Père Jean-Jacques Villaine : en 2022, un exemple de l'opacité dans l'Église

Malheureusement, la question de la publication des sanctions canoniques ne semble pas avoir avancé depuis.

  Semaine du 24 au 30 août 2026 (article 9/10)  

Père Jean-Jacques Villaine (1) Mgr Luc Crepy (4) Diocèse de Versailles (11)

En 2021, quand Mgr Luc Crepy devient évêque de Versailles, il est depuis 2016 président de la cellule permanente de prévention et de lutte contre la pédophilie de la CEF 🡵. Il a dans son nouveau diocèse le père Jean-Jacques Villaine. Celui-ci a déjà été sanctionné canoniquement à la suite du témoignage de Patricia, agressée à plusieurs reprises lorsqu'elle était enfant. Le prêtre lui aurait d'ailleurs dit à ce propos : « À cause de vous, je ne suis plus bon qu'à dire la messe aux vieux à l'EHPAD et aux handicapés » 🡵.

Peu de temps après son arrivée dans le diocèse de Versailles, Mgr Crepy reçoit avec Anne Sudan (membre du conseil épiscopal et responsable de la cellule d'écoute du diocèse) une autre femme nommée Cécile qui vient à son tour accuser père Jean-Jacques Villaine. Ils ne mentionnent pas l'existence de Patricia. Ils ne mentionnent pas de condamnation canonique antérieure, laissant Cécile croire qu'elle est la première à se plaindre du prêtre 🡵.

En décembre de la même année, Cécile reçoit une lettre de Luc Crépy lʼassurant des sanctions canoniques prises à lʼencontre de son agresseur : « Lʼabbé Villaine nʼexerce plus son ministère sacerdotal, hormis la célébration ou la concélébration à la maison de retraite où il réside. Il ne peut plus entendre de confessions, ni célébrer aucun sacrement. » Sʼensuit un échange de courriers entre lʼévêque de Versailles et la victime de Jean-Jacques Villaine, courriers auxquels La Vie a pu avoir accès, dans lesquels Luc Crépy insiste sur la volonté de faire justice dans lʼÉglise catholique et de sanctionner les coupables. « Là où la justice civile a classé lʼaffaire sans lui donner de suites, lʼÉglise a cherché à répondre à la gravité des faits, insiste-t-il dans une lettre. Les mesures disciplinaires qui ont été prises sont des sanctions très fortes, puisque lʼabbé Villaine est privé de tout exercice de son ministère. »

La Vie

Tout en insistant sur la sévérité de l'Église, Mgr Crepy ne mentionne toujours pas l'existence d'une autre victime, d'une condamnation antérieure, et ne lance pas d'appel à témoignages. Au contraire, le secret sera bien gardé jusqu'en 2022. A la mort du prêtre, le diocèse transmet ce message au seul presbyterium : « Les obsèques du père Jean-Jacques Villaine seront célébrées mardi prochain dans la stricte intimité, du fait de sanctions canoniques qui imposent cette disposition. Tous ceux qui le souhaitent pourront s'unir dans la prière et le confier à la miséricorde du Seigneur lors d'une messe paroissiale célébrée à son intention » 🡵.

Il faudra l'action de l'association Comme une mère aimante et la médiatisation pour que les accusations et les sanctions dont a fait l'objet le père Jean-Jacques Villaine soient publiques.

La question de davantage de transparence déjà posée en 2022

Interrogé par La Croix, le diocèse de Versailles estime que, dans sa gestion du dossier Villaine, « tout a été fait selon ce qui est exigé par Rome ». « L'évêque est venu signifier les sanctions au père Villaine, alors âgé de 86 ans, dans sa maison de retraite. Malgré son grand âge, il n'y a eu aucune impunité, estime l'évêché. La personne victime, majeure au moment des faits, a été informée immédiatement, comme l'exige le droit canon. »

Certes, reconnaît-on dans l'entourage de Mgr Crepy, « la question de la nécessité de la publication des sanctions se pose : c'est ce sur quoi travailleront les évêques la semaine prochaine, pour parvenir à mieux faire cohabiter le droit et l'appel à plus de transparence ».

La Croix, 26/10/2022

Comme le montre cet extrait, informer uniquement les victimes d'une sanction canonique prise contre leur agresseur posait déjà problème en 2022. Si rien n'empêche une victime de rendre publique des sanctions, est-ce son rôle ? De plus, il est évident que le réseau de diffusion d'information auquel a accès une victime isolée est infiniment plus réduit que la capacité de transmission d'information d'un diocèse.

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