L'Église est-elle prête à faire autre chose que d'écouter les victimes ?

Une tribune de Patrice Dunois-Canette, publiée sur le site Internet de Nous Sommes Aussi l'Église.

  Semaine du 28 septembre au 4 octobre 2026 (article 6/13)  

Patrice Dunois-Canette (3) Formation (135) CIASE (12) Léon XIV (25)

La tribune de Patrice Dunois-Canette, bien plus détaillée que les quelques paragraphes ci-dessous est à retrouver dans son intégralité sur le site de Nous Sommes Aussi l'Église.

En 2021, la commission a estimé à 216 000 le nombre de personnes aujourd'hui majeures victimes, lorsqu'elles étaient mineures, de violences sexuelles commises par des prêtres ou des religieux depuis 1950. En incluant les personnes agressées par des laïcs en mission dans l'Église, l'estimation atteignait environ 330 000. Son rapport, fruit de deux ans et demi de travaux, n'a pas décrit une succession de drames individuels sans rapport entre eux. Il a mis en évidence la dimension systémique des violences et analysé les mécanismes institutionnels, les silences, les défaillances dans le traitement des alertes et les rapports d'autorité qui ont parfois permis aux agresseurs d'échapper à leurs responsabilités. Il a formulé 45 recommandations.

Autrement dit, la CIASE n'a pas seulement demandé à l'Église d'écouter davantage. Elle lui a demandé de changer. Et c'est cette deuxième partie de l'histoire qui reste inachevée.

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La parole collective des victimes ne consiste donc pas à additionner des récits individuels. Elle permet de passer de l'expérience à l'analyse, de l'analyse à la demande de réforme. Elle peut aussi mettre en cause les choix de ceux qui gouvernent l'Église. C'est précisément cette capacité d'interpellation que le format de Lourdes ne permet pas de déployer pleinement.

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C'est ici que la dimension systémique réapparaît. Une institution peut réparer une personne sans avoir suffisamment transformé le système qui a permis qu'elle soit victime. Elle peut organiser des rencontres, créer des commissions et publier des rapports sans partager réellement le pouvoir de décision. Elle peut recueillir des propositions sans s'engager à les traduire en règles, en procédures et en contrôles.

Depuis plusieurs années, le vocabulaire de l'Église a évolué. Il faut écouter les victimes, les accueillir, les accompagner, reconnaître leur souffrance et les réparer. Tout cela est indispensable. Mais le verbe " écouter " finit par devenir insuffisant lorsqu'il ne dit rien de ce que l'institution fait ensuite.

Prendre en compte la parole des victimes est beaucoup plus exigeant. Cela signifie qu'un témoignage peut conduire à modifier une procédure, qu'une recommandation peut devenir une règle, qu'une expérience peut amener à revoir l'organisation d'un séminaire ou d'un diocèse. Cela suppose aussi que les victimes et leurs collectifs puissent être associés à la définition des politiques qui les concernent, à leur évaluation et au contrôle de leur application.

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Les quatre rencontres de Léon XIV dessinent ainsi une progression : des demandes adressées par une association internationale à Rome, des témoignages individuels en Belgique, des propositions de réforme à Madrid, puis à Lourdes, des récits et des propositions entendus dans un cadre restreint. Elles montrent que la parole des victimes peut franchir les portes du Vatican et atteindre directement le pape. Elles ne démontrent pas encore qu'elle peut peser sur les décisions de l'institution.

Une rencontre avec une victime relève de l'écoute. Une proposition formulée par des victimes engage potentiellement une décision. Une réforme institutionnelle suppose autre chose : modifier les procédures, les responsabilités et les rapports de pouvoir.

Léon XIV a rencontré des victimes à plusieurs reprises. La question n'est plus seulement de savoir s'il les écoute. Elle est de savoir si l'Église accepte que leur parole transforme ce qu'elle est, la manière dont elle se gouverne et l'exercice de son autorité. C'est à cette condition que les rencontres de son pontificat pourront dépasser le registre de la compassion et devenir un véritable levier de réforme.

— Nous Sommes Aussi l'Église

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