Exclu des lazaristes, un prêtre accusé d'agressions sexuelles lâché dans la nature par l'Église
Le diocèse d'Aire et Dax ayant refusé de l'incardiner, aucune institution ne se sent responsable du prêtre.
Situation actuelle
La congrégation confirme l'avoir exclu, la démarche ayant été officialisée dans un décret de décembre 2025. « Dès octobre 2024, en apprenant qu'une plainte avait été déposée contre lui, nous lui avions déjà retiré toute fonction », nous précise un porte-parole.
Dans la foulée de cette exclusion, le diocèse n'a pas souhaité l'incardiner, c'est-à-dire le rattacher officiellement à son territoire et lui confier des messes, précise un proche de Nicolas Souchu, l'évêque du diocèse d'Aire et Dax. Pourtant, ce dernier avait accueilli le père G. à bras ouverts il y a quelques années, alors que des signalements avaient déjà été effectués à son sujet. Il lui avait ainsi confié l'animation de la pastorale des jeunes, permettant au prédateur présumé de partir en pèlerinage avec des jeunes filles.
À l'époque, l'évêque « savait qu'il avait eu des restrictions par le passé (interdiction de confesser des femmes durant cinq ans), mais comme elles étaient levées, il a considéré, sans doute à tort, qu'il pouvait le nommer » à ce poste, explique son entourage, confirmant qu'aujourd'hui, alors qu'une enquête de police est en cours, le diocèse n'en veut pas.
Reste une question : qui, aujourd'hui, est garant du vagus ? « C'est à lui de trouver un institut ou un diocèse de tutelle », répondent les Lazaristes. Pas si simple, explique l'un des meilleurs canonistes de l'Église, au fait du dossier : « La bonne application du droit canonique implique que, tant que le religieux n'a pas trouvé une incardination définitive, il reste sous la responsabilité de son ancien institut », estime ce spécialiste, renvoyant la balle aux Lazaristes, lesquels évoquent « un flou » dans les textes.
« Ils l'ont exclu et désormais, ils s'en lavent les mains ! Les victimes en sont traumatisées », déplore Me Nadia Debbache, qui estime que la congrégation aurait dû s'assurer que le religieux trouve un nouveau chef avant d'être mis à la porte. « En l'état, il a tout loisir de se présenter comme prêtre ici ou là, de faire de nouvelles victimes », ajoute l'avocate, qui craint que le père G. ne cherche d'ailleurs à retrouver Léa.
Le témoignage de Léa
L'article du journal Le Parisien mentionne une plaignante ayant le pseudonyme de Léa. Celle-ci avait été reçue par la chaîne youtube Les Médiateurs où elle avait livré un témoignage bouleversant.
Informations complémentaires
Père Vincent Goguey
- https://www.sudouest.fr/landes/dax/landes-un-pretre-lazariste-du-berceau-vise-par-deux-plaintes-pour-des-agressions-sexuelles-21430401.php
- https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/09/13/le-combat-de-trois-jeunes-femmes-victimes-d-un-pretre-lazariste-une-emprise-physique-et-spirituelle_6315596_3224.html
- https://diocese40.fr/lettre-de-mgr-nicolas-souchu/
- https://diocese40.fr/communique-du-1er-octobre-2024/
- https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/pretre-soupconne-d-agressions-sexuelles-pourquoi-est-il-dans-les-landes-depuis-plusieurs-annees-2835672
- https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/landes-le-diocese-choisit-un-pretre-accuse-d-agression-sexuelle-pour-accompagner-des-jeunes-en-voyage-2938413
- https://www.youtube.com/watch?v=_TRQDA36RwQ
- https://x.com/ntrouiller/status/1839586677976625272
- https://www.golias-editions.fr/2024/10/17/diocese-de-dax-a-quoi-joue-leveque-souchu/
- https://www.leparisien.fr/faits-divers/et-sil-fait-dautres-victimes-accuse-dagressions-sexuelles-un-cure-lache-dans-la-nature-par-leglise-05-08-2026-S56GWSURKVH3BKOTNZJAHEJPGQ.php
Père Vincent Goguey n'a jamais été condamné par la justice, et n'a donc jamais été reconnu coupable devant la justice française. Cependant, l'Église lui a imposé plusieurs restrictions de ministère et une enquête canonique l'a qualifié d’« absolument récidiviste dans son comportement délictueux ».
