Où en sommes-nous de la prévention des abus sexuels et de pouvoir dans l'Église ?

Agnès Desmazières et Mgr Matthieu Rougé : deux réactions très différentes.

  Semaine du 10 au 16 août 2026 (article 2/2)  

Léon XIV (15) Agnès Desmazières (2) Mgr Matthieu Rougé (2)

Dans le contexte de la venue du pape, plusieurs articles sont revenus sur l'action de l'Église dans le cadre de la prévention des abus sexuels et de pouvoir. Pour illustrer ce débat, voici deux positions qui mettent l'accent sur des aspects diamétralement opposés :

  • Agnès Desmazières insiste sur la nécessité de réformer l'Église en profondeur : « Tant que des personnes qui ont couvert des abus sexuels mais aussi financiers ou de pouvoir, restent en place à des fonctions de responsabilité, continuent de gravir les échelons au sein de l'Église catholique et restent protégés par l'institution, il n'y aura pas de changement fondamental. C'est tout un ensemble qui doit être réformé. »
  • Mgr Matthieu Rougé pointe le travail effectué par l'Église, et juge la société française en retard par rapport à celui-ci : « Il me semble que depuis quelques années, nous y travaillons de manière vraiment très intense et que de cette manière, la société française est un peu encore en retard par rapport à ce travail de bientraitance. »

Agnès Desmazières : « Tant que des personnes qui ont couvert des abus sexuels mais aussi financiers ou de pouvoir, restent en place […] il n'y aura pas de changement fondamental »

[La Dépêche] L'une des étapes les plus attendues est l'échange prévu avec les victimes de violences sexuelles, un sujet jusqu'ici assez tabou au sein de l'Église. Y a-t-il une véritable volonté de la part de Léon XIV de changer cela lors de son pontificat ou n'a-t-il, tout simplement, pas le choix ?

[Agnès Desmazières] Il n'en a pas fait sa priorité. Il y a de vraies questions parce que la crise des violences sexuelles chamboule beaucoup les catholiques de l'hémisphère Nord et moins ceux de l'hémisphère Sud. Il y a des différences d'ordre culturel. Dans l'hémisphère Nord, le catholicisme est minoritaire. Quand on est dans cette position, on n'a pas envie de mettre en lumière les problèmes de sa propre minorité par crainte d'avoir des effets de rétorsion.

Cela pose question sur l'effet médiatique de la réponse ecclésiale et ce qui est fait concrètement, alors que les personnes mises en cause restent. Il y a toujours une culture de l'impunité dans l'Église catholique, en particulier envers les personnes qui couvrent les abus.

[La Dépêche] Ce temps d'échange a été organisé à la demande des victimes qui doivent participer à la construction de celui-ci. À quoi peut-on s'attendre ?

[Agnès Desmazières] Nous pouvons nous attendre à ce que cela reste de l'ordre du geste purement symbolique, quelque chose que l'Église sait très bien faire. Pour reconnaître et réparer les torts, c'est plus compliqué. Encore plus pour changer les structures et les personnes. Il y a encore du chemin à faire. Là, il ne paraît pas évident dans l'agenda du pape qu'un réel questionnement de fond, au-delà du geste symbolique, est prévu.

[La Dépêche] Une demande a été faite spécifiquement par les victimes de Bétharram qui ont fait des propositions pour un accompagnement des prêtres. Est-ce quelque chose à laquelle l'Église peut être réceptive ?

[Agnès Desmazières] Tant que des personnes qui ont couvert des abus sexuels mais aussi financiers ou de pouvoir, restent en place à des fonctions de responsabilité, continuent de gravir les échelons au sein de l'Église catholique et restent protégés par l'institution, il n'y aura pas de changement fondamental. C'est tout un ensemble qui doit être réformé.

La Dépêche

Mgr Matthieu Rougé : « la société française est un peu encore en retard par rapport à ce travail de bientraitance »

L'engagement ferme que nous prenons et que le pape nous encourage et nous aide à prendre, c'est de mettre en œuvre tout ce qui est possible pour éviter qu'il puisse y avoir des abus et des crimes sexuels dans toutes les structures de l'Église", poursuit Mgr Matthieu Rougé, même s'il reconnaît qu'il « faudrait être bien présomptueux pour dire qu'il n'y aura plus jamais de victimes ».

L'évêque de Nanterre juge « très important » que la visite de Léon XIV comprenne « un temps spécifiquement dédié à l'écoute des personnes victimes ». « Nous avons dit notre honte, notre très profonde tristesse et notre désir de mettre en œuvre des politiques de bientraitance vigilante à tous les étages, et d'accueillir toutes les personnes qui ont besoin que leur parole soit prise au sérieux pour apurer les drames du passé », ajoute-t-il.

Concernant la prévention de nouvelles violences, Mgr Matthieu Rougé cite les « dispositifs de formation, de vigilance, de traitement des signaux faibles » ainsi que les « consignes pour l'organisation des événements avec mineurs ». L'objectif est, selon lui, « que l'Église soit une maison sûre ». « Il me semble que depuis quelques années, nous y travaillons de manière vraiment très intense et que de cette manière, la société française est un peu encore en retard par rapport à ce travail de bientraitance », affirme-t-il.

France Info

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