Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine : le fils spirituel du père Marie-Dominique Philippe ?

Analyse de son interview sur la chaîne Youtube de Academia Christiana.

  Semaine du 13 au 19 juillet 2026 (article 6/7)  

Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine (1) Père Marie-Dominique Philippe (11)

A l'occasion de la sortie de son dernier livre, le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine a été interviewé sur la chaîne Youtube de Academia Christiana. Au cours de cet entretien, il parle longuement des abus dans l'Église.

Un certain nombre de ses propos nous ont paru inquiétants. Ensemble, ils dessinent un fonctionnement de nature à favoriser les abus si une personne était mal intentionnée. De plus, nous faisons également le constat d'une absence : à aucun moment la protection des enfants ou la prévention de la récidive n'est posée comme objectif. Enfin, la sollicitude va prioritairement au coupable quand la victime apparaît sommée d’« avancer » et de pardonner.

Plus troublant également, il est connu que le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine voue une admiration pour le père Marie-Dominique Philippe, pour lequel il a d'ailleurs composé un hommage en chanson. Or, on retrouve dans les éléments qui vont suivre de fortes similitudes avec des enseignements déviants du père Marie-Dominique Philippe.

L'intentionnalité comme critère de moralité

Pour le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, l'intention est posée comme le critère de la moralité, et l'évaluation morale de l'acte en lui-même est seconde.

[12:02] La justice de Dieu, c'est autre chose. Elle part d'abord de l'intention des personnes. Et elle regarde si l'homme est juste, c'est-à-dire s'il essaie de se conduire, malgré ses misères, dans la belle lumière de Dieu.

[59:33] L'autre soir, j'étais dans un taxi, je revenais de la rive gauche, c'est rare que j'aille rive gauche mais j'allais là-bas. Et en revenant dans dans le taxi, c'est une femme qui conduisait, et elle s'est trompée sur le chemin. Je lui ai simplement dit madame et [j'ai posé ma main] sur son épaule parce que j'étais quand même assez loin, comme elle ne m'entendait pas bien de loin. J'ai juste fait une petite pression comme ça « madame ». « Ne me touchez pas, ne me touchez pas ». Et là, sur le moment, j'ai eu un moment, mais comme si je l'avais agressé d'une manière folle et j'ai même eu un moment de peur. C'est affreux d'être comme ça. Où est la gravité là ? Où est l'intentionnalité ? Elle était parfaite. J'ai pas frappé fort, j'ai dit « Madame ».

Chez le père Marie-Dominique Philippe

Ce point problématique de la pensée du père Marie-Dominique Philippe est clairement dénoncé dans le rapport Comprendre et guérir :

Il est frappant de voir que la considération du bien de l'autre ne semble pas intervenir dans le discernement de ce qu'il convient de faire. L'intention de faire la volonté du Christ suffirait […] La réduction de la valeur morale des actes à l'intention de leur auteur a servi de justification à l'abus".

Comprendre et guérir, p. 530

En conclusion, la doctrine du père M.-D. Philippe a favorisé une fausse appréciation des actes, notamment la réduction de leur valeur morale à l'intention, à l'intérieur de la famille Saint-Jean. Cette réduction a de façon répétée été utilisée pour justifier des abus.

Comprendre et guérir, p. 532

L'amour au-delà de la justice

Pour le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, il faut viser l'amour de Dieu, et non la justice des hommes. Certes, il prend ici le soin de ne pas disqualifier la justice. Mais la hiérarchie ainsi définie incite subtilement à une dévalorisation de la justice. Amour et justice semblent se placer en concurrence, ou tout du moins relever de deux ordres différents dans l'esprit du prêtre. Or, que serait l'amour sans justice ?

[5:45] L'amour a des exigences supérieures infinies à la justice. Il faut vraiment aller jusque-là. Cela ne veut pas dire que la justice ne doit pas s'accomplir, mais l'amour quand vous avez décidé d'aller jusqu'au bout d'une fidélité, d'une fidélité à celle que vous aimez, à celui que vous aimez, une fidélité à votre rôle de père, de mère de famille et de prêtre. Dès que vous rentrez dans cet amour très grand, c'est un amour qui vous crucifie et qui vous pousse à donner le meilleur de vous-même.

