Mgr Bozo sur France Info : « je pense vraiment qu'on est sorti de la dimension systémique »

Rien que l'actualité de cette semaine donne tort à Mgr Bozo.

  Semaine du 21 au 27 septembre 2026 (article 4/14)  

Mgr Pierre-Antoine Bozo (7) CEF (52)

Mgr Pierre-Antoine Bozo est porte parole de la Conférence des Évêques de France. Il était interrogé sur France Info à l'occasion de la visite du pape en France.

Partie de l'interview consacrée aux violences sexuelles dans l'Église

Le pape, lors d'un précédent déplacement en juin à Madrid, avait parlé à propos des abus sexuels commis au sein de l'Église d'une plaie ouverte. Ça veut dire qu'il reste beaucoup à faire et que notamment vous, à la conférence des évêques de France, ils vous envoie ce signal et ce message : « faites plus et plus vite » ?

Oui, en même temps, l'Église de France, je pense, a fait quelque chose d'un peu unique encore dans l'Église universelle avec la commission Sauvé (la CIASE), et avec la mise en place de l'Inirr.

Et dont tout n'a pas été appliqué, toutes les recommandations du rapport.

Alors c'est en cours. Je peux vous dire qu'il n'y a pas une assemblée des évêques où nous ne parlons pas de cela et nous continuons d'essayer de mettre en œuvre le maximum de choses pour que l'Église soit une maison sûre, et pour que les victimes soient accompagnées, reconnues dans leurs souffrances et que des réparations soient proposées.

Il y a la réparation, mais il y a aussi ce que vous dites, essayer de réformer l'église ou en tout cas de de changer les choses pour casser ce système qui a protégé pendant autant de décennies des dizaines et des dizaines d'agresseurs. Est-ce qu'à ce niveau là, vous arrivez à faire avancer les choses suffisamment ?

Oui, je pense vraiment qu'on est sorti de la dimension systémique. Vous voyez, les choses sont venues au jour et ça nous a…

Des décennies passées sous silence quand même !

Oui, mais c'est les années 50, 60, 70.

330 000 victimes, comptées par la CIASE depuis les années 50 !

Alors attention, c'est une projection statistique, c'est pas 330 000 victimes avérées, c'est une projection statistique. Nous avons reçu à l'instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation que nous avons mise en place à peu près 1900 personnes victimes qui ont demandé reconnaissance et réparation.

Monseigneur Bozot, c'est intéressant le terme que vous avez prononcé « systémique ». Est-ce que selon vous, il y a un problème systémique structurel dans l'église en France qui a pu permettre ces abus et qui les permette encore ?

Alors oui, pas au sens où c'est un système organisé par l'Église. C'est une espèce d'écosystème qui a permis cela.

Le silence

Le silence, le fait qu'on déplaçait les gens. Mais il ne faut pas faire d'anachronisme : c'est ce qu'on faisait partout à l'époque.

Et ce n'est plus du tout le cas ?

Ah non, je pense vraiment qu'on est complètement sorti de cela et qu'aujourd'hui on est extrêmement vigilant, qu'on forme les jeunes séminaristes à toutes ces questions, qu'on a pris des mesures. Vous voyez aujourd'hui, un prêtre ne confesse pas quelqu'un tout seul, un jeune, sans qu'il y ait une porte ouverte, etc. Donc je pense vraiment qu'on est sorti de cela, mais il faut rester extrêmement vigilant. C'est une question qui nous préoccupe beaucoup.

— France Info (Youtube) entre 20:17 et 22:37

Analyse

Application des mesures de la Ciase

« Alors c'est en cours. Je peux vous dire qu'il n'y a pas une assemblée des évêques où nous ne parlons pas de cela et nous continuons d'essayer de mettre en œuvre le maximum de choses pour que l'Église soit une maison sûre, et pour que les victimes soient accompagnées, reconnues dans leurs souffrances et que des réparations soient proposées ».

