Likès de Quimper: le collectif de victimes veut rompre avec des décennies de silence

Le collectif interroge notamment la responsabilité de Jean-René Gentric au sujet du frère Roudaut, surveillant de dortoir à la réputation « notoire ».

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L'école Sainte-Marie à Quimper, dite le Likès est un établissement géré par les frères des écoles chrétiennes (Lasalliens). Un collectif de victimes accuse la congrégation d'avoir couvert pendant des décennies des violences et agressions sexuelles sur des enfants.

Les membres à l'origines du collectif accusent tous le frère Lucien Roudaut. Surveillant de dortoir et professeur de travaux manuels, surnommé « Belou », il aurait commis viols et agressions sexuelles la nuit, ainsi que des attouchements pendant ses cours. Sa réputation aurait été notoire parmi élèves et personnels. Il aurait néanmoins été maintenu à son poste de 1960 à 1989, avant une affectation au Cameroun. Il est mort en 2020 dans une maison de retraite lasallienne près de Vannes. Le collectif évoque aussi des témoignages visant un autre membre de la congrégation toujours vivant, ainsi que d'anciens professeurs laïcs.

Le collectif dénonce l'omerta au sein de la congrégation. Il pointe notamment la passivité du frère Jean-René Gentric, ancien directeur du Likès devenu « visiteur provincial », qui ne pouvait ignorer ce qui était notoire parmi élèves et personnels, selon le collectif.

Au delà des responsabilités individuelles, c'est tout un système qui est mis en cause par le collectif. Système qui continue d'être maltraitant pour les victimes, comme le dénonce ce qui est décrit par ce communiqué.

COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Quimper, le 24 juin 2026

Scandale des violences et crimes sexuels au Likès, à Quimper

Le collectif des victimes de violences et agressions sexuelles au Likès rend public ce communiqué dans un objectif de vérité et de protection. Sa démarche poursuit trois buts : informer sur des faits d'une particulière gravité, permettre à d'autres victimes restées silencieuses de se reconnaître et de témoigner, et obtenir la reconnaissance pleine et entière des responsabilités. Elle ne vise pas à porter atteinte à l'honneur de quiconque, mais à rompre un silence de plusieurs décennies et à contribuer au débat d'intérêt général ouvert par le rapport Sauvé sur les violences commises au sein de l'Église.

Géré par les Frères des Écoles chrétiennes, le Likès appartient au réseau des établissements lasalliens, dont plusieurs autres sont également mis en cause pour des faits de même nature. Des années durant, de nombreuses violences, agressions sexuelles et viols ont été commis sur des enfants au Likès, à Quimper.

Le collectif des victimes de violences et agressions sexuelles au Likès

C'est à la faveur du premier témoignage d'une victime, publié dans un grand quotidien régional, que cinq anciens élèves se sont rencontrés pour la première fois en juillet 2025. Entre la fin des années 1960 et les années 1970, tous ont été victimes de violences, d'agressions sexuelles ou de viols qu'ils imputent au Frère Lucien Roudaut — surnommé « Belou » —, surveillant de dortoir et professeur de travaux manuels.

Constatant le silence de la congrégation sur ces faits, le collectif des victimes de violences et agressions sexuelles au Likès s'est constitué en janvier 2026. Ses objectifs principaux sont d'accueillir, d'accompagner et de permettre la libération de la parole des victimes — qui pour la plupart ont gardé le silence durant des décennies —, ainsi que d'obtenir la pleine reconnaissance des faits par la congrégation des Frères des Écoles chrétiennes (Lasalliens).

À ce jour, le collectif a formellement identifié 18 victimes, auxquelles s'ajoutent plusieurs autres témoignages. Deux familles ont rejoint le collectif en tant que victimes collatérales : leur fils, frère ou époux, internes au Likès, ont mis fin à leurs jours.

Ces témoignages, recueillis en quelques semaines, ne représentent qu'une part des générations d'enfants marqués par la violence au Likès. Pour comprendre la longévité de ce silence, il faut détailler les mécanismes systémiques qui ont neutralisé toute velléité de résistance chez ces enfants, aujourd'hui adultes.