Chez le père Marie-Dominique Philippe

Quelles seront donc les activités parfaites qui nous donnent ce bonheur ? Ces activités ne peuvent être les activités selon les vertus morales de tempérance, de force, de justice et de prudence, car de telles activités, même parfaites, demeurent toujours trop partielles pour nous donner vraiment le bonheur. Ces activités ne regardent pas, au sens précis, notre fin mais les moyens nécessaires à l'obtention de cette fin. Il faut donc aller au-delà de ces activités partielles et découvrir l'activité plénière qui seule est capable de nous donner ce bonheur. Nous l'avons déjà vue, à la source de toutes nos activités morales il y a un amour premier, cet amour pour tel ou tel bien… Cet amour ne cesse de se perfectionner, de se purifier par et dans toute son activité morale. Il ne faut pas le considérer à la source comme s'il était loin et en dehors du développement de nos activités morales ; il est toujours présent et ne cesse de se développer et de s'intensifier jusqu'au jour où il pourra enfin se nouer parfaitement, être pleinement et parfaitement lui-même lorsqu'il pourra s'expliciter dans une véritable amitié.

« L'Éthique », Polycopié (Université de Fribourg)

Nous sommes tous pécheurs, peu importe le degré

Ce n'est pas parce que nous sommes tous pécheurs que tous les péchés se valent. Le Catéchisme de l'Église catholique est d'ailleurs très clair sur ce point :

  • §1854 « Il convient d'apprécier les péchés selon leur gravité. Déjà perceptible dans l'Écriture (cf. 1 Jn 5, 16-17), la distinction entre péché mortel et péché véniel s'est imposée dans la tradition de l'Église. L'expérience des hommes la corrobore » 🡵.
  • §1858 « La matière grave est précisée par les Dix commandements selon la réponse de Jésus au jeune homme riche : « Ne tue pas, ne commets pas d'adultère, ne vole pas, ne porte pas de faux témoignage, ne fais pas de tort, honore ton père et ta mère » (Mc 10, 18). La gravité des péchés est plus ou moins grande : un meurtre est plus grave qu'un vol. La qualité des personnes lésées entre aussi en ligne de compte : la violence exercée contre les parents est de soi plus grave qu'envers un étranger » 🡵.

Avec le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, « même grave, pas grave, tout ça ça n'a pas grande importance. […] pour quelqu'un qui aime, un petit truc c'est très grave ». La gravité d'un crime devient ainsi équivalente à celle de n'importe quel autre péché. Par ailleurs, on notera que le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine dit qu'il enlève le péché. Non seulement le péché est pardonné et non enlevé, mais seul Dieu a ce pouvoir, et non le père Michel-Marie.

[32:46] Jésus dit « mon enfant maintenant on repart ». Toute la problématique, elle est là : le péché ne m'intéresse pas! Je l'enlève ! Même grave, pas grave, tout ça ça n'a pas grande importance. On maintient [la distinction] péché mortel, péché [véniel], c'est bien, c'est bien toutes ces distinctions. Mais globalement pour quelqu'un qui aime, un petit truc c'est très grave.

[40:05] Il ne faut même pas aller jusqu'à la miséricorde, il faut aller jusqu'à l'intelligence. c'est l'intelligence qui comprend qu'il faut faire miséricorde, au regard de ce que nous sommes nous-mêmes et au regard du caractère qui est toujours relatif de ce qui s'est passé. Voyez, quelquefois les gens sont sont épouvantés parce qu'on dit la messe pour Hitler. Pourquoi être épouvanté? C'est un enfant de Dieu.

Chez le père Marie-Dominique Philippe

« Le péché dominant de chacun de nous ? c'est l'orgueil – inutile de chercher plus loin ». Finalement, si tous les péchés sont solubles dans l'orgueil, il n'y a plus de hiérarchie dans la gravité. Ceci est également très vivement critiqué dans le rapport Comprendre et guérir.

Il faut donc signaler l'attention médiocre accordée par M.-D. Philippe à l'examen de conscience, comme en témoigne ce passage du tome I de Suivre l'Agneau, ouvrage qui transcrit une retraite donnée en 1977 :

[…]

Pour nous, il s'agit d'un examen en face du Christ. Ayant découvert Jésus, nous nous mettons sous son regard et lui demandons ce qu'il attend de nous. C'est cela, l'examen de conscience chrétien : faire le point, voir que nous sommes pécheurs… parce qu'il est très nécessaire de reconnaître que nous sommes pécheurs. Quant au péché dominant, à la tendance dominante qui est en nous, il est très facile de la découvrir. Ne cherchons pas trop longtemps, ce n'est pas la peine : je peux le dire tout de suite pour chacun d'entre nous, parce qu'il n'y a aucune originalité dans nos fautes. Notre originalité est dans l'amour et dans l'adoration, mais pas dans nos fautes. […] Quel est le péché dominant de chacun de nous ? c'est l'orgueil – inutile de chercher plus loin. […] le péché dominant, pour un être normal, c'est l'orgueil. Ce n'est donc pas la peine de le chercher, mais il faut le dépister pour nous. Il s'agit de faire le point en face du Christ pour repartir avec un nouvel élan. C'est cela, l'essentiel de la retraite.

