Comme cela avait été annoncé il y a quelques jours 🡵, l'IFJD vient de rendre son rapport sur les violences sexuelles et physiques commises à « Bétharram ».

Les chiffres donnent le vertige. Les constats sont sans équivoque : des violences répétées, graves, diversifiées, systémiques avec la mise en place de mécanismes de silenciation des victimes et témoins.

Le mandat de la commission

La convention a été signée entre l'IFJD et le vicariat de France-Espagne de la congrégation, représenté par Jean-Marie Ruspil son vicaire régional 🡵. L'enquête ne concernait donc qu'un seul des onze vicariats de la congrégation 🡵, en mentionnant de plus spécifiquement l'Institution Notre-Dame-de-Bétharram.

On notera que le mandat demande explicitement l'étude des causes des violences, mais pas des responsabilités. On notera également que l'implantation internationale de la congrégation n'est mentionnée explicitement qu'au point relatif aux cellules d'écoute.

Le mandat de la Commission a d'abord été fixé dans le cadre de la lettre de mission adressée par la Congrégation à Jean-Pierre Massias, le 14 mars 2025.

[…]

Cette lettre de mission a ensuite été complétée par la convention signée entre la Congrégation et l'IFJD, pour le compte de la Commission, le 2 juin 2025. Cette convention stipule dans son article 3 : « En se fondant sur le cadre fixé par la lettre de mission du 14 mars 2025, la Commission interprète son mandat de la manière suivante :

  • Faire un bilan exhaustif des violences physiques et sexuelles commises à l'Institution Notre-Dame-de-Bétharram ou dans le cadre des activités organisées par la Congrégation Notre-Dame de Bétharram ;
  • Qualifier la nature des violences commises, retracer la manière dont elles ont été ou non traitées, établir les causes de ces violences et du silence qui les a entourées pendant plusieurs décennies ;
  • Proposer des mesures de reconnaissance à l'égard des victimes et un processus de réparation mémorielle (excuses, monument et/ou plaque, journée de rencontres etc.) ;
  • Proposer des dispositifs de réparation pour les victimes de violences sexuelles et/ou physiques, qui ne pourraient obtenir réparation par la voie judiciaire ;
  • Proposer des mesures de réorganisation administrative et pédagogique et vérifier celles déjà mises en place afin de prévenir pour l'avenir toute reproduction des violences physiques et sexuelles ;
  • Formuler des recommandations sur la création et/ou le fonctionnement des cellules d'écoute des établissements scolaires et des lieux de la congrégation à l'étranger.

La Commission coorganisera avec la Congrégation et le Collectif des victimes au moins une journée de rencontre avant la clôture de ses travaux »

Bétharram : terreur et silence(s), pp. 12-15

Chiffres clés

Entre 700 et 1.500 enfants scolarisés de 1950 à la fin des années 1990 à Notre-Dame-De-Bétharram, près de Lourdes, et dans d'autres établissements de cette congrégation religieuse, ont été potentiellement victimes de violences sexuelles, physiques ou psychologiques, selon le rapport d'une ONG spécialisée dévoilé ce samedi 20 juin.

Cet « ordre de grandeur », tiré de plusieurs projections statistiques « à interpréter avec une extrême prudence », témoigne de décennies de « violences systémiques » et « institutionnelles », et écarte la thèse d'une « addition d'actes individuels », estime l'Institut Louis Joinet (IFDJ), qui a enquêté plus d'un an à la demande de la congrégation mise en cause.

La piste d'une « prétendue tolérance de l'époque » à la violence, au sein de cet établissement privé, longtemps prisé dans le Sud-Ouest pour sa réputation autoritaire marquée par « la valorisation de la dureté », doit être également rejetée, affirment les auteurs, après avoir interrogé près de 140 anciens élèves et acteurs de la congrégation, qui gérait plusieurs écoles, collèges et lycées en France et en Afrique.

