Amiens : un prêtre qui a fait l'objet d'une plainte classée sans suite nommé recteur de la cathédrale

La nomination ravive la colère de la plaignante et met au jour d'autres tensions au sein du diocèse.

  Semaine du 13 au 19 juillet 2026 (article 2/7)  

Don François Reynes (1) Communauté Saint-Martin (5) Mgr Gérard Le Stang (6) Diocèse d'Amiens (5)

Le résumé de la situation

Une paroissienne accuse Don François Reynes, un prêtre de la communauté saint-Martin, d'agression sexuelle et de propos humiliants. Le prêtre conteste ces faits pour lesquels une plainte de 2024 a été classée sans suite 🡵. Côté canonique, « l'enquête menée par le Tribunal Pénal Canonique National a, elle aussi, conduit à n'engager aucune poursuite » 🡵.

Cependant, une membre de la cellule d'écoute du diocèse estime les accusations crédibles :

Si la procédure judiciaire n'a pas abouti, la paroissienne a reçu le soutien de membres de la cellule diocésaine d'accueil et d'écoute des personnes victimes de l'Église qui l'ont entendue en juin 2024. « Nous n'avons jamais douté de vous et de votre récit. Ce que vous nous avez dit s'est passé. J'en suis certaine, tout comme chacun des membres de la cellule. Et je suis tout aussi certaine que vous n'êtes pas seule. Cette omerta est effrayante. Nous ne sommes pas à la hauteur. L'Église n'est pas à la hauteur », lui a écrit à l'époque l'une des membres de cette cellule dans un texto qui l'a bouleversée.

Courrier Picard

Mgr Gérard Le Stang, qui par ailleurs préside le Conseil National pour la Protection des Mineurs au sein de la CEF, impute ce dérapage à une seule membre de la cellule, qui aurait outrepassé sa mission en prenant position sur les faits. La rupture de confiance qui s'en est suivie a entraîné la dispersion de la cellule : seule Mme Sabine Melin y demeure aujourd'hui en fonction.

Une personne de la cellule d'accueil du diocèse, outrepassant la mission et l'éthique de la cellule, a correspondu avec la personne plaignante en prenant position sur les faits et en critiquant fortement l'Église. Cela a provoqué chez la plaignante une frustration encore plus grande quand les instances de justice compétentes ont donné leurs conclusions négatives. La cellule écoute est là pour accueillir, écouter et accompagner, au besoin. Elle n'est pas une instance de justice parallèle.

Cela a conduit de fait, à une rupture de confiance et à la dispersion de cette cellule.

Diocèse d'Amiens

Dans ce contexte chaotique, Mgr Gérard Le Stang et la communauté saint-Martin réaffirment leur soutien à Don François Reynes :

Le diocèse d'Amiens et la Communauté Saint-Martin tiennent à renouveler leur grande confiance en don François Reynes, qui se réserve, de son côté, la possibilité d'engager les procédures judiciaires permettant d'assurer le respect de son innocence et de sa réputation. Ils lui manifestent aussi son entier soutien devant l'injustice ressentie en prenant connaissance de telles accusations, dont le caractère infondé a été clairement établi.

Diocèse d'Amiens

Parallèlement à cela, et dans une toute autre affaire, Mgr Gérard Le Stang et le Modérateur général de la Communauté Saint-Martin ont mis fin, d'un commun accord, aux fonctions de don Régis Évain qui était jusqu'alors recteur de la cathédrale (et curé de la paroisse Saint-Jean-Baptiste).

La place de recteur étant libre à la cathédrale, Don François Reynes est nommé à cette fonction. Cela provoque la colère de la paroissienne qui avait porté plainte contre lui en 2024… et relance la médiatisation de l'affaire.

Droit de réponse au Courrier picard

Le diocèse d'Amiens et la Communauté Saint-Martin ont pris connaissance d'un article de presse publié en ligne le 15 juillet et mettant en cause, de manière explicite, un prêtre en mission à Amiens. Ils estiment nécessaire d'apporter les précisions suivantes.

La plainte contre don François Reynes à laquelle il est fait allusion dans l'article a été traitée avec tout le sérieux nécessaire, à la fois au plan de la justice française et au plan de la justice de l'Église.

Au plan de la justice civile, cette plainte a été classée sans suite par le Parquet, en raison de l'absence d'éléments et de la présence de contradictions dans les déclarations de la plaignante. Puisque les faits allégués se seraient produits dans des lieux recevant du public, les personnes qui auraient pu en être témoins ont été très largement interrogées, au cours de l'enquête. Cette enquête a abouti à considérer qu'il n'existait pas d'éléments permettant d'accréditer la thèse de la plaignante.

Au plan de la justice canonique, l'enquête menée par le Tribunal Pénal Canonique National (TPCN) a, elle aussi, conduit à n'engager aucune poursuite. Le TPCN a estimé, par conséquent, devant l'absence de faits constituant un délit, qu'il n'y avait pas lieu d'ouvrir un procès ni de prendre aucune mesure disciplinaire à l'endroit du prêtre.

C'est pourquoi don François Reynes a pu continuer à exercer normalement les différentes missions liées à son ministère.

Il est donc inexact de considérer que rien n'a été engagé. Si la cellule d'écoute du diocèse d'Amiens a, comme il se doit, écouté avec bienveillance et empathie la plaignante, cette cellule ne pouvait avoir pour mission de tirer des conclusions au plan judiciaire, ce qui a été fait par les autorités judiciaires et canoniques compétentes. On ne peut que s'étonner que des éléments recueillis par la cellule d'écoute aient été divulgués dans la presse, étant données les règles de confidentialité prévues en la matière.

