Rencontre de victimes avec le pape à Lourdes : les collectifs de victimes non conviés

La rencontre risque de laisser de côté le caractère systémique des violences.

  Semaine du 7 au 13 septembre 2026 (article 2/13)  

Léon XIV (20) Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes (5) Mgr Jean-Marc Micas (9) CEF (50)

Les modalités de la rencontre de victimes avec le pape à Lourdes sont résumées dans cette courte interview de Mgr Jean-Marc Micas :

Le lieu, la composition de la délégation, l'heure à laquelle cette rencontre aura lieu sont tenues pour l'instant confidentielles, tout simplement pour protéger les personnes qui ont accepté de participer à cette rencontre. Une communication sera faite après la rencontre en question. Et ce que je peux dire aussi, c'est qu'il n'y aura aucun collectif de victimes de violences sexuelles, ni de Bétharram, ni d'ailleurs. Il y a eu beaucoup, beaucoup, beaucoup de sollicitations, il y a beaucoup de collectifs de victimes. Et, cette séquence, elle est organisée par la conférence des évêques donc à Paris et les personnes qui portent cette préoccupation au quotidien au nom des évêques de France. Donc c'est eux qui préparent cette séquence en lien directement avec le Saint-Siège. Mais le principe qui a été posé tout de suite, tout de suite, c'est des personnes et pas des collectifs. Pour ma part, je n'ai pas d'informations sur le critère qui a conduit à ce choix-là.

Interview de Mgr Micas sur ici Béarn Bigorre

Deux points sont particulièrement importants

  1. La CEF a gardé la maîtrise totale de la préparation : « cette séquence, elle est organisée par la conférence des évêques donc à Paris et les personnes qui portent cette préoccupation au quotidien au nom des évêques de France »
  2. Il y a eu la volonté que les collectifs ne soient pas représentés pour cette rencontre : « le principe qui a été posé tout de suite, tout de suite, c'est des personnes et pas des collectifs »

La préparation

« Cette séquence, elle est organisée par la conférence des évêques donc à Paris et les personnes qui portent cette préoccupation au quotidien au nom des évêques de France », Mgr Micas 🡵

Malgré les intentions affichées de la CEF, les personnes victimes interrogées estiment ne pas avoir été suffisamment associées à ce processus. Plusieurs reprochent à la CEF d'avoir voulu reprendre la main sur l'organisation de cette séquence, plutôt que de la co-construire avec des représentants des principaux collectifs et associations. « On aurait aussi pu jouer quelque chose avec l'Inirr et la CRR (les deux instances de réparation de l'Église de France, NDLR)  », soupire un membre d'un collectif.

La Croix

Les associations et les collectifs écartés de la rencontre

« Le principe qui a été posé tout de suite, tout de suite, c'est des personnes et pas des collectifs », Mgr Micas 🡵

Une victime parle d'abord de ce qu'elle a vécu. Un collectif parle d'une histoire commune. Ce ne sont pas les mêmes paroles et elles ne répondent pas aux mêmes questions. Dans le cas de Bétharram, l'enjeu dépasse les récits individuels. Il concerne le fonctionnement d'une institution éducative catholique dans laquelle des enfants étaient placés sous l'autorité d'adultes, dans un cadre où la discipline et la réputation pouvaient occuper une place considérable.

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Reste maintenant à savoir si l'Église veut seulement montrer qu'elle sait écouter les victimes — ou si elle est prête à écouter ce qu'elles lui demandent de changer.

Compte Facebook de NSAE Non pas une autre Église, mais une Église autre

Un regard de compassion bien évidemment entendable, mais il y a un enjeu politique que le Vatican ne veut pas traiter

Alain Esquerre, fondateur et porte-parole du collectif des victimes de Bétharram, cité par France 3

Même si [les victimes] peuvent appartenir à un collectif, il s'agit d'une rencontre privée et personnelle qui permet au Vatican de dire « nous écoutons les victimes » tout en évitant d'exposer la nature systémique des abus et la responsabilité de l'institution. Du point de vue des victimes, la différence est fondamentale :

  • une rencontre individuelle reconnaît une souffrance personnelle ; le Vatican présente ces rencontres comme des moments d'écoute et de compassion avec des personnes blessées. Recevoir quelques victimes à titre privé permet de maintenir un cadre intime, plus facile à présenter comme une rencontre pastorale.
  • une rencontre avec une association comme la nôtre reconnaît la légitimité d'une démarche collective qui met en cause la nature systémique des abus, obligeant l'Église à répondre sur les responsabilités hiérarchiques, les archives, les préjudices et les indemnisations en tant qu'institution.