Comprendre et guérir, p. 538

L'abandon du jugement

Ne pas juger, se détacher totalement de son propre point de vue et tout recevoir de Dieu. Ces paroles faussement sages font froid dans le dos, quand on pense à la manière avec laquelle elles pourraient être récupérées par des personnes mal, intentionnées.

[1:03:47] Ne jugez pas, c'est très dur, c'est le sommet de la vie spirituelle, c'est vraiment le détachement total de même son propre point de vue, la remise dans les bras de Dieu de toutes les situations humaines. Et puis se laisser conduire, ça ne veut pas dire que on ne veut pas les choses qu'on ne les désire pas, mais on a cette finesse de recevoir de Dieu. Pour moi, le verbe principal, c'est pas accepter, c'est recevoir. Je reçois tout, tout ce qui arrive, la mort comme la vie. Et un jour, on aura beau pomper, la mort sera là et elle nous emportera, parce que c'est le moment de rejoindre enfin cette béatitude où tout va devenir relatif.

Chez le père Marie-Dominique Philippe

À titre d'exemple, voici un extrait d'une lettre du père Marie-Dominique Philippe à une personne victime de Thomas Philippe qui lui demande si elle peut accepter les sollicitations à caractère sexuel du père Thomas :

Ma chère enfant, merci de votre lettre […]. Tout ce que vous me dites est clair. Vous comprenez qu'il est difficile de répondre d'une manière catégorique par lettre. Ce que je puis vous demander c'est un abandon total et une confiance absolue en la T.S. Vierge. Lui remettre tout, lui être très docile, la supplier de ne faire et de n'agir que comme Elle le veut, lui demandant d'être mise sous la mouvance du don de crainte pour qu'il n'y ait que des initiatives divines dans une totale passivité à son Action à Lui. En vous livrant de cette façon en totale docilité et obéissance – je crois qu'il faut alors être très docile non pas à ce que 'lui’ peut vous demander, mais à ce qu'Elle peut réclamer – et toujours vous référant à Elle. Comme cela il n'y a pas de danger de demeurer dans une obéissance littérale, trop matérielle, - et il n'y a pas de danger d'imprudence, si c'est Elle qui est là, et qui est présente très fort.

Dans cette réponse du père Marie-Dominique Philippe, l'accent est clairement mis sur un abandon total à la Vierge Marie, mais on n'y voit guère d'invitation au discernement moral des actes en cause et encore moins d'insistance sur la vertu de chasteté. L'abandon à la Vierge, comme ailleurs la docilité au Saint-Esprit, semble dispenser des vertus morales. On notera également la mention de la « totale passivité ».

Rapport comprendre et guérir, p. 526

La justice de l'Église n'est pas la justice des hommes

Très explicitement, Michel-Marie Zanotti-Sorkine propose que chaque évêque lave son linge sale en famille : « chaque évêque, même s'il a pas mal de problèmes, pourrait très bien essayer de régler les choses ».

Puis il propose ni plus ni moins de ne pas respecter la loi, quitte à risquer la prison. Ici, la miséricorde de Dieu entre clairement en opposition avec la justice des hommes : « on n'a pas à aller si loin dans le traitement que l'on inflige à quelqu'un. Bon qu'est-ce qu'on a comme risque ? D'avoir trois mois de prison avec sursis ? Et alors on est les enfants d'un condamné à mort. On n'ira pas [en prison], et même si on y va, c'est pas la catastrophe. Si on est fidèle à ce qu'on a fait ».

Avec ces deux extraits, on découvre donc que le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine propose ni plus ni moins de ne pas dénoncer un criminel, pour laisser l'Église « juger des situations humaines, surtout des faiblesses humaines »… On notera au passage l'emploi de l'euphémisme « faiblesse humaine » : il ne s'agit pas de juger la faiblesse, mais potentiellement des crimes, ce qui est tout autre chose !