Début des années 2000
Les premiers signalements internes à l'église remonteraient au début des années 2000 🡵.
2011 Une première plainte
Une femme (« Karima ») porte plainte au tribunal ecclésiastique de Lille, puis au civil pour des faits datant de 2002 puis 2011. Sans succès. « On m'a juste appris que G. était en sursis » auprès des autorités ecclésiastiques, se rappelle-t-elle 🡵.
2018 Une seconde plainte
Une autre femme (« Claire ») porte plainte pour « agression sexuelle » qu'elle situe en 2015. Elle contacte le responsable des lazaristes de l'époque, qui la reçoit, lui demande pardon et lui indique avoir pris des « mesures », sans plus de précisions 🡵.
2019 Une monition canonique
Une première monition canonique (un avertissement avant d'éventuelles sanctions) est adressée au père Goguey pour son « comportement tactile » avec les personnes qu'il accompagnait 🡵.
Mgr Nicolas Souchu étant informé de restriction de ministère en 2020 (« Ne plus faire d'accompagnement spirituel ni d'entendre des confessions dans un espace fermé, à l'abri de tout regard » « suite à une seconde plainte déposée contre lui » (la seconde plainte date de 2018) 🡵), on peut supposer que celles-ci accompagnaient la monition canonique… à moins qu'elles ne datent de la seconde plainte c'est à dire de 2018.
2020 Arrivée du père Vincent Goguey dans le diocèse Aire et Dax. Mgr Souchu est informé des restrictions de ministère
Au mois de novembre 2020, le père Vincent Goguey est mis au service du diocèse au Berceau, à Saint-Vincent-de-Paul 🡵 après trois années en poste en Dordogne 🡵.
Quelques semaines après sa nomination, le Visiteur de la congrégation (le père Mauvais 🡵) informe Mgr Souchu des restrictions de ministère concernant ce prêtre 🡵 : « Ne plus faire d'accompagnement spirituel ni d'entendre des confessions dans un espace fermé, à l'abri de tout regard » « suite à une seconde plainte déposée contre lui » (la seconde plainte date de 2018) 🡵.
D'étranges affirmations publiées en 2024
- « L'évêque l'assure, à l'époque, il n'a pas connaissance d'une affaire d'agression sexuelle le concernant. La nouvelle ne leur arrive qu'il y a peu, en août 2023 » 🡵.
- « Quand il a appris l'existence des plaintes en 2023, il a d'abord demandé au prêtre de partir nous assure le diocèse » 🡵.
2021 Levée des restrictions et affectation à la pastorale des jeunes… et nouveau témoignage d'agression
En novembre 2021, les restrictions sont levées et l'évêque en a été informé. Mgr Souchu a alors pensé que cette levée, indépendante de son autorité, s'imposait à lui, et nomme le père Goguey à la pastorale des jeunes 🡵.
