Rencontre de victimes avec le pape à Lourdes : les participants publient un communiqué

Dans le même temps, les collectifs, non conviés, continuent de communiquer.

  Semaine du 14 au 20 septembre 2026 (article 3/12)  

Léon XIV (21) Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes (6) CEF (51)

Les personnes qui participeront à la rencontre 🡵

Jean-Marie Delbos formulera une demande symbolique au Saint-Père : « Dissoudre la congrégation Bétharram, qui a fait des victimes dans le monde entier (ils ont des missionnaires dans plusieurs pays, notamment en Afrique) ! » 🡵

Les collectifs de victimes écartés de la rencontre

Pourquoi les collectifs ont-ils été écartés ?

Dès le début du mois de septembre, la CEF a justifié le nombre réduit de réduit de participants par une « volonté du pape de favoriser les échanges interpersonnels » 🡵. Interrogé sur la non représentation des collectifs lors de la rencontre, Mgr Micas a déclaré : « je n'ai pas d'informations sur le critère qui a conduit à ce choix-là » 🡵. Une bien étrange réponse de la part de l'évêque qui va héberger cette rencontre, alors que cette question était sur toutes les lèvres. Et ce d'autant plus que cela semble avoir été demandé avec force dès le début des réflexions : « Le principe qui a été posé tout de suite, tout de suite, c'est des personnes et pas des collectifs » 🡵.

En notera qu'en soi, des « échanges interpersonnels » sont parfaitement possibles avec les représentants de collectifs. On notera également qu'aucune déclaration ne permet de dire que l'absence des collectifs à cette rencontre émane d'une volonté du pape Léon XIV.

Le plus probable semble donc que ce choix soit celui de la CEF… et que celle-ci refuse de l'assumer publiquement. Car comme le dit Mgr Micas : « Cette séquence, elle est organisée par la conférence des évêques donc à Paris et les personnes qui portent cette préoccupation au quotidien au nom des évêques de France » 🡵.

L'apport des collectifs

Un interlocuteur externe à l'institution qui dispose d'une expertise

Sur la base des témoignages reçus et du travail fait par ses membres, un collectif se constitue une expertise, une analyse des schémas récurrents, des mécanismes à l'oeuvre.

Il y a un parallèle possible à tracer avec le dispositif Renaître, qui a créé tant de remous. Je crois qu'ils pensent bien faire les choses. Mais il est maladroit de choisir quelques personnes victimes sans travailler de manière structurée avec les collectifs et les associations, qui disposent d'une réelle expertise, ou encore avec les structures comme l'Inirr (Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation) et la CRR (Commission reconnaissance et réparation).

Mélanie Debrabant, dans La Vie

Une remise en cause du fonctionnement institutionnel et la demande de changements

Là où l'entretien individuel relève le plus souvent de l'écoute, de la compassion, de la reconnaissance et de la réparation personnelle, l'objectif premier du collectif est tout autre : repérer les dysfonctionnements, les nommer, demander des changements institutionnels, structurels.

Un regard de compassion bien évidemment entendable, mais il y a un enjeu politique que le Vatican ne veut pas traiter

Alain Esquerre, fondateur et porte-parole du collectif des victimes de Bétharram, cité par France 3

Même si [les victimes] peuvent appartenir à un collectif, il s'agit d'une rencontre privée et personnelle qui permet au Vatican de dire « nous écoutons les victimes » tout en évitant d'exposer la nature systémique des abus et la responsabilité de l'institution. Du point de vue des victimes, la différence est fondamentale :

  • une rencontre individuelle reconnaît une souffrance personnelle ; le Vatican présente ces rencontres comme des moments d'écoute et de compassion avec des personnes blessées. Recevoir quelques victimes à titre privé permet de maintenir un cadre intime, plus facile à présenter comme une rencontre pastorale.
  • une rencontre avec une association comme la nôtre reconnaît la légitimité d'une démarche collective qui met en cause la nature systémique des abus, obligeant l'Église à répondre sur les responsabilités hiérarchiques, les archives, les préjudices et les indemnisations en tant qu'institution.

MVR – Mémoire Vérité Reconnaissance pour les victimes des lasalliens

Comme le résume Patrice Dunois-Canette « Reste maintenant à savoir si l'Église veut seulement montrer qu'elle sait écouter les victimes — ou si elle est prête à écouter ce qu'elles lui demandent de changer » 🡵.