Pour savoir où en est l'Église dans l'application des mesures que les évêques ont votées (qui est un sous ensemble des mesures préconisées par la CIASE), le mieux est de regarder le site internet de la CEF dédié à cet objet : fairedelegliseunemaisonsure.fr (initialement à l'adresse abus-quefaitleglise.catholique.fr)

A titre d'exemple, voici trois mesures votées en 2021, il y a cinq ans, et qui sont toujours « en cours »

  • La vérification systématique des antécédents judiciaires des agents pastoraux
  • La signature d'un protocole Parquet-Diocèse (elle n'est pas encore en place dans tous les diocèses)
  • La mise en place du lieu national de mémoire

Qu'une mesure aussi fondamentale que la vérification systématique des antécédents judiciaires des agents pastoraux n'ait pas encore été mise en place, alors qu'elle est l'une des première mesure votée par les évêques, en dit long sur le travail qui reste à accomplir pour « faire de l'Église une maison sûre ».

« Oui, je pense vraiment qu'on est sorti de la dimension systémique »

Pour ne prendre que les actualités de cette semaine, nous avons entre autres :

  • Dans le diocèse de Metz, le père Stéphane Jourdain, condamné pour détention d'images pédopornographiques, poursuit un ministère au service de mineurs sans que cela n'inquiète Mgr Philippe Ballot
  • Dans le cadre de l'affaire Plessy, sont dénoncés des dysfonctionnements majeurs du diocèse de Lyon en général, et de sa cellule écoute en particulier
  • Dans le cadre du procès canonique du père Marko Rupnik, on découvre que l'opacité des procédures canoniques pousse des victimes à demander au pape… que soient respectés les plus élémentaires de leurs droits : « Nous Vous demandons que soient toujours garantis le principe du contradictoire entre les parties, la clarté, la transparence, la célérité, la neutralité et l'indépendance des juges, afin que le jugement et son issue — quelle qu'elle soit — ne conservent aucune zone d'ombre ».

Nous ne parlons là que des sept derniers jours ! Ce qui n'empêche pas Mgr Bozo de penser « qu'on est sorti de la dimension systémique ».

Des décennies passées sous silence quand même ! « Oui, mais c'est les années 50, 60, 70 »

Difficile d'avoir les mots face à un tel déni… Comme si les violences sexuelles dans l'Église n'étaient plus que ces problèmes sans complicité active ou passive de l'institution depuis les années 1970.

330 000 victimes, comptées par la CIASE depuis les années 50 !

« Alors attention, c'est une projection statistique, c'est pas 330 000 victimes avérées, c'est une projection statistique. Nous avons reçu à l'instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation que nous avons mise en place à peu près 1900 personnes victimes qui ont demandé reconnaissance et réparation ».

Alors, certes, il est vrai que 330 000 victimes, c'est une projection statistique. Mais mettre en face le chiffre de 1900 personnes victimes qui ont demandé reconnaissance et réparation est à la fois parfaitement vrai et parfaitement malhonnête. Rien ne dit que le chiffre de 330 000 victimes soit faux. Le constat devrait être le suivant : avec l'Inirr qui a fait un travail remarquable, on n'a juste commencé à grater la surface des violences sexuelles dans l'Église. Cela devrait inciter à une certaine humilité.

« Le silence, le fait qu'on déplaçait les gens. Mais il ne faut pas faire d'anachronisme : c'est ce qu'on faisait partout à l'époque »

D'une part, l'Église a une autorité morale qui lui donne une responsabilité morale particulière. D'autre part, le niveau de violence et leur niveau de diffusion semble avoir été à son paroxysme dans l'Église, comme cela a par exemple été le cas à Notre-Dame de Bétharram.

« Je pense vraiment qu'on est complètement sorti de cela et qu'aujourd'hui on est extrêmement vigilant »

Comme on l'a dit plus haut, cette semaine, on découvre que dans le diocèse de Metz, le père Stéphane Jourdain, condamné pour détention d'images pédopornographiques, poursuit un ministère au service de mineurs sans que cela n'inquiète Mgr Philippe Ballot… Donc non, on ne peut pas dire « qu'on est complètement sorti de cela et qu'aujourd'hui on est extrêmement vigilant ».

Informations complémentaires