Ces victimes déchirent enfin le voile de l'omerta institutionnelle : l'enquête du collectif met en évidence une impunité durable.

Sept victimes du collectif ont engagé une démarche auprès de la Commission de Reconnaissance et de Réparation (CRR). Plusieurs sont reconnues comme victimes ou en attente de l'être. Une victime indique avoir signé un protocole d'indemnisation assorti d'une clause de confidentialité ; d'autres s'y refusent.

Crimes et impunité

Selon les témoignages concordants recueillis par le collectif, le Frère Lucien Roudaut était fréquemment violent, verbalement et physiquement, envers les enfants.

Le Frère Lucien Roudaut était surveillant de dortoir ; une fois les lumières éteintes, il sortait un enfant du lit pour l'emmener dans sa chambre ou dans les lavabos, lui infligeant agressions et viols dans un contexte de menaces et de chantage. Durant ses cours de travaux manuels, de nombreux élèves ont également subi ses attouchements.

D'après ces mêmes témoignages, sa réputation était notoire parmi les élèves comme parmi les personnels enseignants. Lucien Roudaut animait par ailleurs, chaque été, diverses colonies de vacances (Arreau, Penmarc'h, Arradon…), au contact d'enfants.

Malgré cette réputation et le courage de quelques élèves qui s'étaient plaints à l'époque, la direction du Likès et les responsables lasalliens l'ont maintenu en poste, au contact des enfants, de 1960 à 1989 — soit près de trente ans. Au début des années 1990, il a été affecté au Cameroun, où il est resté en contact avec des enfants. Il est décédé en 2020, à la maison de retraite des Lasalliens près de Vannes.

Le collectif a par ailleurs recueilli des témoignages mettant en cause un autre membre de la congrégation, toujours vivant. Ces éléments font l'objet d'un examen approfondi et seront, le cas échéant, portés à la connaissance des autorités compétentes.

Plusieurs anciens élèves font également état d'agressions sexuelles qui auraient été commises par des professeurs laïcs du Likès ; des recherches complémentaires sont en cours.

Aujourd'hui : la faillite éthique du Likès et de la congrégation lasallienne

Pour violer un enfant, il faut un violeur, et aussi des gens qui se taisent.

— Romain Lemire

Le Frère Jean-René Gentric a effectué au Likès la majeure partie de sa carrière, d'abord comme surveillant, puis professeur, et enfin directeur de l'établissement. Depuis huit ans, il exerce la fonction de « visiteur provincial », c'est-à-dire de responsable de la congrégation pour la France et l'Europe francophone. Tous les membres du collectif comme nombre d'anciens élèves ont côtoyé au Likès le Frère Jean-René Gentric.

Au regard de la longue présence du Frère Gentric au Likès, dans les mêmes années et le même établissement que Lucien Roudaut — dont la réputation était, selon de nombreux témoignages, notoire parmi les élèves et les personnels —, le collectif s'interroge légitimement : comment de tels faits ont-ils pu se prolonger aussi longtemps sans que la hiérarchie de l'époque n'intervienne ? Pour le collectif, l'obstination de la congrégation à minimiser ces faits, plutôt qu'à les reconnaître et à en établir la chaîne des responsabilités, est aussi incompréhensible qu'intolérable.

Le collectif déplore qu'à ce jour aucune parole de reconnaissance n'émane de la congrégation, et dénonce une stratégie qu'il qualifie d'omerta sur les faits survenus au Likès comme dans d'autres établissements lasalliens — un collectif national s'est d'ailleurs constitué pour fédérer l'ensemble des victimes.

La congrégation met en avant la création d'une « cellule d'écoute » des victimes. Pour le collectif, cette structure s'apparente toutefois davantage à un dispositif de recueil et d'instruction qu'à un véritable accompagnement, laissant une trace amère supplémentaire chez les victimes. L'une d'elles, ayant eu le courage de parler, indique avoir été qualifiée de menteur.

