Affaire Plessy : secrets violés et défense de crise, les lourds dysfonctionnements du diocèse de Lyon

Un message censé rester secret s'est retrouvé entre les mains du service de communication et a servi à la défense de l'institution.

  Semaine du 21 au 27 septembre 2026 (article 2/14)  

Affaire Plessy (5) Père Jean-Bernard Plessy (4) Société des prêtres de Saint-Irénée (4) Mgr Olivier de Germay (10) Diocèse de Lyon (23)

En publiant son droit de réponse, le diocèse de Lyon révèle des pratiques inacceptables. C'est ce que pointe l’analyse de Natalia Trouiller, qui dénonce des ruptures de confidentialité subies par une jeune femme venue signaler les actes du père Plessy. Cette dernière avait écrit à une adresse générique censée garantir un échange « personnel et confidentiel avec un prêtre » (pretre(at)lyon.catholique.fr). Son message a pourtant été lu par le service de communication du diocèse, avant d'être transmis à la cellule d'écoute. De plus, pour se défendre dans les médias, le diocèse a utilisé publiquement cet email confidentiel.

Droit de réponse du diocèse de Lyon

Droit de réponse du diocèse de Lyon

À la suite des articles publiés le 18 septembre 2026, le diocèse de Lyon apporte les précisions suivantes.

Le message anonyme évoquant la situation a été reçu le 3 juin 2026 par le service communication du diocèse et transmis à la cellule d'écoute, qui y a répondu dès le lendemain et a proposé un échange téléphonique le jour même. Ce premier message sollicitait expressément le secret — c'est par respect pour cette demande, réitérée ensuite, que le diocèse a différé sa communication publique. En tout état de cause, jusqu'au 16 juin 2026, ni l'identité de la jeune femme ni celle du prêtre n'avaient été révélées à la cellule ou au diocèse ; c'est le signalement d'une enseignante qui leur a permis d'en prendre connaissance ce jour-là. Il ne s'est donc pas écoulé « un mois », mais seize jours entre cette identification et les premières mesures.

Le terme critiqué du communiqué du 2 septembre n'a pas été introduit par la cellule d'écoute : il figurait dans le premier message reçu le 3 juin, que les pièces conservées établissent. En le reprenant, le diocèse restituait les termes dans lesquels la situation lui avait été initialement décrite ; il ne qualifiait pas des faits dont la qualification relève de la seule justice. Il reconnaît la jeune femme comme victime, croit sa parole et, par respect pour elle et pour la souffrance que l'emploi de ce terme a pu lui causer, il s'en est abstenu dès sa communication du 16 septembre et s'engage à ne plus l'utiliser. Comme il l'exprimait dès le 11 septembre, le diocèse lui redit tout son soutien dans l'épreuve qu'elle traverse.

Contrairement à ce qui est affirmé, les échanges avec la cellule d'écoute ne se sont pas interrompus durant l'été : la cellule a répondu à chacune des sollicitations de la jeune femme, notamment les 30 juillet, 2, 3 et 4 août, et a repris contact le 12 août puis le 28 août. Ses messages écrits — conservés — l'invitaient dès le mois de juin à sauvegarder toute preuve, lui rappelaient que porter plainte était son droit, l'orientaient vers une association d'aide aux victimes et vers un accompagnement psychologique dont le diocèse proposait la prise en charge.

Dès le 2 juillet 2026, le prêtre concerné a été convoqué par l'archevêque, qui lui a signifié l'interdiction d'entrer en contact avec la jeune femme et lui a annoncé le retrait de sa mission ; ces mesures conservatoires ont été formalisées par décret le 6 juillet 2026, jour du signalement adressé au procureur de la République de Lyon et de l'ouverture de l'enquête canonique. Le 8 juillet 2026, le responsable de la cellule d'écoute a été entendu par la police judiciaire, à laquelle le diocèse apporte son entier concours. Ces mesures ont été renforcées le 1er septembre 2026 par l'interdiction d'exercer tout ministère dans le diocèse et de se rendre sur les sites de l'institution.