[19:10] Les évêques, moi j'en connais quand même quelques-uns, je ne les connais pas tous, mais ils sont bien conscients et ils voudraient bien agir, mais tout ça est tellement complexe, vous rendez compte la pression qu'il y a des médias, la pression des associations de victimes, les pressions qu'il y a, mais c'est énorme et c'est là que notre amour — et là je reviens à Victor sur ce que vous me disiez — que notre amour doit se faire force pour dire laissez-nous aussi juger des situations à travers ce que notre maître le Christ nous a appris. On a une manière à nous qui n'est pas la manière du monde.

[…]

Je pense que les États doivent faire leur travail, ça il n'y a pas de doute. Donc évidemment, ils servent le bien commun, ils protègent les populations et donc il y a des lois et à travers ces lois, espérons qu'elles sont bien respectées, qu'elles s'adressent aux bonnes personnes et espérons le. Mais ça, c'est le travail de l'état, de la magistrature, en avant les juges d'instruction qui manifestent la vérité des faits, et c'est très bien. Mais nous, nous ne sommes pas un tribunal. Bien sûr qu'il y a des tribunaux dans l'église, si c'était moi je les supprimerai parce que — j'exagère un peu — mais je veux dire, chaque évêque, même s'il a pas mal de problèmes, pourrait très bien essayer de régler les choses. Mais là je vais un petit peu loin dans ce que je vous dis parce que je mets les doigts d'une manière un peu artificielle dans quelque chose d'un peu compliqué, mais nous avons notre manière à nous [l'Église] de juger des situations humaines, surtout des faiblesses humaines.

[47:17] Nous, on a une mission à part justement qui contrebalance une dureté. Quand vous voyez toutes ces exécutions, ces exécutions jusque au dernier guillotiné où le prêtre accompagne, il apporte autre chose. On ne lui a pas demandé son avis : penses-tu qu'il devait ou ne devait pas être condamné à mort ? Mais il est là, il dit « confiance mon enfant ». Et nous, c'est ça. Et je pense que le problème c'est que si nous collons à ce que le monde fait en matière de justice, c'est-à-dire en matière de dureté, en matière de karshérisation, et bien nous ne serons pas bénis. Si vous voulez, la question elle est là, bien sûr alors les gens de droite qui disent vous avez lâché le timon et donc c'est la panique là, qu'ils apportent maintenant leur lumière pour le régler, mais qu'ils ne demandent pas aux serviteurs de Dieu d'aller avec eux au premier rang, non, c'est autre chose, c'est une autre dimension. Comme un père de famille va agir vis-à-vis de ses enfants d'une certaine manière, ça ne sera pas le directeur d'école qui va agir de la même manière. Chacun a sa responsabilité. Et je trouve qu'aujourd'hui justement nous collons trop, on n'est pas assez courageux. Qu'est-ce qu'on risque? On risque rien, mais on n'a pas dénoncé. Mais attention, s'il y a quelque chose de très grave, il faut quand même agir, ne pas rester comme ça justement dans une pseudo charité dont vous parliez tout à l'heure, c'est épouvantable, mais on peut prendre une décision. Moi il me semble que dans ce cas, on n'a pas à aller si loin dans le traitement que l'on inflige à quelqu'un. Bon qu'est-ce qu'on a comme risque ? D'avoir trois mois de prison avec sursis ? Et alors on est les enfants d'un condamné à mort. On n'ira pas [en prison], et même si on y va, c'est pas la catastrophe. Si on est fidèle à ce qu'on a fait.

Le dispositif du silence

Deux ressorts se combinent. D'abord, la non-dénonciation érigée en vertu : « on ne rapporte pas », et la dénonciation assimilée à un « état victimal » disqualifié. Ensuite, la confidence privée opposée à la transparence : se confier « à un grand ami qui nous aime » plutôt qu'à un professionnel ou à la justice, au motif que « la transparence rend tout opaque ».

Le second extrait prolonge ce silence en l'anoblissant : en le rattachant aux prêtres martyrs du confessionnal, l'orateur fait glisser une règle d'omerta vers la vertu sacramentelle.

