Rencontre de victimes avec le pape à Lourdes : l'association MVR dénonce une stratégie d’« individualisation »

« Certaines. » « Personnes. » « En privé. ».

  Semaine du 7 au 13 septembre 2026 (article 4/13)  

Léon XIV (20) Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes (5) Frères des écoles chrétiennes (29)

Le 26 mai 2026, l'association Mémoire, Reconnaissance et Vérité (MVR), qui regroupe plus de trois cents victimes d'établissements lasalliens, a écrit au Pape Léon XIV pour demander à être reçue lors de sa visite en France du 25 au 28 septembre 2026, sans jamais recevoir de réponse. Le 7 août 2026, le Vatican a annoncé que le Pape rencontrerait « en privé certaines personnes victimes d'abus au sein de l'Église » lors de ce déplacement. L'association MVR analyse ce choix de formulation comme la reconduction d'une stratégie d'individualisation du traitement des victimes, permettant au Vatican d'éviter une confrontation avec une organisation collective mettant en cause la responsabilité institutionnelle. Le communiqué rappelle une série de demandes adressées à la congrégation des lasalliens, restées sans réponse à ce jour.

Association MVR pour les victimes des lasalliens
Août 2026 — asso-mvr.fr

Le 26 mai 2026, l'association Mémoire, Reconnaissance et Vérité (MVR), regroupant plus de trois cents victimes d'établissements lasalliens, a écrit au Pape Léon XIV pour demander à être reçue lors de sa visite en France du 25 au 28 septembre (voir la lettre en annexe). Résultat ? Rien, même pas un accusé de réception ou un refus poli. Le silence absolu.

Le 7 août 2026, le communiqué du Vatican tombe : lors de sa visite, Léon XIV rencontrera « en privé certaines personnes victimes d'abus au sein de l'Église ».

Relisons bien. Pesez chaque terme.
« Certaines. » « Personnes. » « En privé. »

Trois mots. Trois verrous. Comme ses prédécesseurs, ce pape ne veut voir que des individus isolés, présentés comme victimes individuelles : même si elles peuvent appartenir à un collectif, il s'agit d'une rencontre privée et personnelle qui permet au Vatican de dire « nous écoutons les victimes » tout en évitant d'exposer la nature systémique des abus et la responsabilité de l'institution. Du point de vue des victimes, la différence est fondamentale :

  • une rencontre individuelle reconnaît une souffrance personnelle ; le Vatican présente ces rencontres comme des moments d'écoute et de compassion avec des personnes blessées. Recevoir quelques victimes à titre privé permet de maintenir un cadre intime, plus facile à présenter comme une rencontre pastorale.
  • une rencontre avec une association comme la nôtre reconnaît la légitimité d'une démarche collective qui met en cause la nature systémique des abus, obligeant l'Église à répondre sur les responsabilités hiérarchiques, les archives, les préjudices et les indemnisations en tant qu'institution.

Sans mettre en cause en aucune façon la sincérité des personnes reçues, cet « échange » bien rodé avec quelques individus sélectionnés à l'aide des structures ecclésiales (comme en Espagne en juin dernier, et comme le Pape François en Belgique, en Irlande, au Canada, etc.) est avant tout une écoute soigneusement contrôlée destinée à améliorer l'image de l'Église plutôt qu'un dialogue équilibré avec des organisations comme l'association MVR, le plus grand groupement de victimes de l'enseignement catholique en France.

Les associations ne demandent pas seulement à raconter leur histoire. Elles mettent en cause des évêques, des diocèses, des congrégations, des procédures internes et la responsabilité d'une hiérarchie qui finit à Rome. Leur présence transforme donc une rencontre personnelle en confrontation avec l'institution elle-même. Elles vont poser des revendications et demander des engagements vérifiables. L'association MVR réitère les demandes qu'elle a exprimées à la congrégation des lasalliens, sans réponse aucune à ce jour :

  • Une reconnaissance officielle sans équivoque de la nature systémique de ces crimes, de toutes ces violences : physiques, psychologiques et sexuelles,
  • L'engagement de la responsabilité civile de la Congrégation, sans distinction de statut de l'auteur ; Frère, laïc sous contrat ou prêtre officiant dans ses structures, pour toutes les victimes.
  • Un appel à témoignages pour sortir les victimes de leur isolement, libérer la parole et aider à identifier les agresseurs.
  • L'accès inconditionnel aux archives des lasalliens pour les victimes historiques pour mettre fin à l'omerta institutionnelle.
  • L'annulation de plein droit des clauses de silence imposées lors des protocoles antérieurs indignes, contraires à l'ordre public de protection des victimes, et la réouverture des dossiers des victimes pour réévaluation selon les critères de la réparation intégrale.
  • La mise en place dans chaque établissement lasallien d'un référent indépendant (extérieur à la hiérarchie de la Congrégation) pour recueillir les signalements des lanceurs d'alerte et des victimes, et doté des pleins pouvoirs pour enclencher immédiatement un processus de soutien et de protection.

Le refus de nous recevoir en tant qu'association MVR pour les victimes des lasalliens est l'aboutissement logique d'une stratégie patiemment construite par l'Église depuis des années : l'individualisation. À chacun son dossier, son instance, son secret. INIRR, CRR, cellules d'écoute… tout est conçu pour traiter des situations personnelles, une par une, hors de tout dispositif contradictoire et sans jamais mettre en cause l'institution dans sa totalité.

À Lourdes comme ailleurs, cela sera une mise en scène sobre, un communiqué de presse de quelques lignes et l'assurance que le Saint-Père a été « profondément touché ».

MVR – Mémoire Vérité Reconnaissance pour les victimes des lasalliens

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