Père Patrice Dillon : appel à témoignages des jésuites

Un premier pas bienvenu, même si le collectif de victimes réclame la publication de tous les noms des religieux reconnus coupables.

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Père Patrice Dillon (1) Compagnie de Jésus (30) Père Louis Mouren (10) Père René Bernard (2) Père Louis Christiaens (3) Père Henri Collard (1) Père Léopold Derbaix (2) Père Jules Francken (3) Père Louis Dubuffet (2) Père Yves Cheminan (3)

Appel à témoignages des jésuites

La cellule Écoute et prévention des abus de la Province jésuite d'Europe occidentale francophone (EOF) a reçu, en 2019 puis en 2024, les témoignages de deux personnes, aujourd'hui adultes, faisant état de faits graves survenus durant leur enfance. Ces témoignages évoquent des agressions sexuelles sur mineur (garçon) et un viol sur mineure (fille), lors de colonies de vacances dans les Landes :

  • au Vieux-Boucau/Tuc de Maa, dans les années 1970
  • à Moliets, au début des années 1980

Ces faits concernent le jésuite Patrice DILLON.

À la suite d'un travail de reconnaissance et d'accompagnement mené avec la Commission reconnaissance et réparation (CRR), la petite fille victime, aujourd'hui devenue une femme, a souhaité cette démarche comme réparation symbolique. Par cette parole, elle souhaite contribuer à faire émerger d'éventuels autres témoignages et permettre à chacun de se sentir légitime pour parler.

Patrice Dillon (1911–2002), prêtre de la Compagnie de Jésus ordonné en 1940 (province de Toulouse), a exercé une grande partie de son ministère auprès de jeunes, notamment comme aumônier et préfet des études dans les établissements scolaires jésuites de Toulouse.

Aujourd'hui, la Province jésuite souhaite permettre à toute personne qui aurait été victime ou témoin de faits similaires de pouvoir s'exprimer. Si vous avez été concerné(e), directement ou indirectement, vous pouvez prendre contact avec la cellule Écoute et prévention. Votre parole sera accueillie avec attention, confidentialité et respect.

Se manifester, même de nombreuses années après les faits, est possible et peut être une étape importante.

Compagnie de Jésus

Message du Collectif des victimes d'abus sexuels par des prêtres jésuites (covijes)

Ce jour, la Compagnie de Jésus d'Europe Occidentale Francophone met en ligne sur son site un appel à témoignages concernant Patrice Dillon, jésuite décédé en 2002, mis en cause par deux personnes dont les témoignages, reçus en 2019 puis en 2024, relatent des faits d'agressions sexuelles et de viol commis durant leur enfance, lors de colonies de vacances dans les Landes.

Lorsqu'elle subit le viol, la petite fille a 6 ans et demi. Son témoignage très fort, bouleversant, publié dans le recueil Des profondeurs, je crie… Paroles de survivants, sur le site jésuite, est disponible ici.

« Chers Pères, vous qui représentez la communauté jésuite, je vous demande maintenant d'ouvrir les yeux sur le cadavre de cette petite fille qui gît devant vous. Et surtout, SURTOUT, ne lui dites pas que vous priez pour elle. » Paroles de survivante lors de la journée mémorielle du 1er mars 2025.

Patrice Dillon est l'un des 7 jésuites agresseurs pour lesquels nous avons demandé la publication d'un appel à témoignage nominatif, le 31 mai dernier (Lettre ouverte à Thierry Dobbelstein, Provincial des jésuites d'Europe Occidentale Francophone).

Patrice Dillon sj, décédé en 2002, a pu commettre d'autres agressions.

Nous joindre :

Collectif des victimes d'abus sexuels par des prêtres jésuites

Lettre ouverte du Collectif des victimes d'abus sexuels par des prêtres jésuites (covijes) à Thierry Dobbelstein, Provincial des jésuites EOF

Lettre ouverte à Thierry Dobbelstein, Provincial des jésuites EOF

M. Le Provincial,

Grégoire Le Bel, votre assistant, a bien voulu répondre, en votre nom, à la lettre ouverte que je vous ai personnellement adressée, le 31 mai dernier. Je vous demandais de lancer des appels à témoin concernant 7 jésuites agresseurs nommés par leurs victimes lors de la journée mémorielle du 1er mars 2025 ainsi que dans leurs témoignages publiés dans le recueil « Des profondeurs, je crie… Paroles de survivants ».

