Témoignage de Claudine Blanchard : à propos de l'emprise et du traitement des victimes dans les tribunaux ecclésiastiques

Un article de Golias revient sur le livre témoignage Un canapé rouge.

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Golias publie cette semaine un article au sujet du livre témoignage de Claudine Blanchard : Un canapé rouge 🡵. L'occasion de revenir sur deux thématiques : l'emprise et le traitement des victimes dans le cadre des procédures canoniques.

L'emprise

Calmement, posément, elle détaille le long processus d'emprisonnement mental qu'elle a subi et dont elle a mis plusieurs années à se libérer. C'est le propre des pervers, - tant hommes que femmes -, d'arriver peu à peu à vous faire faire ce que vous ne voulez pas et de vous piéger de telle façon que vous ne pouvez pas vous en sortir autrement qu'en accomplissant ce qu'ils veulent. Et une fois qu'ils l'ont obtenu, ils vous enferment dans le silence de votre propre culpabilité alors qu'eux-mêmes n'en ressentent aucune.

Le commun des mortels n'arrive pas à concevoir la perversion. Leur première réaction est de ne pas croire ce qu'une victime dévoile : « Mais non, vous exagérez ! » On confond ensuite la perversion avec la faute : « Mais oui, c'est une chute et si ça s'est produit, c'est bien parce que vous y avez pris votre part. » Voilà pourquoi les victimes ne parlent pas. Ce qu'elles ont vécu est trop cru pour être cru.

On reconnaît sans peine à la lecture les phases du logiciel d'un pervers : la fascination, le recul des limites, la reprogrammation. La psychologie a identifié ces trois étapes.

Un pervers commence toujours par vous fasciner et quand vous avez mordu à l'hameçon, il fait reculer les limites. Un jour la froideur, un autre jour la chaleur. Quand il vous bat froid, vous vous demandez ce que vous avez bien pu lui faire pour qu'il se comporte ainsi. Il en profite alors pour accroître votre sentiment de fausse culpabilité dans laquelle il compte bien vous enfermer. La fois suivante, il est tout sourire et tout sucre si bien que vous vous rassurez. Et il continue jusqu'à ce que vous soyez prêt. Il est alors libre pour vous reprogrammer mentalement. Le piège se referme.

Vous êtes devenu dépendant et vous ne pourrez plus parler. Le prédateur a désormais le champ libre pour agir comme il l'entend, c'est-à-dire le viol dans le cas de Claudine. De bout en bout c'est un processus criminel qui est patiemment mi en place. La proie est consommée avant d'être jetée (puisque c'est une chose).

Golias

La justice canonique

La lettre que Claudine envoyait aux évêques pour leur révéler ce dont elle était victime mérite d'être citée. Elle en dit long sur les blocages institutionnels et sur la façon dont les victimes sont traitées dans les officialités :

Excellence,

Je souhaite vous décrire ce que j'ai vécu pour que vous puissiez vous rendre compte. Après deux ans d'attente, pleine d'espérance dans cette enquête canonique enfin ouverte, j'ai dû traverser toute la France pour rejoindre l'abbé X [afin d'être interrogée].

J'étais accompagnée par deux amies qui n'ont pas eu le droit d'assister à l'audition. J'ai ainsi dû parler de faits extrêmement douloureux à deux prêtres inconnus, sans pouvoir avoir le soutien de mes proches.

Être interrogée pendant trois heures et quinze minutes sans pause, selon un questionnaire préétabli qui visiblement était davantage conçu pour vérifier ma santé mentale que pour recevoir ma plainte ; devoir signer un compte rendu rédigé sur le vif en mon nom propre, sans avoir la possibilité de le relire à tête reposée ; rentrer chez moi par mes propres moyens : cette audition m'a coûté très cher, physiquement, mentalement, financièrement.

J'ai eu le sentiment d'être moi-même l'accusée, ce qui m'a été très douloureux.

Après plusieurs arrêts de travail, j'ai dû abandonner mon poste. Aujourd'hui, […] vous comprendrez que ma confiance dans les institutions ecclésiales a été quelque peu abîmée.

Golias

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