Plainte pour viols contre le père Jean-Bernard Plessy : le diocèse s'accroche au mot « relation »

Dans le même temps, le prêtre « conteste fermement » les accusations portées contre lui.

  Semaine du 7 au 13 septembre 2026 (article 1/13)  

Père Jean-Bernard Plessy (2) Institution des Chartreux (2) Société des prêtres de Saint-Irénée (2) Mgr Olivier de Germay (8) Diocèse de Lyon (20)

Le père Jean-Bernard Plessy fait désormais l'objet d'une plainte pour viols et agressions sexuelles aggravés. Ce samedi 12 septembre, il a déclaré « contester fermement » les accusations via son avocate à l'Agence France-presse 🡵.

De plus, le communiqué de l'avocate de la plaignante fait été d’« une possible tentative d'entrave à la justice, suite à des pressions exercées sur la plaignante pour falsifier son récit et lui imposer le silence ».

Durant ces derniers jours, deux communiqués de presse ont été publiés (reproduits en intégralité en fin d'article) :

  • un communiqué de presse de Nadia Debbache, avocate de la plaignante
  • un communiqué de presse du diocèse de Lyon

A propos de l'euphémisme « relation »

Les deux communiqués se répondent au sujet de l'emploi du terme « relation » par le diocèse de Lyon, le 2 septembre, pour qualifier les faits reprochés au père Plessy. Alertée en juin, l'autorité diocésaine a estimé la situation assez grave pour « protéger » la jeune femme et pour prendre des mesures « en moins de dix jours », en démettant le directeur de l'Institution des Chartreux (selon les mots de Mgr Olivier de Germay 🡵). Le diocèse a donc eu conscience de se trouver face à une situation extrêmement grave nécessitant des mesures radicales. Mais dans sa communication, il a préféré utiliser le mot de « relation », pour en rester aux mots exacts prononcés par la plaignante et laisser à la justice le soin de qualifier les faits. Une bien curieuse justification.

Réaction de l'avocate de la plaignante

Pour la plaignante, les choix sémantiques de l'archevêché dans son communiqué du 2 septembre ont été un véritable choc psychologique. Réduire des violences sexuelles au terme de « relation » minimise la gravité des faits subis.

Me Debbache a formulé deux demandes de rectification : la première dès l'émission du texte, la seconde cette semaine. Ces démarches restent ignorées.

En parlant de « relation », le Diocèse de Lyon tranche implicitement une question de fond en défaveur de la version de la victime avant toute décision de justice

— Me Nadia Debbache

Par ailleurs, aucune ligne de ce communiqué n'adresse de soutien à la victime ou à l'enseignante qui a pris la responsabilité de donner l'alerte. Ce manque d'empathie institutionnel n'est pas une simple maladresse de plume, mais un message clair envoyé aux victimes et à ceux qui les soutiennent. Cette stratégie de communication a durement affecté la santé de la plaignante, un impact attesté par des constatations médicales.

Aujourd'hui, l'argument de l'erreur involontaire ou de l'impossibilité de qualifier juridiquement une situation ne tient plus. Un responsable religieux de premier plan ne peut pas masquer des accusations de violences sexuelles derrière le mot « relation ».

Ce n'est pas un mot mal choisi. C'est l'aveu qu'après tout ce que cette institution a traversé, on n'a toujours pas compris de quoi on parle.

— Me Nadia Debbache

Réaction du diocèse de Lyon

Dans son communiqué du 2 septembre, le Diocèse de Lyon expose ce dont il a été informé début juin. Ce communiqué précise qu'il s'agit d'une relation entre le directeur des Chartreux, prêtre, et une étudiante placée sous son autorité. Il reprend le mot « relation » parce que c'est le terme utilisé par la jeune femme elle-même. Il ajoute, qu'après avoir ouvert une enquête préliminaire, l'archevêque a retiré sa mission au Père Plessy. Il est donc évident pour le Diocèse de Lyon que cette jeune femme est victime de ce prêtre. C'est d'ailleurs ce que la cellule d'écoute, ayant toujours cru à sa parole, n'a cessé de lui dire dès le début des échanges avec elle. Le Diocèse a agi pour la protéger ; il lui redit toute sa compassion dans cette épreuve.

