Affaire Rupnik : cinq victimes en appellent au pape Léon XIV pour demander un procès équitable

Elles dénoncent l'opacité des procédures ecclésiastiques, qui ne garantit pas leurs droits les plus élémentaires.

  Semaine du 21 au 27 septembre 2026 (article 9/14)  

Père Marko Rupnik (32) Léon XIV (22)

Cinq victimes du père Marko Runik viennent de publier une lettre ouverte au pape Léon XIV. Loin de réclamer des privilèges, elles demandent que soient respectés les plus élémentaires de leurs droits : « Nous Vous demandons que soient toujours garantis le principe du contradictoire entre les parties, la clarté, la transparence, la célérité, la neutralité et l'indépendance des juges, afin que le jugement et son issue — quelle qu'elle soit — ne conservent aucune zone d'ombre ».

LETTRE OUVERTE AU PAPE LÉON XIV DE LA PART DE CINQ VICTIMES DU PÈRE MARKO IVAN RUPNIK

Rome, 23 septembre 2026

Très Saint-Père,

nous sommes cinq victimes du père Marko Ivan Rupnik : Gloria Branciani, Mirjam Kovač, Sœur Samuelle, Vida Bernard et Pia ; cette dernière, par crainte fondée de subir des représailles, a choisi d'utiliser un nom d'emprunt.

Nous avons décidé de Vous écrire à l'occasion de Votre voyage en France et, en particulier, de Votre visite à Lourdes, où Vous rencontrerez des victimes d'abus comme nous, dans un lieu où ne seront plus visibles les mosaïques du père Rupnik sur la façade de la basilique, à la suite de la décision de Son Excellence Monseigneur Jean-Marc Micas, évêque de Tarbes et Lourdes, de les recouvrir définitivement. Un geste très fort et courageux que nous avons grandement apprécié, d'autant plus que nous n'avons jamais senti un climat de solidarité à notre égard ; au contraire, nous avons toujours été très combattues et contrecarrées.

Nous ne savons que par la presse qu'un procès a débuté à l'encontre du père Rupnik, car, bien qu'elle ait sollicité à plusieurs reprises et par tous les moyens le Dicastère pour la Doctrine de la Foi afin d'obtenir un minimum de clarté — dans le respect et l'intérêt de tous — sur la procédure dans laquelle nous sommes impliquées en tant que victimes, notre avocate, Maître Laura Sgrò, n'a jamais reçu de réponse.

Ce silence bruyant et durable est vécu par nous, victimes, comme une violence supplémentaire et continue, qui s'ajoute, avec le poids d'un fardeau écrasant, à la violence que nous avons déjà subie. Une violence sexuelle, physique, psychologique, spirituelle, une violence prolongée dans l'âme, à laquelle s'ajoute désormais cette nouvelle et douloureuse violence du silence et de l'abandon du système judiciaire.

Nous avons été accusées — ou plus exactement diffamées — d'être des prostituées, des menteuses, d'avoir accepté de l'argent pour accuser le père Rupnik, de nous être enrichies grâce à cette horrible affaire. Abusées et dénigrées, nous continuons donc à subir la violence dans un silence de plomb et l'indifférence de ceux qui ont été appelés à décider sur nos vies. Et, malheureusement, cette violence même que nous subissons encore publiquement ne fait que décourager celles et ceux qui, comme nous, ont subi le même traitement et auraient l'intention de porter plainte.

Malgré nous, d'un exemple positif, nous sommes devenues un exemple négatif. Car le message véhiculé sur nos plaintes est le suivant : il est inutile de signaler un abus à l'autorité ecclésiastique, car de toute façon il ne se passe rien, personne ne payera et les victimes n'obtiendront jamais justice. Parce que, Très Saint-Père, nous avons perdu toute trace de justice et parce qu'un procès tenu dans l'oubli le plus total n'offre de garanties à personne, ni à l'accusé ni aux victimes, et s'avère inconciliable avec les concepts mêmes de droit, de vérité, de justice, d'équité et de miséricorde qui Vous tiennent toujours à cœur, Très Saint-Père.

Nous n'entendons pas sombrer dans l'oubli, ni renoncer à la justice, tant que la gravité des faits survenus ne sera pas reconnue et que le responsable ne sera pas puni. Et dans ce parcours tortueux vers la vérité, nous aimerions être considérées comme une ressource, et non comme un obstacle.

Nous nous en remettons à Vous et plaçons notre confiance en Vous, Saint-Père, en tant que souverain Pasteur de l'Église, afin que Vous exerciez Votre pouvoir suprême de jugement et de grâce et que Vous écoutiez notre demande, qui est celle de toute victime d'abus désirant la reconnaissance de la vérité à travers un procès équitable. Nous Vous demandons que soient toujours garantis le principe du contradictoire entre les parties, la clarté, la transparence, la célérité, la neutralité et l'indépendance des juges, afin que le jugement et son issue — quelle qu'elle soit — ne conservent aucune zone d'ombre.

Nous avons besoin de Vérité, Très Saint-Père, et tout comme nous, l'Église en a tant besoin.

Gloria Branciani, Mirjam Kovač, Sœur Samuelle, Vida Bernard, Pia

Victimes du père Marko Ivan Rupnik

Remarque : La lettre était initialement rédigée en italien. La traduction ci-dessus a été fournie par les cinq signataires.

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