Père Jacques Delfosse : avec la médiatisation, les témoignages se multiplient

Par ailleurs, la complicité passive de l'Église fera partie du périmètre des investigations de l'instruction.

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De deux à 25 plaignants grâce à la médiatisation de l'enquête

De deux plaignantes au moment de la parution de l'enquête de Bruno Renoul pour La voix du Nord en Novembre 2025, ce sont maintenant 25 personnes qui sont comptabilisées par la police. Mais compte tenu du parcours et du « système » mis en place par l'aumônier, il est à craindre que le père Jacques Delfosse ait fait de très nombreuses victimes.

Deux plaignantes étaient comptabilisées avant la parution de notre enquête, en novembre 2025, sur le parcours pédocriminel de l'ancien prêtre Jacques Delfosse. Il s'agissait de Claire et Pauline*, deux femmes ayant permis de briser le mur du silence autour de cette affaire. Ce nombre est passé à cinq en décembre, puis à 11 en janvier. Désormais, il est de 25, comme l'a annoncé aux victimes, ce mardi lors d'une réunion à laquelle nous avons pu assister, le procureur de la République de Lille, Samuel Finielz. Au moins sept concernent des faits non prescrits.

Au terme de six mois d'enquête menée par la Section de recherches de Lille, ces 25 plaignant(e)s recensés à ce jour concernent des faits commis de 1966 à 2002. « C'est un parcours criminel qui a duré cinq décennies, avec des faits extrêmement réguliers, sur tout le territoire national », a indiqué Antoine Berthelot, le procureur adjoint de Lille, en charge de l'affaire. Outre la métropole lilloise, les faits concernent l'Ardèche, où ce prêtre avait une résidence secondaire dans le lieu-dit de Gourgouras, où il a emmené des adolescents des années 1970 aux années 1990, mais aussi le Jura, la Haute-Loire, les Alpes et la Suisse, où des camps de vacances ont été organisés. Le magistrat évoque aussi des viols commis à l'institution de la Croix-Blanche, à Bondues, et au collège Saint-Jude d'Armentières, où Jacques Delfosse a encadré des retraites. 430 adolescents ont participé à des camps dans les années 1980

Le parquet pointe du doigt un « système » mis en place par l'aumônier ayant exercé à Villeneuve-d'Ascq, Lille et Roubaix de 1964 à 1993, puis à Nogent-sur-Marne de 1995 à 2000. Antoine Berthelot évoque même le « mode opératoire d'un prédateur ». Avec la « soumission chimique » à laquelle s'est livré ce prêtre, en administrant des médicaments à ses victimes pour les engourdir, et la « force de l'emprise » qu'il avait sur les adolescents qu'il encadrait et leurs familles. Le prêtre est d'ailleurs soupçonné d'avoir parfois violé plusieurs membres d'une même famille : des fratries, ou plusieurs générations successives.

Le parquet juge donc que ce chiffre de 25 est largement en dessous de la réalité. « Il est évident qu'il reste des victimes silencieuses », estime Samuel Finielz. Un chiffre illustre ce sentiment : rien que dans les années 1980, d'après des listings récupérés par la gendarmerie, 75 animateurs et 430 adolescents sont passés par les camps organisés par Jacques Delfosse. Le procureur assure qu'il est encore temps de se signaler à la justice. « Il n'y a pas de honte à être victime, et il n'y a pas de honte à se manifester », insiste-t-il.

La Voix du Nord

La complicité passive de l'Église

Les procès verbaux de l'instruction du procès de 2007 établissent que l'évêque de Lille était au courant. Ce volet de la complicité passive de l'Église fera partie du périmètre des investigations de l'instruction qui sera ouverte dans les jours qui viennent.

En novembre, notre grande enquête sur ce prêtre prédateur avait d'ailleurs mis en évidence la complicité passive de l'Église dans cette affaire. Informés à plusieurs reprises des agissements criminels de l'intéressé, dans les années 1980 et 1990, différents évêques s'étaient contentés de muter le prêtre, sans saisir la justice ni prendre la moindre précaution pour protéger les mineurs qu'il encadrait. Même dans les années 2010, l'évêque de Créteil avait fait preuve d'une incroyable légèreté en autorisant le prêtre à célébrer des offices alors qu'il faisait l'objet d'une interdiction d'exercer.

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Samuel Finielz [Le procureur de la République de Lille] l'a dit, cette question [du rôle de l'entourage] « fera partie du périmètre des investigations de l'instruction » qui sera ouverte dans les jours qui viennent. Il ne semble pas y avoir de « complicité active » dans cette affaire, au sens où personne ne l'a aidé activement à commettre ses crimes. « Ce qui pose question, c'est le rôle de l'entourage, de ceux qui ont été susceptibles d'être au courant, et qui n'ont rien fait », pointe-t-il.

Côté gendarmerie, on note d'ailleurs sur ce « volet important » de l'affaire que « les procès-verbaux de l'instruction du procès de 2007 », au terme duquel Jacques Delfosse n'a écopé que de six mois de prison ferme pour deux viols commis dans les années 1980, « établissent que l'évêque de Lille était au courant ».

La Voix du Nord

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