MVR – Mémoire Vérité Reconnaissance pour les victimes des lasalliens

Philippe Legallais, représentant d'une association qui a recensé plus de 300 victimes dans une cinquantaine d'établissements du réseau catholique privé La Salle, considère que les évêques ont « sciemment sélectionné des victimes isolées ». « On n'a même pas eu de réponse à notre sollicitation, c'est une gigantesque mascarade, il n'y aura pas d'apaisement, je suis extrêmement déçu mais pas surpris », souffle-t-il.

BFMTV

La CEF propose aux collectifs d'écrire au pape

Dans un communiqué paru vendredi, la CEF indique toutefois inviter les victimes, associations ou collectifs, « à envoyer un écrit avec ce qu'ils auraient voulu dire au pape ». « Tous les messages seront réunis en un recueil qui sera remis au Saint Père, qui devrait aussi saluer, au cours de son voyage, les responsables des différentes instances engagées dans l'accompagnement des personnes victimes de violences sexuelles dans l'Église ».

France Info

Qui participera ?

Le nom des participants n'a pas été communiqué par la CEF. Cependant, deux d'entre eux ont déjà annoncé publiquement qu'ils participeraient à la rencontre avec le pape Léon XIV.

Jean-Marie Delbos

Jean-Marie Delbos a été élève à Notre-Dame de Bétharram de 1956 à 1962. Dans cet établissement, il a été victime du père Henri Lamasse. Il est l'une des premières victimes à avoir dénoncé des violences sexuelles à Bétharram 🡵.

Il a été choisi sans en avoir fait la demande : « Je n'ai rien sollicité du tout », insiste-t-il 🡵. Le lundi 7 septembre, il a déclaré « Je ne serai le porte-parole de personne » 🡵.

« Je vais demander au pape la dissolution des Pères de Bétharram. Il en a le pouvoir », annonce Jean-Marie Delbos, seule victime de l'institution Bétharram qui sera reçue par le pape Léon XIV, le 27 septembre prochain à Lourdes, à ICI Béarn Bigorre dimanche 6 septembre.

Il veut également que le patrimoine de la congrégation des Pères de Bétharram puisse servir à indemniser les victimes. « L'argent qui va être récupéré, parce qu'il y a beaucoup d'argent, il faut qu'il soit mis dans une caisse pour les victimes. Il faut que ces gens-là payent pour tout ce qu'ils ont fait », affirme-t-il.

Jean-Marie Delbos, qui assure n'avoir entrepris aucune démarche particulière pour être reçu par le pape, est surpris d'être la seule victime de l'institution à être reçue. « C'est un honneur extraordinaire pour une victime comme moi. Un pauvre diable reçu par le pape après toutes ces années de galère, au bout de plus de 65 ans de bataille », confie-t-il à ICI Béarn Bigorre.

France Info

Jérôme Guillement

Parmi les autres élus sélectionnés par la Conférence des évêques de France (CEF) se trouve Jérôme Guillement. Après avoir été la proie d'un prêtre vendéen quand il était ado, Guillement se présente aujourd'hui comme un spécialiste de « psychothérapie d'inspiration Jungienne et d'Astrologie humaniste et évolutive » (sic !). En janvier dernier, il a été chargé par le Secrétariat général de l'enseignement catholique de constituer un groupe de victimes, dans le cadre d'une « Mission qualité de la relation éducative ». Au « Canard », Jérôme Guillement affirme son « indépendance » et insiste sur l'importance d'être « à l'intérieur du réacteur pour faire avancer les lignes ».

Le canard enchaîné

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