Père Jean-Bernard Plessy : le diocèse de Lyon dans la tourmente

Ce que les enquêtes de presse disent, et ce que le diocèse répond.

  Semaine du 14 au 20 septembre 2026 (article 1/12)  

Père Jean-Bernard Plessy (3) Institution des Chartreux (3) Société des prêtres de Saint-Irénée (3) Mgr Olivier de Germay (9) Diocèse de Lyon (21)

Résumé : l'article du journal L'Express

Le journal L'Express a publié cette semaine un article qui revient en détail sur la gestion de l'affaire "Plessy" par le diocèse de Lyon. Cette publication met en lumière des défaillances dans la réponse apportée par le diocèse et par son archevêque, Mgr Olivier de Germay.

Cet article a également fait l'objet d'une courte vidéo de présentation, dont voici la transcription :

Mais que fabrique le diocèse de Lyon ?

Si vous habitez Lyon, vous connaissez sûrement l'école des Chartreux, un établissement privé catholique d'excellente réputation, 4 000 élèves, 200 ans d'histoire et un directeur qui se trouve être un prêtre qui était à la tête de l'établissement depuis 27 ans. Une jeune élève a porté plainte ce 11 septembre contre lui pour viol aggravé. Une enquête a été ouverte par le procureur de la République, le présumé suspect dément tous les faits et clame son innocence, la jeune fille maintient ses accusations. Ce qui est intéressant dans cette histoire très malheureuse, c'est la réaction du diocèse de Lyon. Car la jeune fille a dans un premier temps contacté la cellule d'écoute qui lui a répondu promptement et avec beaucoup de gentillesse, mais sans jamais lui recommander d'aller déposer plainte ou d'aller voir un avocat. Plus surprenant encore, l'évêque a reçu le suspect, a entendu ce qu'il avait à lui dire, n'a pas informé l'école, a laissé le suspect finir son année scolaire et l'a ensuite envoyé à l'écart dans une abbaye. Le jour de la rentrée scolaire, le nouveau directeur ne savait pas ce dont était suspecté son prédécesseur. Ledit prédécesseur a eu tout le loisir accordé par le diocèse d'écrire un courrier aux parents le 9 juillet pour leur dire qu'il allait devoir abandonner sa charge, vu sa grande fatigue et pour se féliciter qu'il lui aient confié pendant tant d'années l'éducation morale de leurs enfants. Ce qui est très étonnant dans cette affaire, c'est la non rapidité, voire la lenteur avec laquelle le diocèse de Lyon l'a traitée. Car si le principal suspect a lui été reçu par l'évêque, son supérieur hiérarchique, la plaignante depuis le mois de juin n'a pas été reçue. On se demande pourquoi ce traitement si différent. En tout cas, aujourd'hui, le dossier est entre les mains de la justice, une enquête préliminaire est ouverte. À elle de faire la lumière.

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L'attitude du diocèse et de Mgr de Germay en question

À propos de l'emploi du mot « relation » par le diocèse

[Lyon Capitale] Le diocèse affirme que la jeune fille avait elle-même utilisé le mot « relation » et qu'il ne pouvait pas qualifier les faits. Pourquoi ce terme ne vous convient pas ?

[Nadia Debbache, avocate de la plaignante] C'est odieux d'affirmer cela. Ma cliente a contacté la cellule d'écoute du diocèse alors qu'elle était complètement déboussolée, dissociée et traumatisée, incapable d'analyser ce qu'elle vivait. En examinant les échanges, on s'aperçoit que ce mot vient de la cellule d'écoute elle-même. Employer le mot « relation » sous-entend un rapport consenti. Le diocèse prétend ne pas trancher, mais il prend position et valide la thèse d'une relation partagée. Dès la sortie du communiqué du diocèse le 2 septembre, j'ai envoyé un courriel puis un courrier exigeant une rectification. Ils n'ont jamais répondu. Résultat : ma cliente a été insultée sur les réseaux sociaux et a subi une forte décompensation constatée par son psychiatre.

Lyon Capitale

Dans son communiqué du 2 septembre, le Diocèse de Lyon expose ce dont il a été informé début juin. Ce communiqué précise qu'il s'agit d'une relation entre le directeur des Chartreux, prêtre, et une étudiante placée sous son autorité. Il reprend le mot « relation » parce que c'est le terme utilisé par la jeune femme elle-même. Il ajoute, qu'après avoir ouvert une enquête préliminaire, l'archevêque a retiré sa mission au Père Plessy. Il est donc évident pour le Diocèse de Lyon que cette jeune femme est victime de ce prêtre. C'est d'ailleurs ce que la cellule d'écoute, ayant toujours cru à sa parole, n'a cessé de lui dire dès le début des échanges avec elle. Le Diocèse a agi pour la protéger ; il lui redit toute sa compassion dans cette épreuve.

