Ex-religieuses à la rue : la réponse scandaleuse du président de la Corref
Le droit canonique fait pourtant peser sur les communautés une obligation d'équité envers celles qui les quittent.
- https://droitcanonique.fr/codes/cic-1983-1/c-702-cic-1983-702
- https://www.viereligieuse.fr/un-vademecum-pour-les-droits-des-religieux-et-religieuses/
- https://www.rtl.fr/culture/culture-generale/orthographe-faut-il-ecrire-l-eglise-ou-l-eglise-7900437464
- https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/je-me-suis-quasiment-retrouvee-a-la-rue-le-difficile-retour-des-ex-religieuses-a-la-vie-civile-7900669383
RTL consacre un article à la réinsertion des religieuse quand elles quittent leur communauté. L'article rappelle que « certaines finissent même à la rue, faute de ressources ».
Dans ce contexte décrit par l'article, la réaction du père Jean-Pascal Lombart, président de la Corref est tout bonnement inadmissible. Après avoir parlé de la formation, il ajoute : « les personnes doivent être informées du cadre que leur offre la vie religieuse pour qu'elles s'engagent en connaissance de cause ». Dit autrement, à partir du moment où les religieuses sont informées qu'elles peuvent se retrouver à la rue en quittant une communauté, libre à elles de s'engager ou non.
Bien entendu, le droit de l'Église n'en reste pas là. Le canon 702 §2 fait obligation à l'institut de garder « l'équité et la charité évangélique à l'égard du membre qui en est séparé ». Le Vademecum des droits des religieux et religieuses, voté en assemblée générale de la Corref le 24 novembre 2023, le rappelle en son article 31. Pour être complet : le §1 du même canon prive l'ancienne religieuse de toute créance au titre du travail accompli, et le §2 n'ouvre aucun recours. Mais l'obligation du §2 existe bel et bien, et elle pèse sur les instituts.
Renvoyer religieux et religieuses à leur consentement éclairé, c'est donc déplacer sur eux la charge de ce qui incombe à leur communauté.
Je me suis quasiment retrouvée à la rue. Heureusement, j'avais mes parents", raconte-t-elle. À cause du vœu de pauvreté, les sœurs de Bethléem n'ont pas de compte en banque. Résultat : les femmes souhaitant quitter l'établissement ont beaucoup de difficultés à trouver un logement, obtenir les aides auxquelles elles ont droit, se faire une situation stable. Certaines finissent même à la rue, faute de ressources.
Dans d'autres témoignages, certaines racontent le manque de papiers d'identité, de cartes vitales. Une situation qui a pu dissuader plusieurs de ses connaissances de quitter le couvent, raconte Véronique.
Afin de leur venir en aide, Mélanie De Brabant s'est donnée pour mission de les accompagner dans leur réinsertion en travaillant pour l'association Fraternité Victime.
« Il y en a plusieurs dizaines chaque année », explique-t-elle. Avant de détailler : « Ce sont des femmes qui ont l'habitude qu'on ne s'intéresse pas à elles, qui ont fait en plus un vœu de pauvreté. Une religieuse qu'on accompagnait qui est sortie sans papier d'identité à jour, qui ne pouvait pas créer de compte en banque, demander le RSA, etc. Il faut effectivement libérer la parole sur cette forme d'abus qui existe aussi dans l'Église catholique. »
Au sein de l’Église, le problème est connu. La Conférence des religieux de France a d'ailleurs créé des formations pour prévenir ces risques. Mais l'institution n'a pas vraiment de pouvoir, comme l'explique le père Jean-Pascal Lombard, président de cette conférence.
« Les personnes doivent être informées du cadre que leur offre la vie religieuse pour qu'elles s'engagent en connaissance de cause », prévient le religieux.
— RTL
Informations complémentaires
Religieuses abusées
- https://www.aciafrique.org/news/22311/une-commission-du-vatican-veut-combler-une-faille-juridique-affectant-les-religieuses-victimes-dabus
- https://www.vaticannews.va/fr/eglise/news/2026-07/missio-protection-religieuses-abus-mineurs-vulnerable-eglise.html
- https://www.arte.tv/fr/videos/078749-000-A/religieuses-abusees-l-autre-scandale-de-l-eglise/
Les femmes consacrées et les religieuses victimes d'abus sont confrontées à une importante faille juridique : le droit canonique et les commissions spécialisées se concentrent principalement sur les mineurs et les adultes vulnérables, laissant ces femmes en dehors du champ de protection. En pratique, cela signifie que lorsqu'une victime est une adulte ayant reçu une formation religieuse, on présume qu'elle est capable de se défendre ou qu'elle a consenti 🡵. Le motu proprio « Vos estis lux mundi » utilise lui-aussi cette grille de lecture restrictive 🡵. Toutefois, cette situation a commencé a évoluer ces dernières années.