Avant-hier, a été mis en ligne sur votre site un appel concernant l'un d'eux, Patrice Dillon, cité dans le recueil, ce qui va dans le sens de ma demande. Il s'agit du deuxième appel, en cours de validation, dont vous aviez annoncé la prochaine publication. Pour faire valoir la poursuite de votre travail, vous m'informiez que 2 autres seront étudiés à la prochaine séance de la commission que vous tenez 3 fois par an. Ce qui amènera potentiellement à 10 appels à témoignages à moyen terme sur votre site. Sauf votre respect, au rythme de 2 dossiers par séance, trois fois par an, il vous faudra pas moins de 23 ans pour examiner, et valider ou pas, ceux des 143 jésuites restants qui se sont rendus coupables d'agression (psychique, spirituelle, morale, physique ou sexuelle) !

Votre page « Lutte contre les abus sexuels : où en sont les jésuites ? » – qui n'est plus mise à jour depuis le 15 novembre 2024 – fait état que 234 témoignages vous ont permis d'identifier 153 jésuites mis en cause pour agression (psychique, spirituelle, morale, physique ou sexuelle), dont 129 pour agressions sexuelles ; que 20 jésuites concernés sont vivants. (16 en France et 4 en Belgique). Plus d'un an et demi après, où en êtes-vous sur le nombre des jésuites identifiés ?

A l'issue de la journée mémorielle, vous vous êtes exprimé sur le sujet de la publication des noms des jésuites incriminés : "… jusqu'à présent, nous avons dit, quand les personnes victimes nous disaient « publier le nom de mon agresseur », on disait « nous attendons que vous-mêmes vous rendiez ce nom public ». Nous n'allons pas le renier, alors à partir du moment où vous avez fait le pas, ben oui, nous publierons à notre tour ce nom. Aujourd'hui, bah, y'a un certain nombre de noms qui ont, ici, été publiés, et donc, la balle est dans notre camp…".

Depuis, le camp d'en face n'a pu que constater la prouesse avec laquelle vous la jouez « perso » ; avec laquelle, en édictant vos propres règles, vous le maintenez hors du jeu ; avec laquelle, arguant de contraintes juridiques et canoniques, vous jouez la montre et gagnez du temps, celui restant des victimes qui s'éteignent… Ce qui laisse fort à penser, cramponnés à votre pré carré, que la protection de votre famille et de vos intérêts prime avant vos engagements publics de transparence, de faire la lumière sur les exactions commises dans le passé, d'accompagner les victimes blessées dans leur dignité et les encourager à briser le silence.

Quid de votre ferme résolution de faire la lumière sur les exactions commises dans le passé ? (Newsletter des jésuites n° 92 – 17/03/2023, qui, sauf erreur, n'est plus mise à disposition sur le net.). Quid de votre détermination à regarder en face les pages sombres de votre passé, d'aider et encourager les victimes à briser le silence ? (Communiqué de presse du 3 juillet 2019).

Dans le respect des règles édictées par la Province ?

Des règles obscures dont vous ne divulguez pas la teneur malgré des réclamations répétées. Ayez le courage de les rendre publiques. Et comment comptez-vous Continuer à co-construire ensemble sans les victimes, en écartant celles qui vous aiguillonnent, et même si ce n'est pas très agréable, vous encourage[nt] à ne pas arrêter mais à poursuivre le travail ?

Dans le respect des demandes des personnes victimes ?

Maintenant, à vous lire, pour que le nom du jésuite agresseur puisse faire l'objet d'un appel à témoin de votre part, il revient à la victime d'en faire la demande. Autrement dit, pas d'appel si pas de demande. Comment une victime pourrait faire cette demande si elle ignore, si ne lui est pas soumis, qu'elle a la possibilité de la faire ?

Vous ne pouvez pas vous décharger ainsi sur la victime. Institution responsable de ses membres et de leurs actes, il vous appartient de lancer un appel à témoin dès lors que vous avez admis le témoignage de la victime et identifié son agresseur, mort ou vivant. Et il ne suffit pas de le publier confidentiellement sur votre site mais de communiquer largement dans les médias pour aider à la recherche de la vérité et encourager d'autres victimes potentielles à se déclarer.