BFMTV

La question des causes

Pourquoi ? Comment en est-on arrivé là, à ce niveau de dérives systémiques si largement diffusées qu'on peut se demander si elles n'étaient pas systématiques ? La réponse de Jean-Pierre Massias au journal La Croix montre clairement qu'il reste encore un travail de fond à accomplir pour répondre à cette question.

Le rapport pointe la responsabilité première de la congrégation de Bétharram, mais analyse peu les causes. Comment une congrégation vouée à l'éducation des jeunes a-t-elle pu trahir sa vocation ?

Nous avons essayé de comprendre ce qui, malgré un fort idéal de générosité affiché, a pu produire de telles dérives. Pour une part, Bétharram est le produit de son époque, où une certaine brutalité était admise. On repère aussi la transposition d'un discours religieux assez rigide au discours éducatif.

Une analyse plus détaillée paraîtra bientôt, pour laquelle nous avons interrogé de nombreux prêtres de la congrégation. Leurs réponses témoignent d'une certaine cécité ou ambivalence. Il faut dire que beaucoup d'entre eux ont d'abord été élèves à Bétharram : ils y sont rentrés à 5 ou 6 ans et ne sont jamais sortis de ce système.

La Croix

La question de la responsabilité

Selon la commission, la responsabilité de ces violences et de leur persistance dans le temps ne s'arrête pas à la communauté de Bétharram, mais incombe également à de nombreux autres acteurs.

Au terme de ses travaux, la Commission est conduite à un constat simple : la protection des enfants ne relève jamais d'un seul acteur. Les violences révélées à Notre-Dame-de-Bétharram n'ont pas perduré pendant plusieurs décennies parce qu'un individu ou une institution aurait, à lui seul, failli à sa mission. Elles ont été rendues possibles par une succession de renoncements, d'aveuglements, de silences et de défaillances qui ont impliqué, à des degrés divers, une pluralité d'acteurs.

Cette réalité ne doit pas conduire à diluer les responsabilités. Les responsabilités des auteurs, de la Congrégation, de l'établissement, des autorités de contrôle ou des institutions concernées demeurent distinctes et doivent être pleinement assumées. Mais les travaux de la Commission montrent également que les violences faites aux enfants prospèrent rarement dans le seul espace créé par les auteurs. Elles se développent dans des environnements sociaux, culturels et institutionnels qui, pour différentes raisons, peinent à les voir, à les entendre ou à en tirer toutes les conséquences.

Bétharram : terreur et silence(s), p. 344

La Croix : Votre rapport parle d'un « système institutionnel de violences » à Bétharram. Quels en sont les mécanismes ? Pourquoi a-t-il duré si longtemps ?

Jean-Pierre Massias : L'expression décrit ce système, déjà bien repéré par la Ciase, qui favorise, légitime et étouffe les violences physiques et sexuelles, au-delà de la responsabilité personnelle des individus. À Bétharram, cela a été démultiplié en raison de l'ancrage de la congrégation dans un territoire très religieux (Pays basque et Béarn), ou l'autorité de l'Église et des notables n'est pas discutée, et où se mêlent aussi de fortes solidarités familiales et économiques.

Au plus fort des violences, les directeurs de Bétharram étaient des religieux, avec une mainmise quasi-totale sur l'établissement. Ces directeurs-prédateurs ont assis leur domination par le recrutement de surveillants pour faire régner l'ordre – en réalité la terreur – à Bétharram. Les mêmes pouvaient dans le même temps écrire de beaux articles sur la moralité, la camaraderie, l'amour. On a affaire à une véritable perversion.

C'est le silence généralisé, qu'il soit tacite ou imposé, qui a permis à ce système de durer si longtemps.

De quoi Bétharram est-il le révélateur ?