Eté 2022 pélé en Espagne et pélé VTT
Pèlerinage en Espagne pour les 15-20 ans : il y a même des photos souvenirs publiées (exhumées par l'autrice Natalia Trouiller sur X), où l'on peut voir le prêtre accusé, en short, se pencher sur un groupe d'adolescentes assises sur la plage, ou encore ce prêtre Vincent qui fait un selfie avec l'évêque, entouré d'adolescentes. 🡵
Pélé VTT : « À aucun moment, les encadrants n'ont été mis au courant des accusations qui visaient le prêtre », nous a-t-elle confirmé. Au diocèse de Dax, une autre source confirme : « ui, seul l'évêque était au courant des accusations ». Monseigneur Souchu n'a donc averti ni les organisateurs de la sortie VTT ni les parents qui ont confié leurs enfants pour cette sortie. 🡵
Maître Nadia Debbache, l'avocate de deux plaignantes contre ce prêtre, est atterrée : « Quand on a un prêtre qui est mis en cause, à plusieurs reprises, pour des faits de nature sexuelle à l'égard de jeunes, est-ce qu'on lui confie des missions au contact de jeunes ? Il y a de quoi s'inquiéter du comportement des responsables religieux qui doivent gérer ce type de situation ». L'avocate ajoute, indignée, que les organisateurs de la sortie VTT qu'a encadrée le prêtre accusé n'étaient pas informés de la situation.
2023 Le père Vincent Goguey est « absolument récidiviste dans son comportement délictueux » selon l'enquête canonique préliminaire
Avant l'été, une femme (« Léa ») écrit au provincial et à Mgr Souchu pour leur faire part de l'agression qu'elle a subi en 2017 de la part du père Vincent Goguey 🡵.
En juin 2023, Mgr Souchu demande au Visiteur actuel de faire une enquête préliminaire, en expliquant que ce prêtre ne pouvait pas rester au Berceau. Il est relevé de ses missions auprès du diocèse au mois de septembre de la même année 🡵. Mgr Souchu n'explique cependant pas pourquoi il a laissé le père Goguey en poste l'été.
En juin 2023, Le père Pellefigue [supérieur de la communauté des Lazaristes du Berceau] assure aussi au Monde avoir transmis un signalement au procureur de la République de Nanterre en juin 2023, mais n'avoir reçu « qu'une réponse formelle de réception » 🡵. « Léa » indique qu'il ne sera retrouvé aucune trace de ce signalement 🡵.
En juin 2023, le Visiteur (provincial des Lazaristes) ordonne de faire une enquête préliminaire 🡵 (à la demande de Mgr Souchu 🡵) diligentée par le vice-official du tribunal interdiocésain de Paris. Dans le cadre de celle-ci, « Léa » est auditionnée 🡵. L'enquête conclut, le 27 novembre 2023, à un « fumus delicti », c'est-à-dire que l'Église considère que l'accusation est vraisemblable. Il est aussi précisé que le père Vincent Goguey est « absolument récidiviste dans son comportement délictueux ». Pour autant, le rapport préconise « la réprimande et le précepte, qui semblent plus appropriés (…) vu qu'il n'y a pas stricto sensu d'abus sexuel, mais certainement des gestes à connotation sexuelle contraires au sixième commandement du Décalogue » 🡵.
2024 Une réprimande, des restrictions de ministère… Un retour au Berceau et au moins une nouvelle plainte
Suite à l'enquête de 2023, une réprimande est administrée par le père Frédéric Pellefigue, supérieur de la communauté des lazaristes, le 19 février 2024. « Je vous exhorte à prendre conscience du devoir de changer absolument votre comportement en adoptant la réserve nécessaire qui prévaut dans les relations humaines, en particulier avec les femmes », lui demande le Visiteur provincial de France 🡵.
Suite à cette enquête, le Visiteur a donné à ce prêtre trois restrictions dans son ministère :
- ne pas avoir de contact avec les personnes plaignantes (ce prêtre était très actif sur les réseaux sociaux).
- Pas d'accompagnement spirituel de femmes de moins de 30 ans pour 5 ans.
- Pas de confessions de femmes de moins de 30 ans pour 5 ans.
Le Visiteur a ajouté une demande de suivi psychologique.
Visiblement, les faits ont été jugés plus que crédibles, quand on voit qu'il avait eu en 2020-2021 pour seule interdiction de « Ne plus faire d'accompagnement spirituel ni d'entendre des confessions dans un espace fermé, à l'abri de tout regard ».