Il appartiendra à la justice, que le Diocèse a saisie dès le 6 juillet en la personne du procureur, de dire si les faits sont constitutifs d'infraction de viols et d'agressions sexuelles aggravés. Les autorités diocésaines n'ont ni la compétence ni l'autorité pour définir ces faits à la place des juridictions.

Les demandes la plaignante

  1. Corriger publiquement le communiqué du Diocèse en retirant définitivement le mot « relation ».
  2. Lancer un audit indépendant sur les pratiques de la cellule d'écoute.
  3. Confier l'écoute à des professionnels tiers, totalement indépendants de l'institution religieuse.
  4. Rendre publiques les conditions dans lesquelles le mis en cause a été éloigné pendant l'enquête, ainsi que l'information donnée à la communauté qui l'accueille.

— Communiqué de presse de Nadia Debbache, avocate de la plaignante

Communiqués de presse

Communiqué de presse de Nadia Debbache, avocate de la plaignante

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

NADIA DEBBACHE — AVOCAT AU BARREAU DE LYON, TOQUE 221

Lyon, le 10 septembre 2026 — Pour diffusion immédiate

Plainte pour viols et agressions sexuelles aggravés contre l'abbé Jean-Bernard PLESSY, ancien directeur des Chartreux : la victime exige la rectification de la communication du Diocèse et un audit de sa cellule d'écoute

Une jeune femme, tout juste majeure au début des faits, a déposé plainte pour des faits pouvant être qualifiés de viols et agressions sexuelles aggravés.

Ce prêtre a dirigé l'institution des Chartreux à Lyon pendant vingt-sept ans, établissement où la plaignante effectuait sa scolarité. Les violences dénoncées ont persisté durant plusieurs mois, jusqu'en juillet 2026.

Des pressions exercées sur la victime poussent également son conseil à étudier une qualification pour tentative d'entrave à la justice.

Face au communiqué officiel du Diocèse de Lyon qui qualifie ces faits de simple « relation », la victime par l'intermédiaire de son conseil est intervenue à deux reprises pour exiger une rectification de ce terme. Le Diocèse n'a envoyé aucune réponse.

1. Les fondements de la plainte

La victime a demandé que l'enquête judiciaire porte explicitement sur :

  • Des viols aggravés ainsi que des agressions sexuelles aggravées en raison des fonctions d'autorité exercées par le père PLESSY et des éléments de vulnérabilité tenant à la victime.
  • Une possible tentative d'entrave à la justice, suite à des pressions exercées sur la plaignante pour falsifier son récit et lui imposer le silence.

Ces agissements ont débuté au moment de la majorité de la victime et se sont répétés sur plusieurs mois, s'achevant en juillet 2026.

Rappel légal : Le mis en cause reste présumé innocent. La justice est désormais saisie et devra faire toute la lumière sur ce dossier.

2. La réaction du Diocèse de Lyon : un second traumatisme

Pour la plaignante, les choix sémantiques de l'archevêché dans son communiqué du 2 septembre ont été un véritable choc psychologique. Réduire des violences sexuelles au terme de « relation » minimise la gravité des faits subis.

Me Debbache a formulé deux demandes de rectification : la première dès l'émission du texte, la seconde cette semaine. Ces démarches restent ignorées.

En parlant de « relation », le Diocèse de Lyon tranche implicitement une question de fond en défaveur de la version de la victime avant toute décision de justice

— Me Nadia Debbache

Par ailleurs, aucune ligne de ce communiqué n'adresse de soutien à la victime ou à l'enseignante qui a pris la responsabilité de donner l'alerte. Ce manque d'empathie institutionnel n'est pas une simple maladresse de plume, mais un message clair envoyé aux victimes et à ceux qui les soutiennent. Cette stratégie de communication a durement affecté la santé de la plaignante, un impact attesté par des constatations médicales.