D'abord d'une défaillance généralisée. À Bétharram, il y avait vraiment une brutalité physique, psychologique et sexuelle considérable. On parle d'actes de torture. Certaines choses étaient sues, ou pressenties, mais toutes les institutions ont failli dans leur devoir de contrôle : l'Église, l'Enseignement catholique, mais aussi la justice ou l'inspection académique, qui avait rendu un rapport très favorable à Bétharram. C'est comme si l'établissement avait bénéficié d'une « présomption d'honorabilité », faisant que personne n'a rien vu ou voulu voir.

Bétharram incarne aussi certaines formes de dominations systémiques : du prêtre sur le croyant, du notable sur le pauvre, du plus « viril » sur les autres, et plus largement de l'adulte sur l'enfant. Et le système s'est reproduit là où la congrégation est implantée, notamment en Afrique où il faudrait poursuivre les investigations.

La Croix

« Qu'il y ait eu autant de crimes dans une école sans que personne ne bouge, malgré des alarmes, prouve que le système a été dysfonctionnel », relève Massias. Il vise tout l'organigramme, de l'école à l'enseignement catholique en passant par la justice. Tous ont « ignoré des alertes » ou « regardé ailleurs ».

À l'échelle de l'établissement, « les adultes qui exerçaient une autorité sur les élèves contrôlaient simultanément leur scolarité, leur discipline, leurs conditions de vie et leur avenir scolaire ». Difficile, donc, pour des enfants, de dénoncer une agression. Même carcan pour les familles. On apprend qu'un jour, des Bétharramites sont allés au domicile de la grand-mère d'une victime qui entendait se plaindre pour « l'intimider » et « récupérer des lettres » compromettantes.

Plus haut, l'Enseignement catholique a aussi failli, via tous ses organes : l'Ogec (Organisme de gestion de l'enseignement catholique) qui ne remet pas en cause les sanctions violentes, l'Apel (association des parents) qui se range du côté de l'institution plutôt que des familles, l'évêque qui ne dit rien, comme la direction diocésaine, qui, malgré « des faits graves dénoncés », n'a pas « remis en cause le fonctionnement » de Bétharram.

Le Parisien

La prise en charge holistique des victimes

Le rapport plaide pour la mise en place d'une prise en charge holistique des victimes :

Le droit aux soins est distinct mais complémentaire du droit à la réparation. La Commission recommande en conséquence la mise en place d'un dispositif de prise en charge holistique destiné aux victimes de Notre-Dame-de-Bétharram. Cette prise en charge associe assistance médicale, psychologique, juridique et sociale, dans le respect du consentement, de la dignité et du rythme de chaque personne.

Bétharram : terreur et silence(s), p. 108

Cela est même affirmé comme étant un droit, au 11ème des 15 constats principaux. Cette proposition fait donc l'objet d'une recommendation (recommendation n°6) et c'est également la deuxième des « 10 mesures phares ».

L'organisation d'un Tribunal citoyen pour Bétharram

Autre mesure atypique de ce rapport : l'organisation d'un Tribunal citoyen pour Bétharram. C'est l'objet de la recommandation n°14 du rapport

La Commission recommande la mise en place, pour les victimes qui le souhaitent, d'un Tribunal citoyen, conçu sur le modèle du Tribunal Russel/Sartre, qui permette d'engager une démarche symbolique de vérité et de justice pouvant ainsi réduire l'impact de la prescription pénale.

Ce tribunal devra s'inspirer des modèles existant en Europe et offrir toutes les garanties de compétence, de respect des droits de la défense et de publicité des débats. Il permettra d'associer les institutions concernées et, lorsque cela est possible et souhaité, les auteurs des violences ou leurs représentants.

Les tribunaux citoyens ou tribunaux d'opinion sont des mécanismes non judiciaires de recherche de la vérité et de reconnaissance publique. Ils reposent sur l'audition de témoins, de victimes, d'experts et parfois des personnes ou institutions mises en cause afin d'établir publiquement des faits, d'analyser des responsabilités et de formuler des conclusions ou recommandations.