Le 1er mars 2024, le père Vincent Goguey revient au Berceau, avec l'accord de Mgr Nicolas Souchu, « sans qu'il ait de mission dans le diocèse » 🡵, tout en sachant que ce lieu accueille des événements diocésains, y compris en lien avec l'aumônerie étudiante 🡵.
En septembre, « Une plainte a été déposée au parquet de Nanterre. Elle vient d'arriver au parquet de Dax. Tant que la justice civile ne s'est pas prononcée, l'enquête canonique ne peut pas se réaliser » selon Mgr Nicolas Souchu 🡵. Selon le Monde, « le parquet de Nanterre confirme que « deux plaintes concernant trois victimes de faits d'agression sexuelle » lui ont été transmises, dont il s'est dessaisi au profit du « procureur de la République du domicile de l'auteur présumé, le procureur du tribunal judiciaire de Dax » 🡵.
À la lecture des faits et de leur chronologie, faire passer le traitement de cette affaire sur le compte d'un manque de discernement relève de l'imposture. Malgré les révélations qui surgissent dans le monde entier, malgré les travaux de la Ciase en France, nombre de responsables religieux ne changent pas leur pratique et font perdurer l'immunité sacerdotale (Cf. Golias Hebdo n°835 et l'analyse du sociologue Josselin Tricou). Ce qui montre l'ampleur de la tâche qu'il reste à accomplir en la matière.
Au mois d'octobre, les lazaristes lui retirent toutes ses fonctions 🡵.
2025 L'exclusion des lazaristes et le père Goguey « lâché dans la nature »
AU mois de décembre 2025, un décret prononce l'exclusion du père Vincent Goguey des lazaristes. Mgr Nicolas Souchu, évêque du diocèse d'Aire et Dax ne souhaitant pas l'incardiner, le père Goguey est comme « lâché dans la nature » 🡵.
La congrégation confirme l'avoir exclu, la démarche ayant été officialisée dans un décret de décembre 2025. « Dès octobre 2024, en apprenant qu'une plainte avait été déposée contre lui, nous lui avions déjà retiré toute fonction », nous précise un porte-parole. Dans la foulée de cette exclusion, le diocèse n'a pas souhaité l'incardiner, c'est-à-dire le rattacher officiellement à son territoire et lui confier des messes, précise un proche de Nicolas Souchu, l'évêque du diocèse d'Aire et Dax. Pourtant, ce dernier avait accueilli le père G. à bras ouverts il y a quelques années, alors que des signalements avaient déjà été effectués à son sujet.
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Reste une question : qui, aujourd'hui, est garant du vagus ? « C'est à lui de trouver un institut ou un diocèse de tutelle », répondent les Lazaristes. Pas si simple, explique l'un des meilleurs canonistes de l'Église, au fait du dossier : « La bonne application du droit canonique implique que, tant que le religieux n'a pas trouvé une incardination définitive, il reste sous la responsabilité de son ancien institut », estime ce spécialiste, renvoyant la balle aux Lazaristes, lesquels évoquent « un flou » dans les textes. « Ils l'ont exclu et désormais, ils s'en lavent les mains ! Les victimes en sont traumatisées », déplore Me Nadia Debbache, qui estime que la congrégation aurait dû s'assurer que le religieux trouve un nouveau chef avant d'être mis à la porte. « En l'état, il a tout loisir de se présenter comme prêtre ici ou là, de faire de nouvelles victimes », ajoute l'avocate.
— Le Parisien.
Diocèse d'Aire et Dax
Évêque : Mgr Nicolas Souchu
Vicaire général : Père Gérard de Rodat
Chancelier : Mgr Bernard Hayet
Économe diocésain : Olivier Cassaigne
Derniers évêques
- 1978-2002 : Mgr Robert Sarrabère 🡵
- 2002-2012 : Mgr Philippe Breton 🡵
- 2012-2017 : Mgr Hervé Gaschignard 🡵
- Depuis 2017 : Mgr Nicolas Souchu 🡵
Voir aussi :