Le rôle grandissant des collectifs de victimes dans l'Église

La force du nombre face à l'isolement des victimes.

  Semaine du 21 au 27 septembre 2026 (article 7/14)  

Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (8) Fraternité Saint Pie X (12) Josselin Tricou (2) Suisse (23) Témoignage (38)

À mesure que la parole se libère, le nombre de collectifs de victimes de violences dans l'Église catholique augmente, leur permettant d'être mieux entendues et empêchant l'institution de détourner le regard. En écho à une lettre de 215 signataires 🡵 dénonçant les abus spirituels à la veille de la visite papale en France, le journal suisse Le Temps s'intéresse à la place grandissante de ces collectifs et au travail qu'ils mènent. L'article donne la parole à Emmanuel Rouxel, qui pointe le retard de certaines communautés traditionalistes sur la question des abus et dénonce la stratégie d'isolement de l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre envers les victimes, ainsi qu'à Benjamin Effa, porte-parole du collectif de victimes de la Fraternité Saint Pie X. Le sociologue Josselin Tricou analyse enfin comment l'action collective des victimes contraint l'institution ecclésiale à un « bricolage institutionnel ».

« De nombreuses communautés, notamment traditionalistes, sont en retard sur l'Église sur le sujet des abus. Cela explique que les collectifs se soient créés plus récemment, souligne Emmanuel Rouxel. La libération de la parole a permis de nommer un certain nombre de problèmes, mais pas tous. Il y a toujours une forme d'omerta. C'est cette dualité qui fait que les collectifs voient le jour. »

« De nombreuses communautés, notamment traditionalistes, sont en retard sur l'Église sur le sujet des abus. Cela explique que les collectifs se soient créés plus récemment, souligne Emmanuel Rouxel. La libération de la parole a permis de nommer un certain nombre de problèmes, mais pas tous. Il y a toujours une forme d'omerta. C'est cette dualité qui fait que les collectifs voient le jour. » Le sien apporte, estime-t-il, un contrepoids de taille face à « la stratégie » de l'ICRSP qui « trop souvent isole voire menace les victimes, pour éviter que ces dernières comprennent que le problème est global. Il les culpabilise en leur faisant croire qu'en parlant, elles font du mal à l'Église. Mais ce qu'il souhaite, c'est tout simplement laver son linge sale en famille. » Une stratégie que l'on retrouve au sein de nombreuses congrégations.

Porte-parole du collectif des victimes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), créé en 2022 et ayant recueilli une centaine de témoignages, Benjamin Effa dresse le même constat. « En parlant au nom d'un collectif, on a plus de poids. Ce que l'on dit ou soulève acquiert une certaine légitimité, tandis qu'lorsqu'une personne seule va faire part d'accusations, on ne va pas forcément l'écouter. Avec la force du groupe, l'institution ne peut plus botter en touche. »

L'heure du « bricolage institutionnel »

Mieux, estime Benjamin Effa, elle est obligée d'agir différemment. Les courriers rédigés obtiennent, par exemple, des réponses. Les « vérités » de l'institution et son discours lié aux abus évoluent. « Nous constatons une adaptation de la communication de la FSSPX à ce sujet. Il y a 15 ans, elle n'en parlait pas. Aujourd'hui, elle est obligée de le faire. » Et le collectif est aux aguets pour la « surveiller ». Benjamin Effa se souvient par exemple de ces quelques posts que la FSSPX a retirés de son internet après une réaction de leur part.

Car dans ce combat, les groupes de victimes peuvent compter sur un outil non négligeable : les réseaux sociaux. « Ils ont une portée incroyable et nous offrent la capacité de communiquer rapidement et de diffuser de l'information sous plusieurs formes. Cela explique cette libération de la parole au sein de l'Église, mais aussi dans la société », indique Benjamin Effa. Il regrette néanmoins une prise en charge lacunaire après coup pour les victimes qui osent sortir du bois.

Pourtant, le travail des collectifs oblige l'Église à s'interroger sur ses mécanismes, note Josselin Tricou, sociologue des religions à l'Université de Lausanne. Dans un article scientifique publié dans la revue Politix en juillet dernier, il précise que « c'est bien la présence et l'action collective des victimes en tant que telles qui ont conduit l'institution tout entière » à mener cette réflexion. Selon lui, « les récits des personnes abusées montrent en effet qu'un « bricolage institutionnel » est en train de se faire sous la contrainte de leur prise de parole ». Et d'ajouter : « Leurs actions – médiatisation des cas, interpellation des autorités, investissement dans des structures ecclésiales ou para-ecclésiales – contraignent l'appareil ecclésial à modifier ses routines, à justifier ses pratiques et s'ajuster, même marginalement. »

— Le temps

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