Bétharram : terreur et silence(s), p. 85

Le volet international

Comme le rapporte Le Monde, les conclusions sur le volet international sont « assez maigres » :

Après douze mois d'investigations, les conclusions du rapport, confié à l'Institut francophone pour la justice et la démocratie, une organisation bayonnaise spécialisée dans la justice transitionnelle, sont sur ce point assez maigres. Seules « huit agressions sexuelles » et une plainte ont été signalées en Côte d'Ivoire. Toutes visent Benat Segur, ancien directeur de Bétharram (1983-1988), mort en 2010. Le prêtre, qui fait l'objet de treize plaintes en France, a commencé sa carrière de missionnaire en Afrique.

[…]

En février, une mission d'investigation se rend à Abidjan, où les membres de la commission d'enquête font face à de fortes « réticences » des représentants de la congrégation et de l'Église catholique. « Nous avons eu la sensation que notre enquête n'était pas la bienvenue, explique Jean-Pierre Massias, président de la commission. L'archevêque d'Abidjan nous a reçus pour nous dire qu'il ne nous parlerait pas. Quant aux responsables de la paroisse d'Adiopodoumé, pour eux, il n'y a pas d'affaire. »

Face à l'omerta persistante, le rapport préconise – dans la seule recommandation consacrée à la dimension internationale – d'approfondir les investigations en s'appuyant sur les organisations de la société civile locale. « Il y a une chape de plomb morale et culturelle qui pèse sur les questions de violences sexuelles, surtout quand les victimes sont des hommes. Travailler avec des associations locales, conscientes des réalités culturelles, permettrait d'avancer », espère Jean-Pierre Massias, qui estime à « une trentaine » le nombre de victimes potentielles.

Le Monde

Les 15 constats principaux

Les quinze constats qui suivent constituent les principaux enseignements auxquels est parvenue la Commission au terme de ses travaux. Ils mettent en évidence les caractéristiques des violences commises à Notre-Dame-de-Bétharram, les mécanismes qui ont permis leur maintien, leurs conséquences pour les victimes et la société, ainsi que les exigences de vérité, de réparation et de prévention qui en découlent.

1. Le constat de violences répétées

Les violences commises à Notre-Dame-de-Bétharram ne relèvent pas de faits isolés. L'enquête révèle leur présence continue, avec des variations d'intensité et de formes, depuis les années 1950 jusqu'à la fin des années 1990. Leur durée exceptionnelle constitue l'un des constats majeurs de la Commission et interroge les mécanismes qui ont permis leur maintien pendant plusieurs décennies.

2. Le constat de violences diversifiées

Les violences observées sont de nature psychologique, physique et sexuelle. Elles s'articulent souvent entre elles et s'inscrivent dans un climat général de domination, de peur et d'insécurité pour les élèves. L'enquête montre qu'elles ne peuvent être analysées séparément tant elles participaient d'un même système de violence.

3. Le constat de violences particulièrement graves

Loin de simples pratiques éducatives sévères, ces violences étaient contraires aux normes juridiques et éducatives de leur époque. Elles ont porté atteinte à la dignité, à l'intégrité physique et psychique ainsi qu'aux droits fondamentaux des enfants. Leur gravité doit être appréciée tant au regard des actes commis que des conséquences durables qu'elles ont produites.

4. Des violences systémiques au sens donné par la CIASE

Au sens retenu par la CIASE, les violences ne peuvent être analysées comme la seule addition de comportements individuels. Elles ont été rendues possibles et favorisées par des mécanismes institutionnels ayant permis leur répétition, leur invisibilisation et leur impunité. Les phénomènes de concentration de l'autorité, d'emprise, de protection de l'institution et de marginalisation des victimes observés à Bétharram présentent de fortes similitudes avec ceux identifiés par la CIASE au sein de l'Église catholique.

