Daniel Marguerat : les Églises réformées suspendent toute collaboration publique ou institutionnelle avec lui
Alors que le bibiliste reste présumé innocent, ces mesures conservatoires sont prévues pour un an.
Réunis en assemblée générale, lundi 22 juin 2026, les délégués des Églises réformées ont ainsi demandé à leurs paroisses et autres instances de ne plus « solliciter » Daniel Marguerat et de suspendre toute « collaboration publique ou institutionnelle » avec lui, indique un communiqué de presse. Il est en outre demandé au théologien de renoncer lui-même aux activités liées à son statut de pasteur ou de professeur dans le cadre de ces églises. Des mesures conservatoires prévues pour un an, renouvelables selon l'évolution du dossier judiciaire.
Ces mesures ne sont « pas une condamnation anticipée », commente Yves Bourquin, vice-président de la CER, mais visent à « permettre la sérénité nécessaire au traitement du dossier, à manifester la responsabilité des Églises face aux légitimes interrogations exprimées dans l'espace public et à préserver la confiance indispensable à l'exercice du ministère pastoral ». Le secret entourant cette affaire et la lenteur des institutions avait nourri un malaise croissant au sein des Églises romandes.
— La Croix
Informations complémentaires
Daniel Marguerat
Daniel Marguerat est pasteur, exégète et bibliste suisse, professeur émérite à la faculté de théologie de l'université de Lausanne où il a enseigné le Nouveau Testament de 1984 à 2008. Il est une personnalité publique, reconnue dans le monde entier pour ses talents de vulgarisation et ses livres sur la vie de Jésus et de saint Paul : Il a publié les deux best sellers Vie et destin de Jésus de Nazareth (2019) et Paul de Tarse, l'enfant terrible du christianisme (2023).
Dates clé
- 1943 Naissance 🡵
- 1984-2008 Il enseigne le Nouveau Testament à l'université de Lausanne 🡵
- 1997 Une étudiante de théologie aurait aurait déposé un signalement our violences sexuelles auprès d'un service dédié de l'Unil 🡵
- 1999 Des étudiants constituent un dossier dans lequel il est fait état d’« au mois trois personnes, dont un étudiant embrassé par Daniel Marguerat à l'occasion d'une convocation dans son bureau. » 🡵
- 2012 Une doctorante de Daniel Marguerat remet un dossier d'une trentaine de pages décrivant « des discriminations de toutes sortes, subies par une dizaine de femmes de la faculté de théologie » 🡵
- 2024 Le journal Le Temps, dans une enquête menée par deux journalistes de l'agence d'actualité protestante Protestinfo, révèle qu’« un professeur de la faculté de théologie de l'université de Lausanne, connu pour ses ouvrages de vulgarisation » était soupçonné de « violences sexuelles » sur des étudiantes à la fin des années 1990. S'il n'était pas explicitement nommé, l'identité de Daniel Marguerat faisait peu de doute 🡵. Les deux journalistes ont été licenciés peu après une visite présumée de Marguerat dans les locaux de l'agence — un départ officiellement justifié par une divergence éditoriale 🡵
- 2026
- Le magazine Le Cri publie « Daniel Marguerat, l'enquête impossible », et révèle ainsi publiquement le nom de la personne mise en cause 🡵
- Les délégués des Églises réformées ont demandé à leurs paroisses et autres instances de ne plus « solliciter » Daniel Marguerat et de suspendre toute « collaboration publique ou institutionnelle » avec lui, indique un communiqué de presse. Il est en outre demandé au théologien de renoncer lui-même aux activités liées à son statut de pasteur ou de professeur dans le cadre de ces églises. Des mesures conservatoires prévues pour un an, renouvelables selon l'évolution du dossier judiciaire 🡵
Le théologien, présumé innocent, reconnaît certains gestes mais en conteste la qualification (il parle de gestes « considérés comme trop familiers entre un professeur et une étudiante »). Il qualifie d'autres accusations de « calomnies » et de « mensonges absolus ».
Qui aurait du agir ?
La difficulté à démêler les nœuds de cette histoire et à prendre des mesures réside en partie dans la complexe identification des institutions responsables. « Dans cette affaire, tout le monde se dit qu'il n'a pas le bon bout pour agir », commente une observatrice. À l'époque des signalements, les institutions suisses sont particulièrement intriquées : les professeurs honoraires sont par exemple nommés par l'État de Vaud et les pasteurs ont un statut proche de la fonction publique jusqu'en 2007. « L'université, l'État et l'Église portent chacun une part de responsabilité. En définitive, on a une figure qui a circulé entre les trois institutions et qui en est devenue intouchable », analyse la même observatrice.
— Le Cri