Les médias libèrent la parole, peut-on lire dans l'article " Qu'est-ce qui aide les victimes d'abus dans l'Église à sortir du silence ? " rédigé par Mélanie Niemiec – RCF, le 12 mars 2026. L'INIRR, et la CRR avec laquelle vous travaillez de concert, reconnaissent l'importance capitale de la médiatisation :

« En 2025, l'INIR a enregistré une augmentation de 60% des demandes de réparation, souvent déclenchée par la médiatisation des cas. Cette exposition médiatique joue un rôle crucial dans la « réactivation de la parole des victimes », facilitant l'identification et le témoignage dans des affaires longtemps gardées secrètes. Maylis Kappelhoff-Lançon quant à elle, affirme que les médias sont des « alliés essentiels » pour encourager les victimes à se manifester. En effet, l'impact des témoignages publics, qu'ils proviennent de figures connues ou de divulgations concernant des congrégations, incite d'autres victimes à partager leur histoire et à chercher réparation. La reconnaissance publique stimule un « effet domino » où l'identification à des récits similaires encourage d'autres victimes à briser le silence. »

***

Pour la publication des textes partagés lors de la journée mémorielle du 1er mars 2025, vous avez sollicité le consentement des victimes, en soumettant à signature pour accord, votre version word anonymisée de leurs textes, en vous gardant de porter à leur attention la possibilité de nommer ou pas le jésuite agresseur. J'ai personnellement dû insister pour que mon texte, lu le 1er mars, soit reproduit in extenso avec mon nom, celui de mon agresseur, Louis Mouren, et celui de son successeur, René Bernard, agresseur lui aussi. Cela explique certainement pourquoi certains noms cités lors de la journée mémorielle ne le sont pas dans le recueil…

Dans le recueil, la question de la publication du nom de l'agresseur est clairement soulevée :

  • La survivante du témoignage n° 19, victime de Louis Christiaens, ne comprend pas qu'il puisse y avoir un tel écart entre ce qui est officiellement annoncé sur la lutte contre les abus et ce qui fut nommé « trou dans la raquette ». Elle s'interroge et ses questions (sa demande) devraient vous interpeller :

« Comment permettre de nouveaux témoignages d'abus, d'emprise ou de crime s'il n'y a pas publication des noms des religieux reconnus coupables ?

D'où vient cette gêne (voire ces silences ou ces dénis) que j'ai pu percevoir chez certains jésuites lorsque ces questions sont abordées ? »

Suite à sa réclamation, pour réparer le « trou dans la raquette », 3 ans et demi après son témoignage initial, un entrefilet discret est ajouté dans la notice nécrologique du jésuite, sur votre site, signifiant brièvement les faits, sans aucune autre communication (Newsletter ? Echos jésuites ?), ni appel à témoin franc sur la page dédiée de votre site. Ne conviendrait-il pas de réparer cet autre trou dans la raquette ?

  • Témoignage n° 20 de Jean-Marc Turine, victime de Henri Collard, Léopold Derbaix, Jules Francken, Alfred Marie Laurent

« Nous venons d'entendre Jean-Marc Turine, il a parlé de son livre, si vous lisez son livre vous verrez que il ne nomme pas ses agresseurs, il se contente d'initiales. Aujourd'hui, il a cité les quatre noms, et bien, ça, fatalement, c'est un chantier incroyable pour nous. »

Aujourd'hui, sur votre page « Abus et violences sexuelles : appel à témoignages », deux appels concernent deux des quatre agresseurs de Jean-Marc Turine : Henri Collard et Jules Francken. Ne conviendrait-il pas d'y ajouter ses 2 autres agresseurs, Léopold Derbaix et Alfred Marie Laurent ?

  • Témoignagne n° 2 : Comme déjà dit, j'ai dû insisté pour que mon texte, tel que lu le 1er mars, soit reproduit in extenso avec mon nom, celui de mon agresseur, Louis Mouren, fondateur de l'association Les Liens brisé, et celui de son successeur, René Bernard.

