Ciivise : le bilan de mise en œuvre des 82 recommandations
« Si des avancées sont à saluer, la CIIVISE ne peut se satisfaire de ces résultats ».
Introduction de la Ciivise
Le 15 juin 2026, la CIIVISE a remis aux ministres Gérald Darmanin et Stéphanie Rist son bilan de mise en œuvre des 82 préconisations formulées en novembre 2023.
Les chiffres rappelés restent insupportables : 160 000 enfants victimes chaque année, un enfant victime d'un viol ou d'une agression sexuelle toutes les 3 minutes, 1 % seulement des agresseurs condamnés dans les cas d'inceste.
Si des avancées sont à saluer, la CIIVISE ne peut se satisfaire de ces résultats. Le traitement judiciaire et la réparation pour les victimes demeurent les angles morts de la politique publique. La question de l'inceste comme infraction spécifique reste sans réponse. Et parmi les 17 mesures prioritaires identifiées en février 2025, 3 seulement sont pleinement effectives.
— Ciivise
Communique de la Ciivise
Paris, le 15 juin 2026
Communiqué de presseBilan de la mise en œuvre des 82 recommandations de la CIIVISE : la Commission demande au Gouvernement de passer à la vitesse supérieure particulièrement sur le volet judiciaire
Deux ans et demi après la remise de son rapport fondateur « Violences sexuelles faites aux enfants : on vous croit », la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) publie ce jour son bilan d'étape. Ce document, remis officiellement ce même jour au Garde des sceaux, Gérald Darmanin, et à Stéphanie RIST, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées et évalue l'intégration par le Gouvernement des 82 préconisations formulées en novembre 2023 pour transformer et rendre enfin efficace la lutte contre l'inceste et les violences sexuelles sur mineurs.
Un bilan quantitatif contrasté
Si plusieurs recommandations sont intégrées à des plans nationaux plus larges, leur origine « ciivisienne » est rarement valorisée dans la communication officielle. Sur les 82 recommandations émises par la Commission, 62 mesures (soit 75 %) font aujourd'hui l'objet d'une mise en œuvre effective ou d'une montée en charge.
Si la CIIVISE salue une volonté gouvernementale manifeste, elle nuance toutefois ces résultats :
- Le taux de mesures pleinement effectives demeure insatisfaisant : 28% soit seulement 23 préconisations réellement mises en œuvre en plus de 2 ans.
- Concernant les 17 mesures identifiées comme prioritaires dans son rapport de février 2025, seules 3 sont à ce jour totalement opérationnelles.
Avancées significatives : Repérage et Prévention
Les efforts de l'État se sont principalement concentrés sur les piliers du repérage et de la prévention, avec des taux de réalisation (totale ou partielle) dépassant les 90 %.
- Santé et École : Le renforcement des moyens de la santé scolaire et le contrôle accru des établissements accueillant des mineurs sont effectifs. L'évolution du carnet de santé intègre désormais des indications relatives à la prévention des violences.
- Sécurité et Enquête : La spécialisation des enquêteurs progresse même si leur nombre reste largement insuffisant ; l'usage du protocole d'audition NICHD augmente ; la spécialisation des dispositifs d'accueil se renforce avec le déploiement des Unités d'Accueil Pédiatrique Enfants en Danger (UAPED), des Salles Mélanie.
- Outils de sensibilisation : La Commission note la diffusion d'outils comme le kit de formation « LILIA » dans le milieu sportif et la pérennisation du numéro 119 comme réflexe citoyen.
Les points de vigilance : la Justice et la Réparation
Le bilan souligne un décalage persistant entre les enjeux de protection de l'enfant et la réponse judiciaire. La CIIVISE rappelle l'urgence de la situation et reste indignée de l'issue pénale des affaires de violences sexuelles sur mineurs judiciarisées : seuls 3 % des agresseurs sont condamnés (1 % en cas d'inceste), et plus de 6 plaintes sur 10 sont classées sans suite.
L'axe consacré au traitement judiciaire affiche un retard notable par rapport aux avancées concernant le repérage et la prévention : 34% des recommandations (soit 14 sur 41) font encore l'objet d'arbitrages en attente ou ne sont pas mises en œuvre.
Les principaux points de blocage identifiés sont :
- La protection juridique : Huit recommandations clés, dont l'immunité disciplinaire des professionnels signalant et l'empêchement de reconnaissance de l'enfant par l'agresseur issu d'un viol, attendent une décision claire du Gouvernement.