Un contre-pouvoir

Face à des euphémismes, dissimulations ou omissions délibérées, voire parfois mensonges délibérés, il est difficile pour une victime seule de dépasser le narratif institutionnel. Un collectif a une connaissance plus large de la situation et une pluralité d'expertises. A titre d'exemple, des personnes ont pu penser qu'elles étaient les seules victimes d'un prêtre donné, alors que plusieurs alertes avaient déjà été transmises à l'évêché au sujet de ce même prêtre.

De plus, une personne seule n'exerce pas de contre-pouvoir et peut difficilement demander des comptes en cas d'inaction. Un collectif, oui. Et le collectif s'inscrit par nature dans la durée avec un suivi, là où les forces isolées d'une personne seule sont plus fragiles.

Un vitrail sera remis au pape

ampaseo.fr

Communiqué du 17 septembre 2026

Le fabuleux voyage de Tudine

Au nom des victimes silencieuses, Tudine et ses petits seront présentés au pape Léon XIV à Lourdes le 27 septembre. Ils prendront ensuite la route pour le Vatican.

Un vitrail, boîte à lumière imposante de 50 cm de haut, sera remis au pape Léon XIV par une des victimes reçues à Lourdes le 27 septembre.

Créé par RayDa, victime de Loctudy* membre d'Ampaseo, ce vitrail représente une femme bigoudène et ses deux enfants. Les oies à leurs pieds symbolisent la protection et la vigilance.

Peu nombreuses sont les victimes qui osent parler. Condamnés au silence, par l'institution, les agresseurs ou nos parents ayant refusé de voir la réalité, nous ne sommes que 1% à avoir parlé, parfois des décennies plus tard.

Franchissant le mur de la honte, nous sommes passés de victimes à témoins, apportant de l'aide à d'autres victimes et sommes impliqués dans la prévention, pour préserver autant que possible et avec modestie les générations futures.

Alors nous voulions porter la parole, les terribles souffrances qui jamais ne s'effaceront, de ceux qui sont murés dans le silence ou ne peuvent plus parler car ils ont mis fin à leurs jours.

Car le silence est une violence.

Les témoignages de victimes provoquent l'effarement de leurs proches qui découvrent la vérité le plus souvent longtemps après, portant parfois le fardeau d'une culpabilité terrible. Et saisissant les failles profondes qui les accompagnent et qu'il est nécessaire d'accepter pour mieux vivre avec cette blessure.

RayDa a délibérément mis de la couleur et de la gaité dans son œuvre, rempart contre ce drame qui nous habite. Nous avons baptisé la maman Tudine, féminin de Tudy, le Saint fondateur de la ville de Loctudy, dans le Finistère. Elle porte l'emblématique coiffe bigoudène que portaient nos chères grand-mères.

Dans son écrin sur mesure, Tudine a été acheminée à Paris, à la Conférence des Évêques de France qui a son tour l'acheminera à Lourdes, où elle sera remise à Léon XIV par une des sept victimes qu'il recevra, elle rejoindra ensuite le Vatican. Nous caressons l'espoir que Léon XIV place cette œuvre lumineuse dans son bureau pour ne jamais oublier la souffrance des victimes silencieuses de l'Église.

Par ce geste symbolique, nous encourageons également les victimes à prendre la parole, car la honte doit changer de camp, l'institution Église est la seule coupable. Elle doit l'assumer, en sincérité et en vérité.

L'association Ampaseo est composée en partie de victimes d'un seul agresseur dans deux écoles (Issé en Loire Atlantique puis Loctudy dans le Finistère), le frère Gabriel Girard de la congrégation des frères de Saint Gabriel. Ce seul prédateur aurait potentiellement fait près de 170 victimes entre les années 50 et 70. Couvert par sa hiérarchie, il était déplacé d'établissement en établissement, une quinzaine de postes recensés, au gré de la découverte de ses crimes. Les victimes de la congrégation ont immédiatement été reconnues par les frères de Saint Gabriel, en liaison avec la CRR, Commission reconnaissance et réparation.

Au total, 1422 personnes se sont adressées à la CRR à ce jour.

Contacts presse :
asso@ampaseo.fr

— AMPASEO

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