Le rôle grandissant des collectifs de victimes dans l'Église
La force du nombre face à l'isolement des victimes.
À mesure que la parole se libère, le nombre de collectifs de victimes de violences dans l'Église catholique augmente, leur permettant d'être mieux entendues et empêchant l'institution de détourner le regard. En écho à une lettre de 215 signataires 🡵 dénonçant les abus spirituels à la veille de la visite papale en France, le journal suisse Le Temps s'intéresse à la place grandissante de ces collectifs et au travail qu'ils mènent. L'article donne la parole à Emmanuel Rouxel, qui pointe le retard de certaines communautés traditionalistes sur la question des abus et dénonce la stratégie d'isolement de l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre envers les victimes, ainsi qu'à Benjamin Effa, porte-parole du collectif de victimes de la Fraternité Saint Pie X. Le sociologue Josselin Tricou analyse enfin comment l'action collective des victimes contraint l'institution ecclésiale à un « bricolage institutionnel ».
« De nombreuses communautés, notamment traditionalistes, sont en retard sur l'Église sur le sujet des abus. Cela explique que les collectifs se soient créés plus récemment, souligne Emmanuel Rouxel. La libération de la parole a permis de nommer un certain nombre de problèmes, mais pas tous. Il y a toujours une forme d'omerta. C'est cette dualité qui fait que les collectifs voient le jour. »
« De nombreuses communautés, notamment traditionalistes, sont en retard sur l'Église sur le sujet des abus. Cela explique que les collectifs se soient créés plus récemment, souligne Emmanuel Rouxel. La libération de la parole a permis de nommer un certain nombre de problèmes, mais pas tous. Il y a toujours une forme d'omerta. C'est cette dualité qui fait que les collectifs voient le jour. » Le sien apporte, estime-t-il, un contrepoids de taille face à « la stratégie » de l'ICRSP qui « trop souvent isole voire menace les victimes, pour éviter que ces dernières comprennent que le problème est global. Il les culpabilise en leur faisant croire qu'en parlant, elles font du mal à l'Église. Mais ce qu'il souhaite, c'est tout simplement laver son linge sale en famille. » Une stratégie que l'on retrouve au sein de nombreuses congrégations.
Porte-parole du collectif des victimes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), créé en 2022 et ayant recueilli une centaine de témoignages, Benjamin Effa dresse le même constat. « En parlant au nom d'un collectif, on a plus de poids. Ce que l'on dit ou soulève acquiert une certaine légitimité, tandis qu'lorsqu'une personne seule va faire part d'accusations, on ne va pas forcément l'écouter. Avec la force du groupe, l'institution ne peut plus botter en touche. »
L'heure du « bricolage institutionnel »
Mieux, estime Benjamin Effa, elle est obligée d'agir différemment. Les courriers rédigés obtiennent, par exemple, des réponses. Les « vérités » de l'institution et son discours lié aux abus évoluent. « Nous constatons une adaptation de la communication de la FSSPX à ce sujet. Il y a 15 ans, elle n'en parlait pas. Aujourd'hui, elle est obligée de le faire. » Et le collectif est aux aguets pour la « surveiller ». Benjamin Effa se souvient par exemple de ces quelques posts que la FSSPX a retirés de son internet après une réaction de leur part.
Car dans ce combat, les groupes de victimes peuvent compter sur un outil non négligeable : les réseaux sociaux. « Ils ont une portée incroyable et nous offrent la capacité de communiquer rapidement et de diffuser de l'information sous plusieurs formes. Cela explique cette libération de la parole au sein de l'Église, mais aussi dans la société », indique Benjamin Effa. Il regrette néanmoins une prise en charge lacunaire après coup pour les victimes qui osent sortir du bois.
Pourtant, le travail des collectifs oblige l'Église à s'interroger sur ses mécanismes, note Josselin Tricou, sociologue des religions à l'Université de Lausanne. Dans un article scientifique publié dans la revue Politix en juillet dernier, il précise que « c'est bien la présence et l'action collective des victimes en tant que telles qui ont conduit l'institution tout entière » à mener cette réflexion. Selon lui, « les récits des personnes abusées montrent en effet qu'un « bricolage institutionnel » est en train de se faire sous la contrainte de leur prise de parole ». Et d'ajouter : « Leurs actions – médiatisation des cas, interpellation des autorités, investissement dans des structures ecclésiales ou para-ecclésiales – contraignent l'appareil ecclésial à modifier ses routines, à justifier ses pratiques et s'ajuster, même marginalement. »
— Le temps
Informations complémentaires
Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (ICRSP)
- https://www.icrsp.org/accueil.php
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Institut_du_Christ-Roi_Souverain_Pr%C3%AAtre
- https://www.courrier-picard.fr/id740271/article/2026-08-23/dans-loise-linstitut-du-christ-roi-une-mouvance-catholique-traditionaliste-qui
- https://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Actualite/Rome/Deux-visites-canoniques-a-l-Institut-du-Christ-Roi-2014-04-22-1139618
- https://www.icrsp.org/Pages/droit-pontifical.html
- https://www.leparisien.fr/societe/religions/il-y-a-des-signes-de-derives-sectaires-a-linstitut-du-christ-roi-lalerte-de-mgr-brunin-eveque-d-havre-30-09-2023-S7N6G2MA5NENLLWYPWJ5P2RBWE.php
- https://icrspfrance.fr/institut/informations
- https://tribunechretienne.com/que-sest-il-passe-a-notre-dame-du-lys-entre-larcheveche-de-paris-et-linstitut-du-christ-roi/
- https://www.icrsp.org/Pages/communique-mg-2014.html
- https://www.icrsp.org/Pages/election-prieur-general-2020.php
- https://www.icrsp-victimes.org/gilles-wach/r%C3%A9%C3%A9lection-gilles-wach
- https://www.icrsp-victimes.org/documents/pouvoirs-sup%C3%A9rieur-icrsp
- https://www.icrsp-victimes.org/
- https://www.facebook.com/profile.php?id=61575367463178
- https://x.com/ICRSP_victimes
⚖️ Statut canonique
Société de vie apostolique de droit pontifical.Le siège de la provincede France est depuis 2020 à Montagny-Sainte-Félicité (Oise) 🡵.