Il appartiendra à la justice, que le Diocèse a saisie dès le 6 juillet en la personne du procureur, de dire si les faits sont constitutifs d'infraction de viols et d'agressions sexuelles aggravés. Les autorités diocésaines n'ont ni la compétence ni l'autorité pour définir ces faits à la place des juridictions.

Diocèse de Lyon

On notera que s'il appartient à la justice de qualifier les faits, rien n'empêchait le diocèse d'indiquer qu'il avait eu connaissance d'éléments extrêmement graves, laissant penser que le père Plessy aurait pu se rendre coupable de violences sexuelles. Et en indiquant que pour des raisons de prudence et sans présager de la qualification pénale des faits, Mgr de Germay avait retiré au père Plessy sa mission de directeur, ce dernier ayant alors remis sa charge. La non-qualification des faits par la justice n'empêche donc aucunement une explication des mesures prudentielles prises par Mgr de Germay.

Le diocèse laisse un mensonge prospérer

L'incompréhension règne parmi les fidèles. Notamment sur le silence du diocèse entre le 2 juillet, la destitution du père Plessy, et le 2 septembre, le premier communiqué officiel sur l'affaire. Durant ces deux mois, la version d'un départ pour « fatigue » a prospéré, alors que le prêtre avait déjà reconnu « la relation » et était sanctionné.

Lyon Capitale

Nous avons dans un premier temps envisagé une communication en juillet. Il nous fallait cependant prendre en compte la demande de discrétion de la jeune femme.

Fin août, lorsque son avocate nous a fait savoir qu'elle souhaitait qu'une information claire soit donnée, nous avons publié le communiqué que vous connaissez.

— Lettre de Mgr Olivier de Germay aux prêtres du diocèse de Lyon, 16 septembre 2026

Le diocèse affirme avoir voulu protéger l'anonymat de la victime. Que répondez-vous ?

[Nadia Debbache, avocate de la plaignante] Prétendre avoir gardé le silence pour protéger ma cliente est faux. Elle n'a jamais été en capacité de faire cette demande tant en raison de son état psychologique que des pressions dont elle était victime de la part du mis en cause. Le diocèse a uniquement cherché à se protéger lui-même. Le 9 juillet, le directeur a présenté publiquement son départ comme lié à une « fatigue physique et mentale », ce qui est un mensonge validé par les autorités de tutelle de l'institution des Chartreux. Ce n'est qu'après mes courriers officiels du 27 août à l'archevêque et du 31 août à l'établissement des Chartreux, exigeant des précisions sur les mesures de protection et une communication conforme à la réalité, que le diocèse a publié son communiqué du 2 septembre.

Lyon Capitale

« Il nous fallait cependant prendre en compte la demande de discrétion de la jeune femme ». Bien entendu, une certaine discrétion est nécessaire, et il n'est pas question de publier tous les détails ni de révéler l'identité de la jeune fille. Mais cela n'empêche pas pour autant d'annoncer que le père Plessy était suspecté de violences sexuelles, et à ce titre écarté de son poste de direction. En d'autres termes, une demande de discrétion n'est pas une demande de silence qui laisse des mensonges prospérer.

D'autre part, alors que la cellule d'écoute parlait « d'emprise » 🡵, s'appuyer exclusivement sur une demande de la jeune fille qui sert avant tout l'auteur de l'emprise suspectée devrait largement inquiéter une cellule d'écoute qui doit avant tout protéger les personnes.

L'éloignement à l'abbaye du Pesquié

L'évêque a déplacé le prêtre à l'abbaye du Pesquié dans l'Ariège, en prenant soin d'avertir l'évêque local, mais pas les religieuses qui désormais l'abritent.

L'Express

Bien entendu, on ne peut que se réjouir que le père Plessy ait été éloigné de l'Institution des Chartreux. Cependant, si cette information de L'Express est exacte, il est ahurissant que les religieuses n'aient pas été prévenues de la raison de son séjour dans leur abbaye… d'autant plus que selon le site Internet de la communauté : « Nous sommes une communauté d'une quarantaine de moniales, où tous les âges de la vie sont bien représentés » 🡵. Il pourrait donc être de nouveau au contact de jeunes femmes, religieuses, cette fois-ci.