Le dossier de l'enquête canonique préalable est transmis au Tribunal Pénal Canonique National, qui conduira la procédure en toute indépendance. Le diocèse a par ailleurs décidé de confier à des structures qui lui sont extérieures le traitement des signalements relatifs à cette affaire.

Le diocèse s'en tiendra désormais aux faits ainsi rétablis et se réserve de répondre à toute nouvelle inexactitude, par respect pour la jeune femme, pour la sérénité de l'enquête et pour les droits de chacun.

— Lyon Capitale

Analyse de Natalia Trouiller, sur Twitter/X

🧵 🪡 Dites donc les génies du @diocesedelyon, j'ai lu et relu votre droit de réponse à Lyon Capitale sur l'affaire Plessy et je voudrais s'il vous plaît savoir si votre stratégie est de vous enfoncer systématiquement, parce qu'on n'arrive plus à suivre là 👇

[communiqué reproduit en intégralité, voir ci-dessus]

@diocesedelyon Voici l'extrait qui me chiffonne et qui intéressera certainement au plus haut point les instances canoniques ad hoc:

Le message anonyme évoquant la situation a été reçu le 3 juin 2026 par le service communication du diocèse et transmis à la cellule d'écoute, qui y a répondu dès le lendemain et a proposé un échange téléphonique le jour même. Ce premier message sollicitait expressément le secret — c'est par respect pour cette demande, réitérée ensuite, que le diocèse a différé sa communication publique. En tout état de cause, jusqu'au 16 juin 2026, ni l'identité de la jeune femme ni celle du prêtre n'avaient été révélées à la cellule ou au diocèse ; c'est le signalement d'une enseignante qui leur a permis d'en prendre connaissance ce jour-là. Il ne s'est donc pas écoulé « un mois », mais seize jours entre cette identification et les premières mesures.

— Droit de réponse du diocèse de Lyon, dans Lyon Capitale

@diocesedelyon Y'a comme un problème, voyez vous. Parce que JAMAIS la victime n'a envoyé ce mail au service communication. Elle l'a envoyé à l'adresse pretre(at)lyon.catholique.fr, une adresse trouvée sur le site du diocèse https://lyon.catholique.fr et qui donne les garanties suivantes :

Vous pouvez vous adresser personnellement et confidentiellement à un prêtre, pour lui confier une intention de prière, lui poser une question, lui partager une situation, etc.

Donc je résume.

Dans un droit de réponse, dont l'objet est donc de rétablir les faits, le diocèse dit tout à fait officiellement que « le message anonyme évoquant la situation a été reçu le 3 juin 2026 par le service communication du diocèse et transmis à la cellule d'écoute ». La deuxième partie de la phrase est vraie, puisque la jeune fille a eu la surprise de voir non pas un prêtre lui répondre mais le responsable de la cellule d'écoute lui-même.

Alors reprenons, parce que ce n'est pas un détail d'organigramme.

Dans quel gigantesque mélange des fors vivent ces gens ? On écrit à un prêtre, c'est le service comm qui reçoit nos confidences, elles sont transférées à la cellule d'écoute, ou on ne sait où ? Mais enfin ! Qui relève les boîtes mails du diocèse ? En particulier celles des PRÊTRES, soumises donc au secret selon les lois canonique et étatique ? Selon quelle procédure ? Qui lit ces message avant qu'ils n'arrivent le cas échéant à la cellule d'écoute ?

Deuxièmement. Ce message initial est envoyé par une jeune fille perdue et traumatisée qui appelle par défaut « relation » quelque chose qu'elle ne comprend pas et dont elle sent qu'il s'agit de tout autre chose, et le diocèse aussi, puisqu'on lui envoie la cellule d'écoute.