Le collectif estime que l'institution cherche à diluer sa responsabilité et à contenir les témoignages. La congrégation s'est retirée des procédures de la CRR — seule instance de justice restaurative indépendante ouverte aux victimes, créée en 2022 à la suite du rapport Sauvé — pour privilégier le recueil de la parole au sein de sa cellule interne. Le collectif dénonce une démarche qui, selon lui, conditionne une éventuelle reconnaissance à la signature d'une clause de silence, détournant l'esprit d'une réparation pensée pour la reconstruction des victimes. Il qualifie cette stratégie de victimisation secondaire.

Le collectif relève enfin que la congrégation communique principalement avec les collectifs de victimes par l'intermédiaire de ses avocats, sur un mode de confrontation.

Le silence des institutions responsables et hiérarchiques

Le collectif des victimes de violences et agressions sexuelles au Likès déplore le silence, voire l'indifférence, de plusieurs responsables liés à l'établissement. Au premier chef, le Frère Jean-René Gentric, visiteur provincial des Lasalliens.

Le collectif a également sollicité un entretien avec M. Xavier Moënner, actuel directeur du Likès. À ce jour, et en dépit de plusieurs relances, cette demande est restée sans réponse — un silence que les victimes vivent comme une marque de mépris.

Le collectif a par ailleurs sollicité un entretien avec Monseigneur Dognin, évêque de Quimper, afin que les victimes puissent s'exprimer devant le représentant de l'Église pour le Finistère. À ce jour, l'évêque n'a pas accédé à cette demande et conditionne un éventuel entretien à la teneur de la rencontre prévue le 24 juin avec le directeur diocésain de l'enseignement catholique du Finistère.

L'évêché indique habituellement que le Likès, établissement lasallien, ne relève pas du diocèse. Le collectif observe toutefois qu'un établissement catholique du diocèse ne saurait en être étranger, et rappelle que les aumôniers du Likès ont toujours été des prêtres diocésains nommés par l'évêque de Quimper.

Un rendez-vous est finalement fixé le 24 juin 2026 avec M. Christophe Geffard, directeur diocésain de l'enseignement catholique du Finistère.

Nos exigences

Le collectif demande formellement :

  • la reconnaissance sans réserve de la responsabilité institutionnelle de la congrégation pour l'ensemble des sévices, physiques et sexuels ;
  • un appel à témoignages, par les Lasalliens, le Likès et l'évêque de Quimper, pour briser l'isolement des victimes ;
  • la suppression immédiate des clauses de confidentialité imposées dans les protocoles de réparation, et le recours à une instance indépendante pour traiter les recours des victimes ;
  • l'ouverture complète des archives des Lasalliens et du diocèse de Quimper, afin d'identifier la chaîne des responsabilités hiérarchiques ;
  • une cérémonie officielle et publique de reconnaissance au Likès ;
  • la pose, au Likès, d'une plaque en mémoire des victimes.

Lors de sa visite officielle en Espagne, en juin 2026, le pape Léon XIV a qualifié les violences sexuelles dans l'Église de « plaie toujours ouverte » et a exhorté l'institution à répondre par « la vérité, la justice et la réparation ». Le collectif ne peut que s'interroger sur l'écart entre cette parole et l'attitude de certains responsables.

Contacts

Le collectif invite les victimes de violences physiques, psychologiques ou sexuelles subies au sein du Likès à témoigner et, si elles le souhaitent, à le rejoindre pour briser l'isolement et soutenir son action :
contact_victimes.likes@yahoo.com

L'association MVR Mémoire Vérité Reconnaissance pour les victimes des lasalliens regroupe plus de 270 victimes, réparties dans toute la France, dans une cinquantaine d'établissements lasalliens :
https://asso-mvr.fr/

AMPASEO Association pour la Mémoire et la Prévention des Abus Sexuels dans l'Église catholique de l'Ouest :
https://ampaseoasso.blogspot.com

Contact Presse

+ 33 6 22 37 32 82
contact_victimes.likes@yahoo.com

— Collectif des victimes de violences et agressions sexuelles au Likès

Informations complémentaires