Par ailleurs, le choix même de cette abbaye interroge. En effet, ce lieu est loin d'être inconnu du père Plessy qui y emmenait des adolescentes de sa propre initiative mais sans y associer la pastorale de l'établissement. Une démarche qui pose fortement question :

[Le père Plessy] n'hésite pas non plus à sortir du cadre scolaire. Comme lors de ces retraites spirituelles qu'il propose à un groupe de six adolescentes à l'abbaye du Pesquié (Ariège) sans que le service de pastorale de l'établissement soit associé. C'est lui qui est aux commandes du minibus pendant les six heures du trajet et offre les repas au McDonald's, que les parents n'auront même pas à débourser.

La Croix

La cellule d'écoute du diocèse mise en cause

Absence de mise en place immédiate de mesures de protection et d'éloignement

« L'avocate [de la plaignante] accuse la cellule d'écoute du diocèse d'avoir laissé la jeune fille en contact avec son agresseur pendant tout le mois de juin » 🡵. « Or, les viols continuent […] jusqu'au début du mois de juillet », accuse la plaignante 🡵.

Concernant le délai entre l'identification du prêtre et les mesures d'éloignement le 2 juillet, le diocèse explique avoir attendu la confirmation du passage en année supérieure de l'étudiante afin de préserver sa scolarité au sein des Chartreux.

Lyon Capitale

Au regard de la gravité de la situation, « la confirmation du passage en année supérieure de l'étudiante » est certes à prendre en compte, mais sans commune mesure avec les viols dont elle aurait été victime le temps que les mesures d'éloignement soient prononcées.

Absence de réaction quand la cellule d'écoute du diocèse est informée que le père Plessy ne respecte pas l'interdiction de contacter la plaignante

[Nadia Debbache, avocate de la plaignante] Bien qu'informé en juin, le diocèse n'a pris aucune mesure d'éloignement immédiate : l'interdiction de contact n'a été signifiée qu'au début du mois de juillet. Et malgré cette interdiction formelle, le père Plessy a envoyé plus de 130 SMS et courriels entre le 3 juillet et le 4 août. Il se vantait, même après sa mise à pied, en répétant que l'évêché était de son côté. Ma cliente a prévenu la cellule d'écoute qu'il continuait à lui envoyer des messages malgré l'interdiction. Sans réaction de sa part. Entre fin juillet et fin août, la cellule a même totalement cessé de lui répondre, la laissant dans un abandon complet. […] La cellule d'écoute parlait « d'emprise » mais refusait de qualifier les violences sexuelles.

Lyon Capitale

Si les faits dénoncés ici par l'avocate de la plaignante sont exacts, on retrouvera ici un schéma déjà observé dans d'autres affaires : des sanctions inopérantes car vraisemblablement connues de très peu de monde, et dont la violation n'a semble-t-il entraîné aucune conséquence. Et le tout sans tenir au courant la plaignante de la manière dont la violation des sanctions a été traitée.

La cellule d'écoute du diocèse aurait tenté implicitement de la dissuader de porter plainte

Pourquoi pensez-vous qu'il y a eu des pressions directes ou des tentatives d'entrave à la justice ?

[Nadia Debbache, avocate de la plaignante] La question se pose très clairement. Le père Plessy demandait systématiquement à ma cliente de détruire les SMS qui constituaient autant de preuves. Mais la cellule d'écoute suscite aussi de lourdes interrogations. Elle compte parmi ses membres un ancien commandant de la brigade de protection des familles. Or, il a affirmé à la jeune fille que si elle allait aux tribunaux civils, l'avocat de la défense allait « la massacrer », qu'il n'y aurait pas de suites judiciaires mais seulement des sanctions canoniques, tentant implicitement ainsi de la dissuader de porter plainte. Lorsqu'il a su qu'elle avait pris une avocate, il l'a appelée à 22 h pour lui déconseiller de suivre mes conseils. Il s'agit moins d'une incompétence grave que d'une stratégie délibérée pour étouffer l'affaire au profit de l'institution.

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Concernant les accusations de dissuasion d'aller en justice par la cellule d'écoute, le diocèse assure qu'un SMS du membre de la cellule d'écoute atteste du contraire : « Il écrit noir sur blanc : ‘Je ne vous ai pas dissuadée de porter plainte.’ »

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Absence de réponse pendant l'été de la part de la cellule d'écoute

Sur l'attitude de la cellule d'écoute après le signalement de l'évêque au procureur le 6 juillet, un proche de l'archevêque rappelle que « la cellule d'écoute n'a pas vocation à accompagner la personne une fois les signalements effectués. On reste en lien, on peut la rediriger vers des psychologues, le service de justice, mais ce n'est pas son rôle d'accompagner ».