- L'insuffisance de protection des enfants victimes qui demeurent encore exposés à leur agresseur ; les parents (des mères le plus souvent) qui tentent de les protéger se retrouvent eux-mêmes poursuivis pour non-représentation d'enfant alors que le cadre juridique a été renforcé.
- La spécificité de l'inceste : Bien que réprimé par le Code pénal, l'inceste n'est toujours pas reconnu comme une infraction spécifique.
- L'imprescriptibilité : La demande de rendre les crimes sexuels sur mineurs imprescriptibles reste en suspens.
- Le parcours de soins : La prise en charge intégrale par la solidarité nationale de parcours de soins spécialisés n'est pas encore assurée.
Un appel à un changement systémique profond
En conclusion, la Commission demande au Gouvernement de passer à la vitesse supérieure par des mesures de niveau national et des moyens adaptés et ceci d'ici la fin du mandat présidentiel pour que la protection de l'enfant devienne le principe directeur de maillons mieux unifiés de la chaîne pénale et civile. Elle demande un arbitrage rapide sur les mesures législatives encore en discussion afin de transformer les projets et promesses en réalités durables et salutaires pour les victimes.
Contact : Denis ROTH-FICHET, Secrétaire général de la CIIVISE,
sec-ciivise@sg.social.gouv.fr— Ciivise
Informations complémentaires
Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants
- https://www.ciivise.fr/
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_ind%C3%A9pendante_sur_l'inceste_et_les_violences_sexuelles_faites_aux_enfants
- https://www.ciivise.fr
- https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/12/10/elisabeth-guigou-a-la-tete-d-une-commission-sur-les-violences-sexuelles-commises-dans-l-enfance_6062851_3224.html
- https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/09/03/edouard-durand-la-parole-des-victimes-sera-la-base-de-nos-travaux_6093274_3224.html
- https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/03/08/edouard-durand-magistrat-et-ancien-president-de-la-ciivise-je-n-ai-pas-de-carapace-il-n-y-a-pas-d-indifference-en-moi_6669947_3224.html
- https://www.lepoint.fr/societe/inceste-la-ciivise-maintenue-le-juge-durand-ecarte-11-12-2023-2546636_23.php
- https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/12/14/onze-membres-de-la-ciivise-demissionnent-en-signe-de-protestation-apres-le-remplacement-d-edouard-durand_6205877_3224.html
- https://www.la-croix.com/societe/inceste-nouveau-depart-a-la-direction-de-la-ciivise-avec-la-demission-d-alice-casagrande-20250919
- https://www.huffingtonpost.fr/life/article/ciivise-apres-le-fiasco-quatre-nouvelles-personnalites-nommees-a-la-tete-de-la-commission-sur-l-inceste_232094.html
- https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/05/24/nouvelle-demission-d-un-membre-de-la-ciivise_6235311_3224.html
- https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/04/06/la-ciivise-est-prolongee-jusqu-en-2026-declare-catherine-vautrin-ministre-des-solidarites-et-des-familles_6592115_3224.html
- https://www.lecanardenchaine.fr/societe/51823-la-ciivise-ne-repond-plus
- https://www.ash.tm.fr/protection-enfance/denis-roth-fichet-nomme-a-la-tete-de-la-ciivise-969600.php
- https://www.franceinfo.fr/societe/harcelement-sexuel/violences-sexuelles-faites-aux-enfants-je-quitte-ma-fonction-de-membre-du-college-directeur-de-la-ciivise-annonce-solene-podevin-favre_7757753.html
- https://www.mediapart.fr/journal/france/150626/violences-sexuelles-sur-les-enfants-un-rapport-de-la-ciivise-etrille-le-bilan-du-gouvernement
Inspirée du modèle de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (CIASE), la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a été lancée après la déflagration suscitée par la parution du livre La Familia grande (Seuil), de Camille Kouchner, et le #MeTooInceste qui en était né. Elle a pour objet l'écoute des personnes qui ont été victimes d'inceste et de violences sexuelles pendant leur enfance et l'élaboration de recommandations pour la politique publique.
