Iniave : un nouveau nom et un fonctionnement transformé durant l'été pour le dispositif Renaître

Les cellules d'accueil et d'écoute diocésaines ne font plus partie de ce dispositif.

  Semaine du 31 août au 6 septembre 2026 (article 1/9)  

Iniave (14) Fonds SELAM (1) CEF (48) Inirr (12)

L'Iniave a été votée en mars 2026 lors de l'assemblée plénière des évêques à Lourdes 🡵, initialement sous le nom de dispositif « Renaître », pour succéder à l'Inirr au 1er septembre 2026. Plus exactement, depuis le 1er septembre 2026, l'Inirr continue de traiter pendant 18 mois les dossiers déjà ouverts tandis que l'Iniave accueille les nouvelles demandes.

Un fonctionnement revu durant l'été 2026

Le fonctionnement initial prévoyait de s'appuyer sur les cellules d'accueil et d'écoute diocésaines :

Le dispositif « Renaître » s'articulera autour d'un réseau de proximité constitué d'une part des cellules d'accueil et d'écoute diocésaines sous la responsabilité des évêques, et d'autre part, d'accompagnants coordonnés par une instance nationale indépendante. Comme c'est le cas aujourd'hui, les personnes victimes pourront s'adresser aux cellules d'accueil et d'écoute diocésaines qui seront chargées de l'accueil (étape 1) et de l'écoute (étape 2) ou bien contacter directement l'instance nationale indépendante, dans le cas où les personnes souhaiteraient n'avoir aucun contact avec l'Église.

CEF

De nombreuses personnes ont fait remarquer que la partie constituée des cellules d'accueil et d'écoute diocésaines n'était, par définition, pas indépendante : elle est « sous la responsabilité des évêques » 🡵.

Au premier septembre 2026, sans indiquer que le fonctionnement a transformé, c'est une version bien différente qui est présentée :

Les démarches restauratives, y compris pour la contribution financière, sont portées par les accompagnants coordonnés par l'instance nationale indépendante : elles ne dépendent pas des cellules diocésaines ou des évêques.

Les personnes victimes ne passeront pas les cellules d'accueil et d'écoute pour saisir l'Iniave : elles la saisiront directement. Les cellules d'accueil et d'écoute, placées sous la responsabilité des évêques, continueront, elles, d'accueillir et d'écouter les personnes qui souhaitent révéler aux évêques les faits de violences sexuelles subies.

CEF

Selon le souhait de la victime, l'accompagnant pourra être localisé dans diocèse de la victime pour davantage de proximité, ou au contraire dans un autre diocèse pour « dépayser » l'accompagnement 🡵.

Financement

Le fonds Selam est conservé et continue d'être piloté par la même équipe. La nouveauté réside dans le fait que ce fonds est financé non plus de façon volontaire de la part des diocèses, mais par cotisation annuelle obligatoire, incluant les moyens de fonctionnement du Tribunal pénal canonique national 🡵.

Remarque : il est probable que le fonds Selam puisse à présent être alimenté à l'aide du denier de l'Église, alors que cette source de financement avait été totalement et très explicitement exclue quand il servait exclusivement à financer l'Inirr 🡵.

Présidence

  • Depuis sa création en 2026 : Sophie Darbois 🡵

Critiques

Le professionnalisme

Il semble difficile de constituer un nouveau réseau national d'accompagnants présent dans tous les diocèses alors que certaines cellules d'écoute diocésaines ont déjà été mises en cause pour leur manque de professionnalisme.

De plus, l'accompagnement nécessaire aux victimes nécessite des professionnels de santé formés à la prise en charge du psychotrauma. Disposer de bénévoles (ou même de salariés), même de très bonne volonté, n'est donc pas suffisant. Et on ne forme pas des personnes à la prise en charge des psychotrauma dans l'urgence. Il faut recruter des professionnels de santé pour ne pas que l'accompagnement puisse faire plus de mal que de bien. Il faut bien garder à l'esprit que les traumatismes vécus par les victimes sont extrêmement intenses et profonds.

« Dans les cellules d'écoute, les personnes sont bénévoles. Elles donnent de leur temps et sont bien intentionnées, mais sans formation au psychotrauma et en droit, cela risque de faire plus de mal que de bien. » Or, selon ces témoins, l'Inirr était justement arrivée à un stade de professionnalisme très satisfaisant.

La Vie

La réparation financière

La réparation financière (dite « contribution financière ») est dissociée des démarches restauratives et devient une demande à part, ce qui ancre davantage son caractère optionnel : « la demande doit être faite explicitement par la personne victime au terme de son parcours » 🡵.

Les évêques ont choisi de ne pas reconduire le barème d'indemnisation de l'Inirr : « le montant est évalué selon une grille nationale établie par l'instance indépendante, en association avec les évêques » 🡵.

Pour Michel, « ce qui m'a alerté est qu'il est question d’« aide financière ». Or, c'est un débat que nous avions eu au tout début des discussions pour l'Inirr, il y a cinq ou six ans. Il ne s'agit pas d'une aide, mais d'une réparation. Pour moi, les évêques ne sont pas débarrassés de la culture du bon samaritain. Ils pensent être le bon samaritain alors qu'ils sont le larron, le lévite et le prêtre. Dans cette posture, cela ne peut pas marcher. Car ce qu'ils vont nous donner, au lieu que ce soit un dû, une dette à honorer, se transforme en charité de la part de l'institution. Et la victime, par ricochet, devient redevable. » Il oscille entre désespoir et rire fatigué : « Majoritairement, je ne pense pas que ce soit de la mauvaise foi ou de la volonté de nuire. Ils ne comprennent pas. Ils sont dans leur bulle. »

La Vie

Quand le dispositif sera t-il pleinement opérationnel ?

Le jour du lancement de l'Iniave, un article de La Croix indique : « l'une des missions de l'Iniave sera « de constituer et de coordonner le réseau d'accompagnants bénévoles ou salariés et d'en élaborer la charte éthique, le programme de formation et le référentiel d'accompagnement, y compris le barème de la contribution financière », précise Mgr Gérard Le Stang, évêque d'Amiens et président du Conseil national pour la protection des mineurs de la CEF ».

Il semble donc qu'au jour du lancement de l'Iniave, tout reste à faire… à commencer par le réseau d'accompagnants bénévoles ou salariés (l'objectif est de disposer d'un accompagnant dans chaque diocèse 🡵). Le travail qui reste à accomplir avant que le dispositif soit pleinement opérationnel est donc immense.

Le nom, initialement Dispositif « Renaître »

« Renaître » laisse entendre un changement radical, comme un nouveau départ à partir d'une page blanche. Mais pour les victimes, l'objectif de la démarche de réparation est de parvenir à vivre un peu mieux avec le traumatisme subi, qui n'est jamais effacé. On est donc loin d'une renaissance.

Le titre même du dispositif fait réagir. Joanna a l'impression que « quelque chose s'est renversé. On passe d'une instance où l'Église « reconnaît » ses torts et essaie de « réparer » à une injonction envers les victimes, appelées à « renaître ». C'est la tactique des agresseurs, qui retournent la honte et renvoient la responsabilité à leurs victimes ». Selon elle, avec le nouveau dispositif, « l'Église n'assume plus sa responsabilité ».

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