[34:05] Je peux vous dire qu'on a été éduqué dans la fameuse idée qu'on ne rapporte pas, qu'on ne dénonce personne et quand on était enfant, on nous disait toujours ne rapporte pas, ce n'est pas beau. Vous savez, j'espère que vous le dites à vos petits, mais c'est comme ça la vraie vie parce que on ne peut pas non plus toujours être dans un état victimal : Monsieur il m'a fait ça, Madame… Si c'est grave, il faut bien sûr s'ouvrir parce que quelquefois on est trop silencieux et là ça pourrit, ça pourrit à l'intérieur et ça pourrit la vie. Mais il faut le dire à un grand ami, il faut parler à quelqu'un qui nous aime et qui va préserver par le secret ce qu'on a dit, mais pas cette transparence. Aujourd'hui quand je vois toute cette transparence qui rend tout opaque, tout est dans le même sac.

[49:08] Vous savez que dans les pays soviétiques, ça je peux vous le dire, où les régimes soviétiques sévissaient, il y a eu des cas où des prêtres sont allés dans des camps où ils ont ramassé du sel pendant des années et des années par refus d'avoir dénoncé quelqu'un qui avait parlé dans le confessionnal.

L'agresseur et la victime

Les extraits suivants mériteraient à eux seuls un article complet, tellement il y a à (re)dire…

[35:02] C'est un drame, il demande au contraire d'être aidé. Donc toutes ces personnes qui souffrent de ça, imaginons qu'ils fassent n'importe quoi, on doit les traiter d'une certaine manière, les isoler d'une certaine manière. Mais les personnes qui vont avec des personnes adultes, il faut aussi que ce soit traité d'une certaine manière. Parce que bien sûr, s'il y a des viols c'est très très grave.

[35:40] Attention, il y a des vraies victimes, j'en suis conscient, j'en ai écouté, mais énormément et des êtres qui ont été traumatisés à vie. Donc tout ça mérite d'être aidé, mais ce n'est pas une raison pour que celui qui a mal agi soit détruit. Je vous dis la vérité, moi je le dis en toute vérité, je ne sais pas comment vos auditeurs recevront ça mais par exemple l'abbé Pierre, quand vous regardez une vie comme ça, vous vous dites, il s'est gelé les pieds pendant 60 ans dans un HLM, il a quand même aidé des millions de personnes et puis tout à coup, on va le montrer à travers des limites qui sont réelles et c'est fini, c'est un monstre. Je ne crois pas que le Christ juge comme ça. Alors il est intouchable, il est près de lui, mais qu'on ait tout enlevé, son nom, son œuvre, qu'on en fasse un monstre. Mais alors il reste personne sur la terre. Même moi je devrais quitter ma soutane, parce que c'est pas parfait. Non mais je veux dire, mais on trouvera chez tout le monde et bien moi je ne l'accepte pas et je pense qu'en vous disant cela Victor, je suis fidèle au Christ. Maintenant la personne qui a été agressée par l'abbé Pierre, imaginons, et bien cette personne, il faut l'aider, et elle aussi, il faut qu'elle avance peut-être vers une compréhension de ce qui s'est passé, qui est abominable et qui peut exiger si elle est chrétienne, le pardon. Car Jésus a dit une parole épouvantable, vous disiez tout à l'heure avec Léon Bloy qu'il y a des choses, je ne me rappelle plus le terme, vociférer, il faut vociférer. Jésus a dit si vous ne pardonnez pas de grand cœur, l'expression est de lui, je ne vous pardonnerai pas non plus. Or l'exercice du pardon, c'est quelque chose qui est très difficile à donner comme à recevoir d'ailleurs, mais il faut le faire parce que la société n'en parle jamais. Si aujourd'hui vous dites « pardonne-moi » — puisque tout à l'heure vous avez plaidé pour le repentir et Dieu sait si je vous suis — « Pardonne-moi », vous dites tu vois, t'es coupable. Et ça ne résout rien. Et d'ailleurs, vous avez vu qu'aujourd'hui tout le monde dit « désolé », tout le monde dit « désolé, désolé ». Mais désolé c'est pas « pardon ». Désolé c'est pas « excuse-moi je t'ai fait de la peine », c'est « désolé ». Mais ça n'apporte rien. Il n'y a même pas une once de regret. Et donc je pense que c'est à l'Église, la Sainte Église de Dieu de donner ce trésor du pardon qui peut reconstituer les personnes, moi, je le crois. D'ailleurs vous voyez dernièrement deux psychiatres de Genève sont venus me voir, ils ont renversé devant moi — moi je ne disais rien, je les écoutais — cette idée selon laquelle si on révèle à tout le monde la dimension coupable d'une personne, ça guérit la personne, ils m'ont dit ça n'est pas vrai, ça n'est pas vrai. Ce n'est pas parce que c'est su mondialement que la personne est réparée, il faut qu'elle fasse un vrai travail sur elle-même, mais un vrai travail qui passera peut-être par le pardon. L'autre jour, je voyais deux frères. Ils ont eu d'énormes problèmes avec l'un de leurs oncles. Quand ils étaient enfants, ils ont été violés et il y en a un qui a pardonné. Il va très bien, il a construit sa famille, ça va, il a dit moi mon oncle a perdu les pédales, terminé. L'autre ne pardonne pas, il est dans un état psychologique épouvantable.