5. Des violences inscrites dans le système spécifique de Bétharram

Les mécanismes systémiques identifiés par la CIASE ont trouvé à Bétharram un terrain particulièrement favorable en raison de caractéristiques propres à l'établissement, à la Congrégation et à son environnement. L'identité hybride de l'institution, la concentration du pouvoir, la faiblesse des contre-pouvoirs, certaines spécificités de la Congrégation ainsi que son ancrage territorial ont contribué à la pérennisation du système de violences. L'enquête montre ainsi que les violences observées ne peuvent être pleinement comprises sans prendre en compte les spécificités du système bétharramite.

6. Les mécanismes de silenciation, de contrôle et de protection n'ont pas permis de mettre fin aux violences

Les violences se sont accompagnées de multiples mécanismes de silenciation fondés sur la peur, la honte, les rapports de domination ou l'emprise. Si certaines victimes ont été durablement empêchées de parler, beaucoup ont également tenté d'exprimer les violences subies ou leurs conséquences. Cette parole, comme les signes de souffrance qui l'accompagnaient, a été très insuffisamment entendue. Rare sont les victimes à avoir été crues et protégées. Plus largement, les mécanismes de contrôle, d'alerte et de protection n'ont pas permis de prévenir les violences, de les faire cesser suffisamment tôt, ni d'apporter aux victimes les réponses appropriées.

7. Des conséquences graves pour les victimes

Les violences ont profondément affecté la santé physique et psychique, les relations sociales et affectives, les parcours scolaires et professionnels, ainsi que la qualité de vie de nombreuses victimes. Les auditions montrent que ces conséquences ont parfois façonné durablement l'ensemble de leur trajectoire de vie. Elles constituent l'une des dimensions les plus marquantes de l'affaire Bétharram.

8. Des conséquences qui se prolongent tout au long de la vie

Le traumatisme ne s'arrête ni avec la fin des violences, ni avec le passage à l'âge adulte. Les auditions montrent que leurs effets continuent de se manifester parfois plusieurs décennies après les faits et peuvent être réactivés à différentes étapes de la vie. L'affaire Bétharram illustre ainsi le caractère durable des conséquences des violences faites aux enfants.

9. Des conséquences qui dépassent les seules victimes

Les violences peuvent affecter profondément les relations des victimes avec leur entourage. La révélation des violences a également une incidence sur les proches, les familles, certains membres de la Congrégation, les personnels et le territoire. Elles constituent un phénomène aux dimensions individuelles, institutionnelles et collectives. Les effets observés dépassent ainsi le cercle des seules victimes directes.

10. Les victimes ont un droit à la réparation financière

La Commission estime que les victimes des violences commises à Bétharram doivent bénéficier d'une réparation financière adaptée à la gravité des préjudices subis. Ce droit concerne les violences sexuelles, déjà prises en compte par les dispositifs existants, mais également les violences non sexuelles graves. Cette réparation constitue à la fois une réponse concrète aux préjudices subis et une reconnaissance des responsabilités engagées.

11. Les victimes ont droit à une prise en charge holistique adaptée à leurs besoins

La Commission considère que les victimes disposent d'un droit à une prise en charge spécialisée et permettant de traiter l'ensemble des conséquences sur leur vie. Ces soins holistiques impliquent une prise en charge médicale, psychologique, juridique et sociale. Cette approche constitue une condition essentielle de leur reconstruction. Elle devrait pouvoir bénéficier à l'ensemble des personnes victimes de violences dans l'enfance.

12. Les victimes ont droit à la reconnaissance et aux réparations mémorielles

La réparation implique également des mesures de reconnaissance, de mémoire et de transmission permettant de restaurer la dignité des victimes, de reconnaître les violences subies et les responsabilités engagées. Ces démarches contribuent à la reconstruction des personnes concernées et à la prévention de la répétition des violences. Elles constituent un complément indispensable aux autres formes de réparation.

13. Les garanties de non-répétition exigent la poursuite des réformes engagées

Des évolutions importantes ont été entreprises par l'établissement, la Congrégation et plusieurs institutions concernées. Elles témoignent d'une prise de conscience réelle et méritent d'être reconnues. Elles doivent toutefois être poursuivies, consolidées, évaluées et complétées afin de renforcer durablement la protection des enfants.