Elle FAIT CONFIANCE à une promesse de confidentialité PRÉALABLE afin, justement, de pouvoir parler dans de bonnes conditions. Et le diocèse viole cette confidentialité deux fois: son message à un prêtre se balade dans les services, et on l'utilise pour la comm de crise.

Pour votre information, @diocesedelyon : sur le plan canonique, vous vous êtes mis dans une merde noire. Raconter publiquement la teneur d'un message de victime, le vocabulaire employé, tout ça pour se JUSTIFIER, c'est un délit. Parce que je vous rappelle le canon 220, qu'en général vous n'oubliez pas quand il s'agit du mis en cause :

Can. 220 - Il n'est permis à personne de porter atteinte d'une manière illégitime à la bonne réputation d'autrui, ni de violer le droit de quiconque à préserver son intimité.

— CDC, canon 220

Vos Estis Lux mundi, 5§2, enfonce le clou pour ne pas qu'on oublie la victime :

En tout état de cause, la légitime protection de la réputation et de la vie privée de toutes les personnes concernées doit être sauvegardée, ainsi que la confidentialité des données personnelles. La présomption de l'art. 13 §7 s'applique aux personnes signalées, étant sauves les dispositions de l'art. 20.

— Vos Estis Lux mundi, Art.5, §2

Il y a aussi le canon 1717 § 2 :

Il faut veiller à ce que cette enquête [préalable] ne compromette la bonne réputation de quiconque.

— CDC, canon 1717, §2

Sans parler du canon 1548 § 2

Restant sauves les dispositions du can. 1550, § 2, n. 2, sont soustraits à l'obligation de répondre:

  1. les clercs, pour les choses qui leur ont été révélées à l'occasion de leur ministère sacré; les magistrats civils, les médecins, les sages-femmes, les avocats, les notaires et toutes les personnes tenues au secret professionnel, y compris au titre de conseils donnés, pour tout ce qui relève de ce secret;
  2. les personnes qui craignent que leur témoignage n'entraîne pour elles-mêmes, leur conjoint, leurs proches parents ou alliés, discrédit, mauvais traitement dangereux ou autres maux graves.

— CDC, canon 1548 §2

« En raison du ministère », ça veut dire que si vous écrivez à un prêtre parce qu'il est prêtre : c'est couvert.

Et regardez qui le Code met dans la MÊME phrase.

les clercs, pour les choses qui leur ont été révélées à l'occasion de leur ministère sacré; les magistrats civils, les médecins, les sages-femmes, les avocats, les notaires et toutes les personnes tenues au secret professionnel, y compris au titre de conseils donnés, pour tout ce qui relève de ce secret;

Pour le droit de l'Église, ce qu'un prêtre apprend par son ministère est exactement là où le droit français met le secret médical.

Et ce n'est pas tout.

En admettant même que le responsable de la comm du diocèse, un laïc, ait été destinataire du message de la jf, il y a le fameux canon-Voldemort (le canon que personne ne cite jamais). Canon 471, 2° :

Toutes les personnes qui reçoivent un office à la curie doivent:

  1. promettre d'accomplir fidèlement leur charge selon la règle fixée par le droit ou par l'Évêque;
  2. garder le secret dans les limites et selon les modalités fixées par le droit ou par l'Évêque.

— CDC, canon 471

Donc maintenant, ça suffit avec ces méthodes de gougnafiers. Et merci par avance de clarifier, pour les fidèles qui vous font confiance, ces deux points:

  1. combien de personnes, et en quelle qualité, lisent les courriers que les gens pensent envoyer à un prêtre ?
  2. quel est le protocole de la cellule d'écoute du @diocesedelyon. Composition ? Promesse de secret au sens du can. 471? Transmission ?

Tant qu'il n'est pas public, la promesse faite aux victimes n'est pas vérifiable.

La transparence est le premier devoir envers les victimes et les fidèles.

A Lyon, on en est à des années-lumière.

— @ntrouiller sur Twitter/X

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