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Les demandes de la plaignante

La gestion de ce signalement met en lumière les défaillances structurelles de la cellule d'écoute lyonnaise. Pour y remédier, la plaignante formule deux exigences claires :

  • L'ouverture immédiate d'un audit indépendant pour évaluer cette structure.
  • Le transfert complet de l'accueil des victimes à des organismes extérieurs et neutres.

Le manque d'objectivité est inévitable lorsque les membres d'une cellule interne côtoient les personnes mises en cause (supérieurs hiérarchiques, collègues, figures d'autorité). Le Diocèse ne peut cumuler les rôles de lieu de recueil de la parole, d'employeur du suspect et de juge. La question de l'aptitude réelle des bénévoles à traiter des traumatismes lourds reste entière.

— Communiqué de presse de Nadia Debbache, avocate de la plaignante

Des dysfonctionnements institutionnels

Un directeur charismatique, omniprésent, sans contre-pouvoir efficace

Un autre article du journal La Croix dresse cette semaine un portrait du père Plessy.

L'article le présente comme extrêmement investi dans sa mission. L'Institution des Chartreux lui doit beaucoup, étant devenue sous son mandat une institution d'excellence. Point d'orgue, le grandiose bicentenaire de l'Institution des Chartreux, auquel se rend le tout-Lyon.

Mais cette réussite a été construite en concentrant les pouvoirs de manière préoccupante. Le tableau que dressent les témoins est celui d'une omniprésence sans garde-fou : c'est lui qui recrute les 450 enseignants, leur attribue classes et niveaux, préside tous les conseils de classe de la troisième à l'enseignement supérieur, annote à la main certains bulletins. Entre 2001 et 2026, il a cumulé les fonctions de chef d'établissement et de directeur général, sans directeur des études pour partager la charge. Autour de lui, les contre-pouvoirs se sont réduits : les représentants des parents d'élèves ne siègent pas aux conseils de classe, le dialogue syndical reste étroit, la tutelle n'exerce aucun contrôle officiel et ne prépare pas la succession.

De plus, prêtre et chef d'établissement, il décide des passages en classe supérieure et confesse certains de ses élèves, mélangeant for interne et for externe.

S'y ajoutent les sorties du cadre institutionnel : des retraites spirituelles proposées à un petit groupe d'adolescentes à l'abbaye du Pesquié (Ariège) sans que le service de pastorale de l'établissement soit associé, avec lui au volant du minibus. Et une proximité physique et affective que plusieurs anciennes élèves décrivent comme parfois gênante : embrassades, main sur l'épaule, correspondance où revient l'expression « vive affection ».

La faillite des systèmes de contrôle

Un article publié par le journal La Croix s'intéresse aux mécanismes défaillants de contrôle de l'Institution des Chartreux.

  1. Concentration des pouvoirs : jusqu'à cet été, le père Bruno Martin cumulait l'autorité de tutelle sur l'établissement (via la Société des prêtres de Saint-Irénée) et la présidence de l'association de gestion. Il représentait donc à la fois le contrôleur et le contrôlé.
  2. Absence des visites de tutelle : alors qu'elles doivent en principe avoir lieu tous les trois à cinq ans, ces visites n'auraient pas eu lieu de façon formalisée depuis 2001 selon les personnels et le syndicat Snec-CFTC.
  3. Contrôle externe du rectorat inopérant : l'inspection du rectorat de novembre 2025, pourtant conduite par dix inspecteurs, n'a produit que des mises en demeure mineures portant sur les cours de culture religieuse et une messe substituée à une heure de cours. Aucun dysfonctionnement institutionnel majeur n'a été pointé.

En 2022, plusieurs anciennes élèves ont également accusé d'agressions sexuelles le père Georges Babolat (décédé en 2006), qui dirigeait l'établissement avant le père Plessy 🡵. Ce précédent aurait dû servir de signal d'alerte pour revoir les mécanismes de contrôle au sein de l'Institution des Chartreux.

« Nous avons demandé la cotutelle du diocèse à partir de juillet [2026] », se défend l'évêché 🡵.