René Bernard, le bien nommé dans vos archives de Vanves, décédé en 2011, le mystérieux « jésuite directeur de l'association les liens brisés de 1985 à 1998, aujourd'hui décédé » dans votre appel Les liens brisés #2. On apprend qu'il est « suspecté de s'être rendu coupable d'agressions sexuelles sur des jeunes femmes accueillies par l'association (attentat à la pudeur et attouchement sous prétexte de massages thérapeutiques et de soins gynécologiques). Ces faits auraient eu lieu dans un appartement appartenant à l'association situé 42 rue Notre-Dame de Lorette à Paris. Que « En 1998, des bénévoles ont reçu un témoignage d'une jeune femme accueillie par l'association et ont alerté le Provincial des jésuites qui a décidé de relever de ses fonctions au sein de l'association le jésuite concerné. »

J'ai pu rencontrer trois de ces bénévoles. Jeunes et très choqués à l'époque, ils m'ont confirmé avoir de suite alerté Eric de Langsdorff et Jacques Guinard. La réaction primaire de ces dirigeants fut d'appeler au calme et de faire pression pour ne pas ébruiter l'affaire au dehors. René Bernard, lui, n'aurait eu d'autres recours que de minimiser « ce n'est pas grave », et prétendre « j'ai des compétences médicales »…

Après le départ, sans bruit, du jésuite, Éric de Langsdorff, présent depuis 2 mois dans l'association, fait état, lors de l'AG de l'association du 14 mai 1998, « de la difficulté à répondre aux attentes des jeunes et à faire face à l'urgence de certaines situations…. Il insiste sur l'optique éducative dans laquelle il entend se situer, alliant bienveillance et fermeté… Et concernant les accompagnateurs, constate qu'il y a beaucoup de départs pour des raisons personnelles. Or, il y a un vrai besoin et nécessité d'une équipe soudée, unie par l'amitié et la spiritualité. »

Ces bénévoles d'un collectif de 10 membres ont témoigné en présentiel auprès de votre cellule. Invité à participer, Eric de Langsdorff, dernier directeur des Liens brisés, responsable au moment des faits, n'a semble-t-il pas appuyé la parole des témoins de l'époque, l'âge et la mémoire étant la cause avancée. En février dernier, votre cellule s'est encore entretenue avec l'un d'eux sur ce sujet.

Victime de Mouren et de ses Liens brisés, je suis directement concerné et recherche la vérité sur ce qu'il s'est passé au sein de cette association pendant près de 60 ans, de 1954 à 2013. La consultation des archives de Vanves m'a permis de comprendre la longue dérive de l'association, après le décès de Mouren, jusqu'à sa dissolution, le rôle de la Compagnie dans les tractations pour la dissoudre et bénéficier de la moitié de ses actifs (1 049 793,13 euros versés à la Fondation jésuite de Montcheuil, fin 2013).

Le temps presse pour les victimes survivantes. J'ai retrouvé la trace d'un garçon des Liens brisés. On l'aperçoit dans le film de Jacques Maillot. Il est décédé à l'âge de 60 ans. Son frère jumeau est décédé à l'âge de 27 ans. Son frère aîné (79 ans) est passé dans vos établissement à La Joliverie (Nantes), à Saint-Nicolas d'Issy-les-Moulineaux. Deux établissements dans lesquels Mouren plaçait « ses protégés », où des affaires d'agressions sexuelles ont été révélées. Tous les quatre, nous avons été prédatés dans l'orphelinat de Saint-Germain-en-Laye où il venait faire son marché..

Victime concernée, je vous fais cette demande aujourd'hui de remplacer, dans l'appel à témoignage Les Liens brisés #2 : « Le jésuite directeur de l'association les liens brisés de 1985 à 1998, aujourd'hui décédé » par : « Le jésuite directeur de l'association les liens brisés de 1985 à 1998, René Bernard, décédé en 2011 ».

Et vous renouvelle celle de publier sur la page dédiée de votre site, des appels à témoin concernant les 5 autres agresseurs nommés dans le recueil : Louis Christiaens, Léopold Derbaix, Alfred Marie Laurent, Louis Dubuffet, Yves Cheminan.

Avec mes cordiales et respectueuses salutations,

Roland TRAN VAN, Collectif des victimes d'agressions sexuelles de jésuites, 25 juin 2026.

Collectif des victimes d'abus sexuels par des prêtres jésuites

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