14. Les acteurs responsables doivent s'engager pour réparer et réformer

L'enquête met en évidence une pluralité de responsabilités dans la survenue, la durée et le traitement inadéquat des violences commises à Notre-Dame-de-Bétharram. Ces responsabilités concernent non seulement les auteurs directs, mais également les institutions et acteurs qui n'ont pas su prévenir les violences, les faire cesser ou protéger efficacement les victimes. La Commission considère que leur reconnaissance doit désormais se traduire par des engagements concrets en matière de réparation, de prévention et de protection de l'enfance.

15. L'affaire Bétharram appelle une mobilisation de la société tout entière

Les mécanismes révélés par l'enquête dépassent largement le seul cadre de Notre-Dame-de-Bétharram. Les travaux de la CIASE, de la CIIVISE et de nombreuses recherches ont montré le caractère massif et persistant des violences faites aux enfants en France. L'affaire Bétharram ne constitue pas une anomalie isolée mais l'une des manifestations particulièrement visibles d'un phénomène plus large. Elle invite à interroger la place accordée aux enfants dans notre société, la considération portée à leur parole, notre capacité à reconnaître les violences lorsqu'elles surviennent et les arbitrages qui conduisent encore trop souvent à privilégier la protection des institutions au détriment de celle des victimes. Elle rappelle que les violences faites aux enfants constituent un enjeu démocratique, social et culturel majeur.

IFJD

10 mesures phares d'application des recommandations

Se fondant sur ses travaux, la Commission a établi 25 recommandations et décidé de les assortir de mesures d'application, destinées à préciser les moyens de leur mise en œuvre. Elle a souhaité mettre 10 de ces mesures en exergue.

1. Créer un mécanisme indépendant pour la réparation financière des violences physiques et psychologiques graves (RECOMMANDATION N°5)

La Commission considère que les victimes de violences physiques et psychologiques graves disposent, au même titre que les victimes de violences sexuelles, d'un droit à la reconnaissance et à la réparation. Faute de dispositif actuellement existant, elle recommande la création d'un mécanisme indépendant chargé d'examiner les demandes de réparation des victimes de Bétharram, eu égard à la gravité des violences constatées.

Ce dispositif, qui n'existe pas encore et doit donc être spécifiquement mis en place est installé dans l'attente de la possible mise en place du Fonds national d'indemnisation et d'accompagnement des victimes de violence en milieu scolaire, actuellement en discussion dans le cadre de la proposition de loi visant à prévenir et lutter contre les violences en milieu scolaire.

2. Mettre en place une prise en charge holistique pour les victimes de Bétharram (RECOMMANDATION N°6)

Au regard de conséquences graves et durables générées par les violences, la Commission reconnaît le droit des victimes de Bétharram à une prise en charge holistique. Cette dernière implique l'accès, dans le cadre d'un parcours coordonné et individualisé, à des soins adaptés de qualité dans quatre volets : médical, psychologique, juridique et social. Cette prise en charge devra être gratuite et accessible quel que soit le lieu de résidence. La Commission recommande dès lors la création d'une plateforme centrale chargée de coordonner les soins et de veiller à ce qu'ils soient de qualité et dispensés selon l'éthique propre à ce modèle.

3. Créer un mécanisme indépendant de suivi des recommandations (RECOMMANDATION N°3)

La Commission estime que le suivi des recommandations constitue une exigence aussi importante que leur formulation. Elle recommande la création d'un mécanisme indépendant, impliquant la Commission, les victimes et l'ensemble des institutions concernées, chargé d'assurer la diffusion du rapport, de suivre la mise en œuvre des recommandations et de rendre compte publiquement des avancées réalisées.