Lettre de Mgr Olivier de Germay

Cette semaine, Mgr Olivier de Germay s'est adressé aux personnes les plus impliquées dans la vie du diocèse.

La lettre ci-dessous a été transmise aux prêtres. Elle a également fait l'objet d'une diffusion aux diacres, aux LeME, aux coordinateurs et assistants paroissiaux, aux chefs de pôle et de service, aux salariés de l'ADL.

Mercredi 16 septembre 2026

Aux prêtres du diocèse de Lyon,

Chers frères prêtres,

Ce courrier est envoyé également aux diacres, salariés et fidèles du diocèse, mais j'ai une pensée particulière pour vous puisqu'il s'agit d'un prêtre. J'ai bien conscience qu'en tant que membres d'un même presbyterium, nous nous sentons particulièrement concernés par cette douloureuse révélation.

Comme vous le comprendrez en lisant ce texte, nos actions ont été avant tout guidées par le souci de respecter le cheminement de cette jeune femme victime.
En vous demandant de relayer le courrier ci-dessous à vos communautés, je vous assure de ma prière, de ma confiance et de ma gratitude pour votre engagement sacerdotal au service de la mission.

Chers frères et sœurs,

Je m'adresse à vous à propos de ce qui s'est passé aux Chartreux. Une jeune femme a déposé plainte le 10 septembre à la suite de faits qu'elle dénonce. Cela est avant tout dramatique pour elle qui est profondément blessée par le traumatisme qu'elle a subi. Je lui exprime tout mon soutien et lui redis que nous croyons à sa parole.

Avec mes collaborateurs, nous nous sommes efforcés d'accompagner cette situation de façon collégiale, en croisant diverses compétences, avec sérieux, humanité, mais aussi avec humilité car ce genre de situations est particulièrement complexe.

Dans la mesure où le Père Plessy dirigeait un établissement catholique d'enseignement, le Directeur diocésain de l'Enseignement catholique a été associé au traitement de cette affaire.

Je voudrais aujourd'hui essayer d'apporter des éléments de réponse à une question qui a été souvent formulée, et que l'on peut tout-à-fait comprendre : si le diocèse a si rapidement pris des mesures pour protéger la jeune femme en écartant le directeur des Chartreux, pourquoi n'a-t-il pas communiqué plus tôt ?

Notre cellule d'écoute a reçu début juin un message anonyme d'une jeune femme majeure faisant état de la situation qu'elle vivait avec un prêtre beaucoup plus âgé qu'elle, dont elle ne donnait pas le nom. Il lui a immédiatement été indiqué que cette situation n'était pas normale et qu'elle en était victime. La cellule d'écoute lui a également conseillé de conserver la preuve des échanges.

Dès que nous avons connu son identité, nous avons pris les mesures qui s'imposaient en démettant le Père Plessy de ses fonctions et en lui interdisant d'entrer en contact avec la jeune femme (mesures prises le 6 juillet, complétées le 1er septembre par une interdiction d'exercer tout ministère dans le territoire de l'archidiocèse de Lyon et communiquées sur notre site internet le 2 septembre). Par ailleurs, nous avons fait un signalement au procureur de la République le 6 juillet dernier.

Nous avons dans un premier temps envisagé une communication en juillet. Il nous fallait cependant prendre en compte la demande de discrétion de la jeune femme.

Fin août, lorsque son avocate nous a fait savoir qu'elle souhaitait qu'une information claire soit donnée, nous avons publié le communiqué que vous connaissez.

Nous avons bien conscience que cette situation est douloureuse pour l'ensemble de la communauté éducative des Chartreux, pour les élèves et anciens élèves, pour les communautés éducatives de l'Enseignement catholique, pour les prêtres, ainsi que pour l'ensemble de notre Église diocésaine.

Il faut désormais attendre que les juridictions canoniques et étatiques se prononcent quant à la qualification des faits dénoncés. Les mesures conservatoires prises témoignent du sérieux avec lequel nous traitons ces faits. Tout au long de ce processus, notre priorité a été d'accompagner la jeune femme et de la soutenir dans cette épreuve.

J'invite toute personne qui aurait des informations supplémentaires en lien avec cette affaire à contacter le procureur de la République de Lyon.

En espérant que cette lettre vous aura apporté des éclairages, je vous assure de ma prière et de mon engagement à prendre cette affaire avec toute la compassion et le sérieux qu'elle mérite.

+ Olivier de Germay

Archevêque de Lyon

— Lettre de Mgr Olivier de Germay aux prêtres du diocèse de Lyon

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