Le diocèse d'Amiens et la Communauté Saint-Martin tiennent à renouveler leur grande confiance en don François Reynes, qui se réserve, de son côté, la possibilité d'engager les procédures judiciaires permettant d'assurer le respect de son innocence et de sa réputation. Ils lui manifestent aussi son entier soutien devant l'injustice ressentie en prenant connaissance de telles accusations, dont le caractère infondé a été clairement établi.

En ce qui concerne la fin de la mission de don Régis Évain comme recteur de la cathédrale et curé de la paroisse Saint-Jean-Baptiste d'Amiens, le diocèse d'Amiens et la Communauté Saint-Martin ne peuvent que reprendre l'annonce faite publiquement à la cathédrale le 28 juin dernier : « Don Régis a malheureusement rencontré depuis plusieurs mois des difficultés persistantes dans l'exercice de son office de curé et dans sa charge de responsable local de la Communauté Saint-Martin. Le modérateur de la Communauté Saint-Martin et Mgr Le Stang ont pensé que cet office et cette charge devaient désormais cesser immédiatement en raison de l'accumulation de difficultés, pour le bien de Don Régis et celui de la paroisse. » Les motifs de cette décision grave ne sont, en aucune manière, liées à la plainte évoquée précédemment.

Le diocèse d'Amiens et la Communauté Saint-Martin réaffirment leur attachement à la recherche de la vérité, au respect des décisions des autorités civiles et canoniques, et à la protection et à l'accompagnement des personnes qui pourraient se déclarer victimes, ainsi qu'au respect de la réputation de leurs prêtres.

Diocèse d'Amiens

Communiqué de Mgr Le Stang suite à l'article du Courrier Picard

Communiqué de Mgr Le Stang suite à l'article du Courrier Picard
Publié le 16 juillet 2026

Chers amis,

Alors que notre Église diocésaine est très attristée par le décès de l'abbé Dominique-Marie Dupré, ancien curé de la Cathédrale, le Courrier Picard publie en ligne et dans sa version papier, une série d'articles qui me mettent en cause comme évêque et surtout, gravement, un autre prêtre de la Cathédrale, Don François Reynes.

Il apporte par ailleurs une lecture partielle et incomplète du départ de don Régis Evain, décidé par la communauté Saint-Martin et moi-même pour des raisons très sérieuses. Il est donné largement la parole a Don Régis dans ces articles qui ont toutes les allures d'un règlement de compte.

A la lecture de ces articles, vous découvrez en fait :

  • qu'on ressort ici une plainte de 2024 que j'avais pris immédiatement très au sérieux, avec l'aide de la cellule d'accueil; plainte rapidement traitée par la justice civile et canonique, et qui n'a abouti à aucune condamnation ni à aucune peine.
  • que Don Régis Evain n'accepte pas la nomination qu'il a reçue de la part de la communauté Saint-Martin, et de moi-même et qu'il s'en fait accusateur.
  • qu'une personne de la cellule d'accueil du diocèse, outrepassant la mission et l'éthique de la cellule, a correspondu avec la personne plaignante en prenant position sur les faits et en critiquant fortement l'Église. Cela a provoqué chez la plaignante une frustration encore plus grande quand les instances de justice compétentes ont donné leurs conclusions négatives. La cellule écoute est là pour accueillir, écouter et accompagner, au besoin. Elle n'est pas une instance de justice parallèle.

Cela a conduit de fait, à une rupture de confiance et à la dispersion de cette cellule.

Seule reste en fonction Mme Sabine Melin, en attendant l'appel d'autres personnes à la rentrée. Il est important que des personnes se considérant victimes de violence en Église et désireuses d'entrer en contact avec elle, puissent le faire en toute confiance et dans une relation assurant la confidentialité, respectueuse de l'Église et ajustée avec les instances de justice de notre pays et de l'Église.

Avec Don François et la communauté Saint-Martin, nous avons pensé que ces articles appelaient un droit de réponse à lire ici

Comme l'explique ce droit de réponse, je le répète, lorsque Don François a été accusé en 2025, les procédures habituelles, au civil comme au canonique, ont été immédiatement engagées pour aboutir rapidement, en l'absence de fondement crédible à l'accusation, à un classement sans suite.

Ces articles affectent fortement don François, que je vous propose de soutenir dans cette épreuve, par votre amitié et votre prière. Ils affectent aussi Don Antoine, don Antonin et le séminariste Thomas ainsi que la communauté paroissiale de la cathédrale et au-delà, notre Église.

Avec vous, je reste plus que jamais déterminé à ne faire preuve d'aucune « omerta » en matière d'abus dans l'église. Rien ne peut être négligé pour aider toute personne se disant victime de violence au sein de l'Église. J'y emploie une bonne partie des énergies de mon ministère, vous le savez bien.

Comment ne pas continuer de prier aussi pour don Régis Evain ? Prions aussi pour la personne plaignante, instrumentalisée par le journal, pour évoquer des tensions internes à l'église qui n'auraient jamais dû exister et qui font honte.

En toutes choses, il s'agit de rester juste et bon, fuyant les caricatures et les polémiques.

Soyez tous assurés de mon dévouement et de ma prière.

+ Mgr Gérard Le Stang Évêque d'Amiens.

Diocèse d'Amiens

Informations complémentaires