En France
C'est le documentaire d'Arte Religieuses abusées, l'autre scandale de l'Église qui a provoqué une prise de conscience en 2018.
A l'échelle internationale
- 2020 Publication d'un important dossier dans Donne, Chiesa, Mondo (« Femmes, Église, Monde »), le supplément mensuel féminin de L'Osservatore Romano 🡵
- 2022 Publication d'une étude coordonnée par Sœur María Rosaura González Casas, alors coordinatrice de la Commission pour la protection des mineurs et des personnes vulnérables de la Confédération latino-américaine et caribéenne des religieux. Basée sur une enquête menée auprès de 1 417 religieuses, l'étude révèle que 19,8 % d'entre elles ont déclaré avoir subi des abus sexuels, tandis que plus de la moitié ont indiqué avoir été victimes d'abus de pouvoir de la part de supérieures, de prêtres, de formateurs ou d'évêques. En outre, 14,3 % des répondantes ont affirmé avoir été harcelées par un prêtre, 9,7 % par des laïcs et 8 % par d'autres religieuses 🡵
- 2026
- Conférence internationale sur la sauvegarde, à l'Université pontificale grégorienne de Rome 🡵
- La Commission pontificale pour la protection des mineurs organise sa deuxième Rencontre annuelle sur la prévention des abus envers des religieuses 🡵
Conférence des religieux et religieuses de France (Corref)
- https://www.viereligieuse.fr/
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_des_religieux_et_religieuses_de_France
- https://eglise.catholique.fr/wp-content/uploads/sites/2/2016/01/Pr%C3%A9sentation-de-la-Corref.pdf
- https://eglise.catholique.fr/actualites/364191-frere-nicolas-capelle-je-sens-une-belle-vitalite-pour-la-vie-religieuse/
- https://eglise.catholique.fr/espace-presse/communiques-de-presse/367093-la-corref-accueille-son-nouveau-president/
- https://missionetmigrations.catholique.fr/echanger/religieuses-et-religieux/288797-corref-conference-des-religieux-et-des-religieuses-de-france/
- https://www.rcf.fr/articles/actualite/veronique-margron-reelue-a-la-presidence-de-la-corref
- https://www.riposte-catholique.fr/archives/163436
- https://www.vaticannews.va/fr/eglise/news/2025-11/conference-religieux-religieuses-france-assemblee-presidence.html
- https://www.viereligieuse.fr/une-nouvelle-presidence-pour-la-corref/
La Corref (Conférence des religieux et religieuses de France) est née en 2008 de la fusion de deux conférences 🡵 :
- la CSM (Conférence des supérieures majeures – congrégations féminines).
- la CSMF (Conférence des supérieurs majeurs de France – instituts masculins).
Présidents de la Corref
| Dates | Présidents | Vice présidents |
|---|---|---|
| 2008-2010 | Frère Nicolas Capelle 🡵 | ? |
| 2010-2013 | Dom Jean-Pierre Longeat (premier mandat) 🡵 | Sœur Chantal Parmentier Sœur Florence de la Villéon 🡵 |
| 2013-2016 | Dom Jean-Pierre Longeat (second mandat) 🡵 | Sœur Joëlle Ferry Sœur Marie-Thérèse Chaillou 🡵 |
| 2016-2021 | Sœur Véronique Margron (premier mandat) 🡵 | Père Marc Botzung Père Daniel Federspiel 🡵 |
| 2021-2025 | Sœur Véronique Margron (second mandat) 🡵 | Sœur Anne Chapell Frère Michel Laloux 🡵 puis dans un second temps Père Jean-Pascal Lombart 🡵 |
| Depuis 2025 | Père Jean-Pascal Lombart 🡵 | Sœur Marie-Laure Dénès Sœur Ann Almodovar 🡵 |
La Corref fonctionne avec une présidence à trois : un président (ou présidente) et deux vice-présidents, selon un principe de complémentarité (un président homme est généralement entouré de deux religieuses, une présidente femme de deux religieux).
Voir aussi :