Chronologie générale
- 2020 Présentation de la Ciivise au mois de décembre 🡵
- 2021 Lancement de la Ciivise 🡵, coprésidée par le juge Edouard Durand avec Nathalie Mathieu 🡵
- 2023
- En l'espace de deux ans, la commission a recueilli près de 30 000 témoignages et rendu au gouvernement un rapport de 82 recommandations pour lutter contre ce « crime de masse » qui touche, selon elle, 160 000 enfants chaque année 🡵
- Grave crise de gouvernance : la Ciivise maintenue, le juge Durand est écarté. Onze membres de la Ciivise démissionnent en signe de protestation 🡵
- Sitôt nommée, sa vice-présidente, Caroline Rey-Salmon, a démissionné, visée par une plainte pour agression sexuelle (plainte classée par la suite 🡵). Dans la foulée, le tout nouveau président Sébastien Boueilh démissionne, s'estimant « la cible de calomnies et d'attaques personnelles » 🡵
- 2024
- À la suite de la crise de 2023, un collège directeur composé de quatre membres est nommé : Thierry Baubet, professeur de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, ancien membre de la CIASE et co-directeur du Centre National de Ressources et de Résilience, Maryse Le Men Régnier, magistrate et présidente de la Fédération France Victimes, Solène Podevin Favre, présidente de l'association Face à l'inceste et Bruno Questel, avocat 🡵. Ce dernier démissionne de la commission peu après 🡵. Les travaux de cette équipe débutent en avril pour une durée prévue d'un an et demi 🡵
- Arrivée d'Alice Casagrande comme secrétaire générale 🡵
- 2025
- La Ciivise est prolongée d'un an supplémentaire jusqu'en octobre 2026 🡵
- Faute de moyens, la ligne téléphonique dédiée aux victimes, gérée par le Collectif féministe contre le viol, sonne souvent dans le vide. Elle ne dispose que d'un stagiaire et deux personnes à temps plein, contre huit auparavant 🡵
- Démission d'Alice Casagrande de ses fonctions de secrétaire générale 🡵. Elle est remplacée par Denis Roth-Fichet 🡵
- 2026 Sur les trois membres de son collège directeur, Thierry Baubet et Solène Podevin Favre démissionnent 🡵
Le premier rapport de la Ciivise
De 2021 à 2023, la Ciivise, présidée par Edouard Durand et Nathalie Mathieu, recueille 30 000 témoignages et entend les personnes victimes à l'occasion d'auditions publiques dans toute la France. En novembre 2023, un premier rapport est remis au gouvernement. Il évalue le nombre de victimes (160 000 enfants par an, soit 5,4 millions d'adultes violenté·es dans l'enfance) et le coût de ces violences pour la société (9,7 milliards d'euros de dépenses publiques par an) et, surtout, de proposer 82 mesures pour lutter et prévenir ces violences massives et systémiques, qui réclamaient un engagement politique fort 🡵.
Le bilan de la mise en place des recommendations au bout de 3 ans
Ce document, qui se penche sur l'avancée des 82 préconisations du rapport initial, révèle en premier lieu que seules 3 des 17 mesures identifiées comme prioritaires en février 2025 sont aujourd'hui « totalement opérationnelles » (soit moins de 18 %).
Le taux global « de mesures pleinement effectives demeure insatisfaisant : 28 %, soit seulement 23 préconisations réellement mises en œuvre en plus de deux ans », est-il aussi indiqué. « Sur les 82 recommandations émises par la commission, 62 mesures (soit 75 %) font aujourd'hui l'objet d'une mise en œuvre effective ou d'une montée en charge », à des degrés très divers, ajoute la Ciivise.
La commission appelle ainsi à « un changement systémique profond » et « demande au gouvernement de passer à la vitesse supérieure par des mesures de niveau national et des moyens adaptés et ceci d'ici la fin du mandat présidentiel ». Elle réclame « un arbitrage rapide sur les mesures législatives encore en discussion afin de transformer les projets et promesses en réalités durables et salutaires pour les victimes ».
Dans le détail, c'est surtout le volet judiciaire qui pèche – institution au cœur du fiasco qui a mené au meurtre de la petite Lyhanna, 11 ans, dans le Gers.
La commission souligne « un décalage persistant entre les enjeux de protection de l'enfant et la réponse judiciaire » et dit « rester indignée de l'issue pénale des affaires de violences sexuelles sur mineurs judiciarisées : seuls 3 % des agresseurs sont condamnés (1 % en cas d'inceste), et plus de six plaintes sur dix sont classées sans suite ».
« Ce décalage majeur entre l'ampleur des violences et la faiblesse de la réponse pénale, voire civile, est intolérable et témoigne d'un dysfonctionnement systémique de notre appareil judiciaire », écrivent les membres dans leur rapport.
Voir aussi :