3. Un choix de mots inadmissible en 2026

Aujourd'hui, l'argument de l'erreur involontaire ou de l'impossibilité de qualifier juridiquement une situation ne tient plus. Un responsable religieux de premier plan ne peut pas masquer des accusations de violences sexuelles derrière le mot « relation ».

Ce n'est pas un mot mal choisi. C'est l'aveu qu'après tout ce que cette institution a traversé, on n'a toujours pas compris de quoi on parle.

— Me Nadia Debbache

Le débat public et les travaux législatifs actuels poussent vers une reconnaissance plus stricte du consentement et de la nature pénale de ces infractions. Au vu des crises passées qu'il a traversées, le Diocèse de Lyon devait adopter une position exemplaire. Le silence actuel contredit cette exigence.

4. À quinze jours de la venue du pape, un décalage difficile à soutenir0

Du 25 au 28 septembre 2026, le pape Léon XIV se rendra en France. Le Saint-Siège a annoncé qu'il y rencontrerait en privé des personnes victimes de violences sexuelles commises au sein de l'Église, ces victimes étant elles-mêmes associées à la préparation de cette rencontre.

Autrement dit : au moment même où l'Église universelle organise, au plus haut niveau, l'écoute des personnes victimes, le Diocèse de Lyon laisse sans réponse deux demandes de rectification et maintient publiquement le mot « relation » pour désigner des faits qui font aujourd'hui l'objet d'une plainte pour des faits pouvant recouvrir la qualification de viols aggravés.

Le pape s'apprête à écouter des victimes. À Lyon, l'archevêque n'a pas encore réussi à les nommer comme telles.

— Me Nadia Debbache

Ce décalage n'est pas une affaire de calendrier. Il mesure très exactement la distance qui sépare les intentions affichées par l'institution des pratiques qu'elle tolère à l'échelon local.

5. Une mesure d'éloignement qui pose question : l'accueil du mis en cause dans une communauté de religieuses

Il a été porté à la connaissance du conseil que, pour la durée de l'enquête, l'abbé Plessy aurait été accueilli au sein d'une communauté de religieuses.

Si cette information est exacte, elle appelle des explications de la part du Diocèse de Lyon. Une mesure de précaution a pour objet de protéger les tiers pendant l'enquête, et non d'offrir un abri à celui qu'elle vise. On ne conçoit pas qu'un homme mis en cause pour des violences sexuelles soit éloigné en étant placé au milieu de femmes — dont on ignore, à ce stade, si elles ont été informées de la nature exacte des faits reprochés et mises en mesure d'y consentir.

Le conseil de la plaignante demande au Diocèse de Lyon de préciser publiquement :

  • l'autorité qui a décidé de cette affectation et la date de cette décision ;
  • si la communauté d'accueil a été informée de la nature des faits ayant conduit à l'ouverture de l'enquête ;
  • quelle évaluation du risque a précédé cette décision, et selon quelle procédure.

Ce choix dit quelque chose de la manière dont on se représente encore le danger : on protège l'institution de l'exposition, pas les personnes de l'exposition.

— Me Nadia Debbache

6. Aux Chartreux, un passif qui interroge la société diocésaine de tutelle

M. l'abbé Plessy n'est pas le premier responsable de l'Institution des Chartreux à avoir été visé par des accusations de cette nature. Son prédécesseur immédiat à la direction générale de l'établissement, le père Georges Babolat, qui en a été le supérieur de 1978 à 2001, a été accusé après son départ, par plusieurs anciennes élèves, de faits d'agressions sexuelles commis durant l'exercice de ses fonctions ; il est décédé en 2006 sans qu'aucune décision de justice n'ait été rendue.

Deux prêtres de la Société des prêtres de Saint-Irénée, à laquelle est rattachée l'Institution des Chartreux et qui dépend elle-même du Diocèse de Lyon, ont par ailleurs fait l'objet de procédures pour des faits de nature sexuelle : les abbés Billioud et Pépino.