[26:27] Ce que je redoute, si on est trop sévère, mais dans le sens de la destruction de la personne — vous voyez ce que je veux dire, la destruction totale de la personne. Par exemple si quelqu'un à cause de notre sanction, notre manière de faire, en vient à se suicider, alors on a tout faux. On s'oppose totalement. Et je pense que si on va dans ce sens de quelque chose qui paraît, vous voyez, on a bien purifié, on a pris le karcher, c'est bien purifié, mais qu'on a créé vraiment un champ de désolation, je pense qu'on n'est pas béni. Et ce qui me fait peur, c'est ça, c'est que le Christ ne nous bénisse pas parce qu'il dit vous trahissez, vous trahissez ma pensée, vous trahissez ma manière d'être.

Rapport à l'écriture

Judas offre sa vie et compense le désespoir qu'il a causé

Le livre du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine ayant pour titre On n'est jamais trahi que par les siens, le père s'est intéressé à la figure de Judas. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que son étude l'a conduit a des positions exégétiques assez peu communes…

[3:33] Vous avez Judas, alors ça c'est très net, il le vend pour de l'argent, il le regrette, il offre d'ailleurs sa vie d'une certaine manière, mais enfin je ne veux pas trop évoquer cela, mais il compense le désespoir qu'il a causé aussi aux apôtres, à la mère du Christ et puis tout, puis d'avoir fait disparaître le Christ de cette manière-là, il compense en mourant lui-même. Mais disons que c'est un traître, mais un traître qui se reprend et je tiens à le dire parce que j'ai beaucoup, beaucoup, non pas d'admiration, mais de miséricorde pour Judas. Et puis vous avez Pierre qui à côté, lui donne l'impression qu'au contraire, il est vraiment tout à fait volontaire. Il n'abandonnera jamais le Christ et pourtant il va le renier, mais vraiment sauvagement.

La femme adultère, cet objet qui ne dit rien

Le récit de Jean VIII donne la parole à la femme adultère : elle dialogue avec Jésus. Le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, lui, la réduit au silence (« elle ne dit rien », « elle est tétanisée ») et la qualifie d’« objet de l'amour du Christ ». D'un sujet qui parle, il en fait une chose passive…

[29:17] Peut-on pardonner à ceux qui ne demandent pas pardon ? En tout cas. je vous réponds avec Jésus, c'est pas mal pour un prêtre. C'est que d'abord la femme adultère, elle n'a pas demandé pardon. Elle est là, elle est paralysée pour la reprendre, celle-là. Elle ne dit rien. Elle est l'objet de l'amour du Christ mais il la sauve devant tous ces religieux barbus qui sont là et qui détruisent tout et qui sont prêts à la tuer. La pierre à la main. Elle ne demande rien, elle est tétanisée et elle a le pardon.

Survalorisation des prêtres… et de lui-même

  • [46:46] « Les prêtres dans la société, c'est quand même, je regrette de dire ça parce que c'est une mission immense et je m'en suis je m'en sens indigne, mais on est quand même l'image vivante de Dieu dans la société ».
  • [16:09] « Moi ça fait longtemps que j'ai compris que la Sainte Vierge me disait ne t'occupe pas des problèmes internes occupe-toi des âmes, même une seule à la fois ne t'occupe pas du reste ».
  • [35:54] « Je vous dis la vérité, moi je le dis en toute vérité ».
  • [32:29] « Mais mon petit ami, comment avez-vous pu en arriver là ? Ça c'est pas des phrases de Jésus, mais je l'ai entendu ! Quand je dis ça, je suis loin d'être parfait, mais au moins cette phrase, je ne l'ai pas dite ».
  • [31:00] « moi je confesse quand même depuis 25 ans » (expérience personnelle posée en référence).

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