1978 et 1991. Il est décédé en 2000 » 🡵
  • L'abbé Pierre Romanet, professeur de français, latin et de grec, décédé en 2016 🡵
  • L'abbé Lavigne

Le témoignage de Michel Mesplier mentionne également l'abbé Miqueu, supérieur de l'institution, qui n'a pas cru aux accusations portées par l'élève.

Dès les premières années, il affirme avoir été confronté à des violences et à des situations de chantage. Il raconte notamment qu'un autre élève, dans le dortoir, lui a imposé des attouchements sexuels sous la menace de le dénoncer auprès du surveillant. Le jeune garçon ne parvient alors pas à parler de ce qu'il vit. Cette impossibilité de dire, de demander de l'aide et de revenir simplement vers sa famille va, selon son récit, peser durablement sur son existence.

Dans les documents constitués à partir de son témoignage, Michel Mesplier décrit des violences commises par plusieurs prêtres. Le principal agresseur qu'il met en cause est l'abbé Jean Hébrard, responsable de la chorale et de la manécanterie. Michel Mesplier chantait dans cet ensemble et participait à des déplacements à l'extérieur de l'établissement. Selon son récit, après certains retours de week-end ou de déplacements, l'abbé Hébrard le convoquait dans sa chambre. Il devait alors se déshabiller et subir des violences sexuelles accompagnées de sévices physiques. Dans le dossier établi par la cellule d'écoute, Michel Mesplier décrit précisément le mécanisme de ces convocations et affirme que les agressions se sont répétées pendant plusieurs années.

Le document de l'INIRR retient pour sa part que Michel Mesplier a été victime de « violences sexuelles (attouchements, viols et sévices) de façon répétée » commises par trois prêtres pendant sa scolarité, de 1961 à 1965. L'instance précise que les violences sexuelles attribuées au responsable de la chorale étaient accompagnées de sévices « particulièrement douloureux et humiliants ». Le témoignage de Michel Mesplier ne se limite toutefois pas à l'abbé Hébrard. Il met également en cause l'abbé Romanet, professeur de français, grec et latin, qu'il décrit comme auteur de violences et de sévices corporels. Il évoque notamment des coups portés avec une règle et des conditions de vie qu'il juge particulièrement dures. Il accuse enfin l'abbé Lavigne de violences physiques. Dans son récit, celui-ci utilisait un martinet dont les lanières avaient été nouées et qu'il trempait dans l'eau avant de frapper les enfants. Michel Mesplier affirme également que le prêtre lui a infligé des brûlures avec un fer à souder. Ces éléments figurent dans le compte rendu de l'entretien réalisé par la cellule d'écoute du diocèse le 15 mars 2025.

Parmi les souvenirs rapportés par Michel Mesplier figure également celui d'une tentative de parler à un responsable de l'établissement. Il met en cause l'abbé Miqueu, qui était alors supérieur de l'institution. Son bureau, selon son témoignage, se trouvait à proximité de la chambre de l'abbé Hébrard. Michel Mesplier affirme lui avoir parlé des violences qu'il subissait. « Un jour je suis allé le voir pour lui dire ce que je subissais. Il ne m'a pas cru », rapporte-t-il dans le compte rendu de la cellule d'écoute. Dans sa lettre adressée à Michel Mesplier le 16 mars 2025, l'évêque de Tarbes et Lourdes, Mgr Jean-Marc Micas, évoque lui aussi la question de ceux qui auraient pu savoir ce qui se passait. « À la violence directement subie de la part de ces prêtres, s'ajoute le silence, l'aveuglement, la lâcheté de ceux qui étaient en mesure de savoir ce qui se passait, et ne l'ont pas empêché », écrit-il.

Le récit recueilli en mars 2025 ne porte pas uniquement sur les agressions sexuelles. Michel Mesplier décrit aussi les conditions de vie des pensionnaires. Il évoque les réveils matinaux, les dortoirs collectifs et, durant l'hiver, des exercices particulièrement éprouvants. « Nous étions réveillés à 6 h 30 chaque matin et, pendant l'hiver, nous devions descendre, torse-nu, à la file indienne, pour aller casser la glace de la piscine pour pouvoir avoir de l'eau pour notre toilette », raconte-t-il. Il affirme également avoir été envoyé marcher en short dans la neige dans le cadre de pratiques qu'il attribue à l'abbé Romanet. Ces différents éléments sont intégrés au dossier de reconnaissance constitué ultérieurement. En 1965, Michel Mesplier finit par fuguer du petit séminaire. Il ne reviendra plus dans l'établissement. La fugue marque la fin de cette période, mais pas de ses conséquences.

— La semaine des Pyrénées

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