Le conseil de la plaignante s'interroge : comment expliquer que deux directeurs successifs des Chartreux et deux prêtres de la société assurant la tutelle de cet établissement aient pu faire l'objet de telles accusations ou procédures, quelle qu'en ait été l'issue judiciaire, sans que le Diocèse de Lyon n'en ait tiré de conséquences institutionnelles visibles ni mis en place de dispositif de vigilance renforcée ? Cette question appelle une réponse publique.

On notera, au crédit de l'établissement, que le nouveau directeur général laïc des Chartreux, Arthur Gouhier, a réagi promptement : dans sa réponse du 4 septembre 2026 à Me Debbache, il annonce l'ouverture d'une enquête interne et la mise en place d'un dispositif d'écoute confié à un cabinet extérieur (Pros Consulte) — une réactivité que le Diocèse, à ce jour, n'a pas montrée.

7. La cellule d'écoute diocésaine face à ses limites : demande d'audit

La gestion de ce signalement met en lumière les défaillances structurelles de la cellule d'écoute lyonnaise. Pour y remédier, la plaignante formule deux exigences claires :

  • L'ouverture immédiate d'un audit indépendant pour évaluer cette structure.
  • Le transfert complet de l'accueil des victimes à des organismes extérieurs et neutres.

Le manque d'objectivité est inévitable lorsque les membres d'une cellule interne côtoient les personnes mises en cause (supérieurs hiérarchiques, collègues, figures d'autorité). Le Diocèse ne peut cumuler les rôles de lieu de recueil de la parole, d'employeur du suspect et de juge. La question de l'aptitude réelle des bénévoles à traiter des traumatismes lourds reste entière.

8. Les demandes de la plaignante
  1. Corriger publiquement le communiqué du Diocèse en retirant définitivement le mot « relation ».
  2. Lancer un audit indépendant sur les pratiques de la cellule d'écoute.
  3. Confier l'écoute à des professionnels tiers, totalement indépendants de l'institution religieuse.
  4. Rendre publiques les conditions dans lesquelles le mis en cause a été éloigné pendant l'enquête, ainsi que l'information donnée à la communauté qui l'accueille.

— Communiqué de presse de Nadia Debbache, avocate de la plaignante

Communiqué de presse du diocèse de Lyon

Communiqué relatif à la plainte déposée contre le père Plessy

11 sep. 2026

Le Diocèse réagit à la plainte pour viols et agressions sexuelles aggravés déposée contre le Père Plessy. Cela est avant tout dramatique pour la jeune femme qui est profondément blessée par le traumatisme qu'elle a subi. Le Diocèse lui exprime tout son soutien.

Dans son communiqué du 2 septembre, le Diocèse de Lyon expose ce dont il a été informé début juin. Ce communiqué précise qu'il s'agit d'une relation entre le directeur des Chartreux, prêtre, et une étudiante placée sous son autorité. Il reprend le mot « relation » parce que c'est le terme utilisé par la jeune femme elle-même. Il ajoute, qu'après avoir ouvert une enquête préliminaire, l'archevêque a retiré sa mission au Père Plessy. Il est donc évident pour le Diocèse de Lyon que cette jeune femme est victime de ce prêtre. C'est d'ailleurs ce que la cellule d'écoute, ayant toujours cru à sa parole, n'a cessé de lui dire dès le début des échanges avec elle. Le Diocèse a agi pour la protéger ; il lui redit toute sa compassion dans cette épreuve.

Il appartiendra à la justice, que le Diocèse a saisie dès le 6 juillet en la personne du procureur, de dire si les faits sont constitutifs d'infraction de viols et d'agressions sexuelles aggravés. Les autorités diocésaines n'ont ni la compétence ni l'autorité pour définir ces faits à la place des juridictions.

Toute personne qui aurait des informations supplémentaires en lien avec cette affaire est invitée à contacter le procureur de la République.

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