Prévention de la pédocriminalité : présentation des CRIAVS

Une prise en charge est possible pour les personnes pédophiles.

  Semaine du 3 au 9 août 2026 (article 10/11)  

Prévention de la pédocriminalité (3) CRIAVS (3)

Quel place pour la prévention ?

Peut-on progresser dans la prise en compte des enfants victimes de violences sexuelles sans poser la question de la prise en charge des auteurs de ces violences – au-delà du strict volet judiciaire ? Prendre à bras-le-corps un phénomène reconnu comme systémique, qui touche 160 000 mineurs chaque année, selon la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), sans s'emparer de l'enjeu, sensible, de l'accompagnement médical des pédophiles ? Alors que l'émotion suscitée par le meurtre de Lyhanna, collégienne de 11 ans, fin mai, ne retombe pas, les professionnels de santé engagés dans des dispositifs de suivi et de surveillance plaident pour qu'un autre champ de l'action publique ne soit pas laissé dans l'ombre : celui de la prévention. « Elle est, en dehors de la réponse judiciaire, un levier essentiel sur lequel on peut miser pour éviter le passage à l'acte, insiste Florence Thibaut, professeure de psychiatrie à l'hôpital Cochin à Paris (Assistance publique-Hôpitaux de Paris, AP-HP) et à l'université Paris-Cité, qui travaille depuis quarante ans sur le sujet. Oser communiquer en direction de ces hommes – car ce sont des hommes, dans l'immense majorité des cas, qui sont attirés par des enfants –, soutenir des dispositifs de soins, promouvoir des programmes de recherche, ce n'est pas pathologiser des criminels, comme on le reproche parfois aux psychiatres. C'est d'abord et avant tout mieux prévenir l'apparition de potentielles victimes. »

Le Monde

Distinguer « pédophile » de « pédocriminel »

Pédophile, pédocriminel : dans le langage courant, les deux termes sont très souvent associés. Les distinguer est pourtant essentiel, relèvent tous les médecins : le pédophile éprouve une attirance sexuelle persistante envers des enfants, sans forcément passer à l'acte ; tandis que le pédocriminel commet une infraction sexuelle sur un enfant, dans une démarche de violence, de transgression des limites, de domination, ou « par opportunisme », comme disent les psychiatres… sans toujours être pédophile au sens clinique du terme.

Le Monde

Les CRIAVS : Centres Ressources pour les Intervenants auprès des Auteurs de Violences Sexuelles

« Environ 60 % des appels proviennent d'hommes qui ressentent le besoin de confier des pensées envahissantes, des fantasmes souvent associés à l'angoisse du passage à l'acte, rapporte Anne-Laure Avice. Le reste, soit 40 % des appels environ, est le fait de l'entourage au sens large, un membre de la famille, un collègue, un voisin qui s'inquiète d'avoir « vu ça » ou « entendu ça ». Parfois, ce sont aussi des professionnels de santé libéraux qui nous contactent, parce qu'ils se sentent en difficulté face aux propos d'un patient et voudraient qu'on les accompagne ou qu'on les forme. » « Notre credo, c'est que si l'individu n'est pas responsable de ses pensées, il l'est en revanche de ses actes, poursuit Mathias Poitau, psychologue au CRIAVS d'Auvergne-Rhône-Alpes. En insistant sur ce point, on peut réussir à faire le lien avec le système de soins. » Ou tenter de le faire : sur les 4 577 appels reçus en 2025, environ 300 auraient abouti à une prise en charge.

Le Monde

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