Violences sexuelles : un ancien évêque, héros de la Résistance, rattrapé par l'affaire Bétharram

Mgr Pierre-Marie Théas, décédé en 1977, est accusé par un ancien élève.

  Semaine du 14 au 20 septembre 2026 (article 12/12)  

Mgr Pierre-Marie Théas (1) Notre-Dame de Bétharram (60) Mgr Jean-Marc Micas (10) Diocèse de Tarbes et Lourdes (23)

Mgr Pierre-Marie Théas (1894-1977), évêque de Montauban puis de Tarbes et Lourdes, « Juste parmi les nations » pour sa protestation publique contre les lois antisémites de Vichy, est mis en cause pour viol par un ancien pensionnaire de Notre-Dame de Bétharram, révèle Mediapart 🡵.

Frédéric B., scolarisé sur place entre 1969 et 1971, a porté plainte début 2025 en plein scandale Bétharram. Les faits sont prescrits pénalement. Il se tourne alors vers la CRR. En mai 2026, deux personnes de cette commission l'accompagnent à Bétharram où il refait le trajet vers le bâtiment isolé de ses souvenirs. A l'aide de photos, il identifie le « vieux prêtre » : Mgr Pierre-Marie Théas, retiré là de 1970 à sa mort. Le dossier est donc transmis à l'Inirr, seule compétente pour des accusations visant Mgr Pierre-Marie Théas 🡵.

Notre-Dame de Bétharram n'était pas un monde clos

Comme le résume Jean-Pierre Massias, qui a présidé une commission d'enquête indépendante sur le scandale Bétharram :

« Cela montre qu'à Bétharram, il y a aussi eu des violences sexuelles vers l'extérieur, la transmission d'un enfant vers un prêtre par un membre de la communauté », énonce-t-il d'abord, appelant à « investiguer sérieusement » cette dimension du scandale.

Mediapart

Les héros peuvent également être auteur de violences sexuelles

Le professeur de droit [Jean-Pierre Massias] insiste aussi sur la « gravité des faits corrélée avec la personnalité de l'accusé ». « La violence sexuelle peut toucher n'importe qui dans l'Église, elle peut venir de prêtres qui ont eu des actions extérieures remarquables. Il va falloir gérer ces cas-là, car cette violence est encore plus déstabilisatrice pour l'Église », développe-t-il, en faisant le parallèle avec le cas d'une autre figure de l'épiscopat, Mgr Emmanuel Lafont, gravement mis en cause pour avoir notamment marchandé des relations sexuelles. L'ancien évêque de Cayenne, connu pour son engagement contre l'apartheid en Afrique du Sud, a finalement été condamné par l'Église en 2022.

Mediapart

Communiqués des évêques

Communiqué de Mgr Micas, évêque de Tarbes et Lourdes

COMMUNIQUE DE MONSEIGNEUR MICAS

Tarbes, le samedi 19 septembre 2026

Monseigneur Pierre-Marie Théas, ancien évêque des diocèses de Montauban (1940 – 1947) puis de Tarbes et Lourdes (1947-1970), reconnu comme « Juste parmi les nations » depuis 1969 en raison de sa protestation publique contre les mesures antisémites du gouvernement de Vichy en 1942, est aujourd'hui mis en cause pour des faits de violence sexuelle par un ancien élève de l'établissement Notre-Dame de Bétharram. Il y a quelques mois, l'Inirr (Instance nationale de reconnaissance et de réparation) a été saisie par ce dernier qui affirme avoir été agressé sexuellement par Monseigneur Théas, qui, âgé de 75 ans, était devenu évêque émérite du diocèse de Tarbes et Lourdes. Originaire de la région, Monseigneur Théas a occupé, jusqu'à sa mort en 1977, un petit appartement mis à sa disposition à Bétharram.

Evêque de Tarbes et Lourdes depuis 2022, j'ai été informé de cette situation en juillet 2026. Dans le cadre des procédures habituelles de l'Inirr, j'ai été sollicité pour faire part des éléments éventuels dont nous disposerions pour étayer la vraisemblance de ce signalement. Une recherche approfondie dans les archives n'a pas permis de répondre positivement à cette demande de l'Inirr.

J'ai écrit ce jour une lettre aux fidèles du diocèse : « Le choc de cette information nous atteint tous profondément. Monseigneur Théas n'est plus là pour confirmer ou infirmer les faits indiqués. Il ne peut donc y avoir d'enquête et de procès qui établissent la vérité dans le respect des dispositions de la loi. Comme toujours dans cette situation, un doute subsistera dans les esprits des uns et des autres. Ce doute est terrible, d'une part pour les personnes victimes dont la parole court le risque de ne pas être crue et la souffrance pas reconnue, et d'autre part pour les proches de la personne mise en cause, qui ne savent que penser, qui peuvent reprocher la divulgation d'une information sans contradiction possible, et doivent vivre avec cela.