4. Mettre en place un Conseil des victimes de Bétharram (RECOMMANDATION N°2)

La Commission recommande que les personnes victimes soient associées à la définition, à l'organisation et à l'évaluation des principales mesures mises en œuvre à la suite du rapport. La création d'un Conseil des victimes regroupant l'ensemble des collectifs existant selon des principes de démocratie, transparence et inclusion permettrait d'assurer une participation durable, structurée et représentative des personnes concernées tout en respectant le libre choix, le rythme et les besoins de chacun. Il s'agirait ainsi d'éviter la répétition des tensions qui ont été a l'origine de nouvelles souffrances et ont pu nuire à l'efficacité des mécanismes mis en place.

5. Reconnaître publiquement les responsabilités (RECOMMANDATION N°9)

La Commission recommande aux institutions concernées (Congrégation, structures de l'enseignement catholique, pouvoirs publics notamment) de reconnaître publiquement, dans un texte destiné aux victimes et rendu public, les violences et les défaillances ayant permis leur commission, leur répétition ou leur dissimulation, sans minimiser leur gravité, leurs conséquences et leurs responsabilités.

6. Organiser un Tribunal citoyen pour Bétharram (RECOMMANDATION N°14)

La Commission recommande la mise en place, pour les victimes qui le souhaitent, d'un Tribunal citoyen, conçu sur le modèle du Tribunal Russel/Sartre, qui permette d'engager une démarche symbolique de vérité et de justice pouvant ainsi réduire l'impact de la prescription pénale. Ce tribunal devra s'inspirer des modèles existant en Europe et offrir toutes les garanties de compétence, de respect des droits de la défense et de publicité des débats. Il permettra d'associer les institutions concernées et, lorsque cela est possible et souhaité, les auteurs des violences ou leurs représentants.

Les tribunaux citoyens ou tribunaux d'opinion sont des mécanismes non judiciaires de recherche de la vérité et de reconnaissance publique. Ils reposent sur l'audition de témoins, de victimes, d'experts et parfois des personnes ou institutions mises en cause afin d'établir publiquement des faits, d'analyser des responsabilités et de formuler des conclusions ou recommandations.

7. Eriger un mémorial pour les victimes de Bétharram (RECOMMANDATION N°7)

La Commission recommande la conception et l'élaboration, en concertation avec les victimes, d'un mémorial permettant de reconnaître publiquement les violences commises à Bétharram et leurs conséquences. Visible et durable, ce lieu de mémoire contribuera à inscrire les victimes dans l'histoire collective et à transmettre aux générations futures les enseignements de cette affaire.

8. Mettre en œuvre le projet « Retissons du lien » (RECOMMANDATION N°8)

Le projet « Retissons du lien » est destiné à créer des espaces de dialogue associant les différentes personnes affectées par les violences révélées à Bétharram. Fondée sur le volontariat, cette démarche s'appuie sur la reconnaissance de ces violences en tant que fait social pour engager une dynamique collective de compréhension, de réparation et de prévention. L'objectif n'est pas la réconciliation, mais de retisser les liens altérés par les violences et leur silenciation et de contribuer à la prévention de leur répétition.

9. Ouvrir les archives aux victimes de Bétharram (RECOMMANDATION N°16)

La Commission recommande d'identifier, de rassembler, de sécuriser et de valoriser l'ensemble des archives relatives à Bétharram et d'instaurer une procédure indépendante permettant aux victimes d'exercer effectivement leur droit d'accès aux archives.

10. Créer un Observatoire international du « Grand Bétharram » (RECOMMANDATION N°11)

La Commission recommande la mise en place d'un dispositif chargé de poursuivre les investigations restées en suspens, notamment sur les décès signalés, les établissements et œuvres liés à la Province de France ainsi que les différents pays où des auteurs identifiés ont exercé leurs responsabilités. Cet Observatoire aurait également pour mission de garantir un égal accès à la vérité pour les victimes résidant à l'étranger et de centraliser les informations relatives aux extensions françaises et internationales de l'affaire Bétharram.

Bétharram : terreur et silence(s), pp. 84-86

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