Dates clés
- 1990 Fondation au Gabon (diocèse de Mouila) par deux prêtres français, Gilles Wach et Philippe Mora en société cléricale de vie apostolique de droit diocésain 🡵
- 1991 L'ICRSP installe sa maison généralice et son séminaire dans le diocèse de Florence 🡵
- 2008 Reconnaissance comme société de vie apostolique de droit pontifical par le décret « Sæculorum Rex » 🡵
- 2014
- Un rapport rédigé par sœur Chantal-Marie Sorlin (Pour le bureau des dérives sectaires de la Conférence des évêques de France) dresse un tableau très sombre de l'institut : « le culte du fondateur », « le dénigrement de l'Église », « la coupure avec l'extérieur » ou « la vie évangéliquement incohérente des chefs » 🡵
- Le Saint-Siège mandate deux visites canoniques à l'Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre : la première porte sur l'institut lui-même et est confiée à Mgr François Bacqué. La seconde concerne le séminaire international Saint-Philippe-Néri. Elle est menée par le dominicain Luc-Thomas Somme 🡵
- 2016 Le Saint-Siège approuve de manière définitive les Constitutions de l'Institut 🡵
- 2026 Mgr Laurent Ulrich renonce à confier la chapelle et le patronage de Notre-Dame-du-Lys (à Paris) à l'ICRSP alors que cela avait été initialement envisagé, selon Tribune Chrétienne 🡵
Supérieur Général
Mgr Gilles Wach est à la tête de l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre depuis sa fondation, en 1990. Il a été réélu pour plusieurs mandats de six ans.
- 1990 Fondation au Gabon (diocèse de Mouila) par deux prêtres français, Gilles Wach et Philippe Mora 🡵
- 2008-2014 Mgr Gilles Wach (1ère élection)
- 2014-2020 Mgr Gilles Wach (2ème élection) 🡵
- 2020-2026 Mgr Gilles Wach (3ème élection) 🡵
- 2026-2032 Mgr Gilles Wach (4ème élection) 🡵
Remarque : en 2026, le collectif des victimes de l'ICRSP a publié sur son site Internet une analyse des constitutions et du directoire de l'ICRSP. Cet article montre comment les pouvoirs sont concentrés entre les mains de l'abbé Gilles Wach. Depuis qu'il a fondé l'ICRSP en 1990, il le dirige en qualité de Modérateur suprême, sur des mandats de six ans dont le nombre n'est pas limité. L'article détaille comment le supérieur nomme lui-même la majorité des membres du Chapitre général appelés à le réélire, et concentre entre ses mains les nominations, les visites canoniques, les finances et l'autorité sur la branche féminine et sur les associations de laïcs. Il souligne que les Constitutions reprennent le paragraphe 1 du canon 624 mais omettent le paragraphe 2, qui prescrit d'éviter qu'un supérieur demeure trop longtemps sans interruption en charge de gouvernement.
Effectifs
En 2013, 67 prêtres, 11 diacres et 85 séminaristes, dont un tiers provenant des États-Unis et du Canada 🡵
En 2026, l'Institut compte en France 35 prêtres dans 29 diocèses 🡵.
Autres branches
- Sœurs adoratrices du Cœur Royal de Jésus (ICRSP)
- La Société du Sacré-Cœur, pour les fidèles laïcs
Critiques
Un rapport rédigé par sœur Chantal-Marie Sorlin (Pour le bureau des dérives sectaires de la Conférence des évêques de France) dresse un tableau très sombre de l'institut : « le culte du fondateur », « le dénigrement de l'Église », « la coupure avec l'extérieur » ou « la vie évangéliquement incohérente des chefs » 🡵
Mgr Jean-Luc Brunin a une double casquette, ou plutôt une double mitre. Il est évêque du Havre, connu pour ses positions progressistes mais aussi lanceur d'alerte de par ses fonctions de président de la cellule « Emprise et dérives sectaires » rattachée à la Conférence des évêques de France (CEF). À ses yeux, l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (ICRSP) constitue « un dossier lourd » avec de « nombreux dysfonctionnements ». Alors, depuis plus de deux ans, l'ex-prêtre en monde ouvrier envoie régulièrement des signalements visant cette communauté religieuse « tradi » à la nonciature apostolique en France. Cette ambassade du Saint-Siège à Paris transmet ensuite, via la valise diplomatique, les documents aux congrégations concernées au Vatican.
Collectif de victimes
Voir aussi :