Ma première pensée va à la personne plaignante. Elle va plus largement aux personnes victimes de violences sexuelles, mineures ou adultes. Nous savons à quel point les violences subies marquent une vie à jamais, l'abîment et parfois la détruisent. Lorsque les auteurs de ces violences sont des prêtres ou des évêques, le mal est encore plus profond car il touche les racines de la relation des personnes avec l'Église et souvent avec Dieu lui-même. Je veux redire une fois de plus mon soutien inconditionnel aux personnes que l'Église, à travers certains de ses ministres, a blessées si profondément, dans leur corps et dans leur âme. Je veux les assurer aussi de ma prière et de mon respect. Je pense également à ceux qui ont connu Monseigneur Théas et aux membres de sa famille. Même s'il a quitté le diocèse il y a plus de 56 ans, sa mémoire reste vive chez nous, mais aussi dans l'Église en France et en dehors de l'Église, notamment dans la communauté juive de France en raison de son engagement pendant la deuxième guerre mondiale. Enfin, je sais que pour certains, cette information va éprouver un peu plus encore leur confiance dans l'Église.

Depuis la remise du rapport de la Ciase, l'Église en France a pris des engagements forts en matière de reconnaissance et d'accompagnement des personnes victimes, mais aussi dans la prévention des violences sexuelles et la « transformation » ecclésiale qu'elle exige. Beaucoup a été fait et beaucoup reste à faire. Le diocèse de Tarbes et Lourdes y participe résolument, dans les paroisses et les communautés ou encore au Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes, pour revoir les façons d'être ensemble, et d'exercer l'autorité pour les clercs (évêque, prêtres et diacres) et les laïcs (catéchèse, pastorale des jeunes, service auprès des plus vulnérables, animation spirituelle, etc.).

Je veux réaffirmer ici l'engagement total, permanent et déterminé du diocèse et de ses responsables pour reconnaître les souffrances subies et les violences vécues par les personnes victimes de violences sexuelles, accompagner des chemins de restauration et d'apaisement et reconstruire, autant que faire se peut, la confiance. Léon XIV, que nous accueillerons dans quelques jours, ne cesse de nous y inviter : « Il est urgent d'enraciner dans toute l'Église une culture de prévention qui ne tolère aucune forme d'abus : ni de pouvoir ou d'autorité, ni de conscience, ni spirituel ou sexuel. »  »

+ Jean-Marc Micas

Diocèse de Tarbes et Lourdes

Communiqué de Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron

Communiqué de Monseigneur Marc Aillet

À la suite de la publication d'un article dans Mediapart concernant la mise en cause de Mgr Pierre-Marie Théas et de la prise de parole de Mgr Jean-Marc Micas, évêque de Tarbes et Lourdes, Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, s'associe pleinement aux déclarations de son confrère et réaffirme les engagements du diocèse.

Sa première pensée va aux personnes victimes de violences sexuelles. Mgr Marc Aillet leur exprime sa profonde compassion et réaffirme que leur écoute, leur reconnaissance et leur accompagnement constituent une priorité pour l'Église.

Compte tenu de l'implantation régionale, des vérifications rigoureuses ont été immédiatement effectuées dans les archives du diocèse. Celles-ci n'ont pas fait apparaître d'éléments venant établir des faits concernant la situation évoquée dans l'article. Pour autant, l'absence d'éléments dans les archives ne saurait être une raison pour ne pas accueillir la souffrance de ce plaignant ni pour relâcher notre vigilance. Elle renforce au contraire la nécessité de poursuivre le travail engagé en matière de prévention, d'écoute et d'accompagnement. Monseigneur Aillet a également une pensée pour les membres de la famille de Monseigneur Théas éprouvés par cette information.

Depuis plusieurs années, un travail important est mené au sein de l'Église pour mieux accueillir la parole des victimes, prévenir les abus et faire évoluer les pratiques. Le diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron y prend pleinement sa part. Cet engagement s'est traduit concrètement dans le diocèse par la nomination en janvier 2022 d'une déléguée épiscopale pour l'éducation à la prévention des abus et par la mise en place, dès 2016, d'une cellule d'écoute destinée à accueillir et accompagner les personnes qui souhaitent témoigner.

Monseigneur Aillet rappelle par ailleurs que des mesures de prévention et de protection peuvent être prises dès lors qu'une plainte le justifie, même en l'absence de preuve établie, afin de protéger les personnes et de prévenir tout risque.

Monseigneur Aillet tient enfin à exprimer sa pleine communion avec l'ensemble des évêques de France engagés sur ce chemin de vérité, d'écoute, de prévention et de réparation.

Il réaffirme son engagement personnel et celui du diocèse à poursuivre ce travail avec détermination, afin de contribuer, selon l'expression du pape François, à faire de l'Église « une maison plus sûre ».

+Marc Aillet

Évêque de Bayonne, Lescar et Oloron

Fait à Bayonne, le 19 septembre 2026

Diocèse de Bayonne

Mgr Alain Guellec, évêque de Montauban relaie le communiqué de Mgr Micas

Vous trouverez ci-joint un communiqué de Mgr Micas évêque de Tarbes et Lourdes, au sujet d'une affaire publiée ce matin et qui met en cause Mgr Théas, après son épiscopat dans le diocèse de Tarbes et Lourdes, en 1970.

Je me joins aux propos de Mgr Micas pour exprimer ma profonde tristesse devant les faits relatés, mon soutien à la personne qui en a parlé et redire mon engagement à lutter contre toute forme de violence et d'abus.

Mgr Alain GUELLEC

Évêque de Montauban

<pdf du communiqué>

Diocèse de Montauban

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