Famille monastique de Bethléem : où en est le processus de réforme ?

Entre avancées réelles et questionnements sur le modèle spirituel et l'héritage de la fondatrice.

<<   Semaine du 8 au 14 juin 2026 (article 9/15)   >>

Famille monastique de Bethléem (7)

En 2021, le Chapitre Général extraordinaire des Sœurs de Bethleem avait publié une déclaration finale qui nommait des « dysfonctionnements dans notre manière d'exercer l'autorité, qui ont pu aboutir à des abus ou des emprises » :

  • Une conception idéalisée et trop centralisée de l'autorité.
  • Le rôle prépondérant de la prieure dans une exclusivité de la relation à ses sœurs. Cela peut conduire à une emprise affective et à un conformisme dans une pensée unique, aux dépens de la conscience personnelle et d'une saine circulation de vie et d'échange entre les sœurs.
  • Une tendance à un maternalisme de la prieure et des responsables qui croiraient pouvoir discerner et solutionner tous les problèmes. Cela infantilise les sœurs sans prendre en compte leur liberté et leur bonne autonomie. Ni leur jugement adulte, ni leur capacité d'un discernement intérieur libre ne peuvent alors se construire. Leur esprit d'initiative ne peut pas se développer.
  • Un climat d'exigence trop grand, lié à un idéal de la vie monastique fait naître la peur d'en être incapable et génère la culpabilité.
  • Une certaine loi du secret pouvant engendrer des non-dits et des mensonges.
  • Une circulation d'informations insuffisante a laissé les sœurs dans l'ignorance et les a déresponsabilisées.
  • Le manque d'ouverture vers l'extérieur nous a fermées sur nous-mêmes dans une autoréférentialité sans possibilité de remise en question de nos certitudes.

Ce Chapitre Général extraordinaire a également permis de voter les nouvelles constitutions 🡵.

Presque cinq ans après ce chapitre, des changements réels ont été opérés. Cependant, un article de journal Golias pointe la question vertigineuse à laquelle la communauté doit répondre : « les dérives dénoncées relèvent-elles seulement d'erreurs humaines corrigibles, ou bien d'un modèle spirituel intrinsèquement à risque » qu'il conviendrait de réformer ?

Après 2021, la Famille monastique de Bethléem engage plusieurs réformes. Parmi les mesures annoncées figurent le remplacement de plusieurs responsables, la rédaction de nouvelles Constitutions, l'accompagnement par Rome, la mise en place de formations extérieures diversifiées ainsi que la création temporaire d'une cellule d'écoute. Dans ses communications officielles, la communauté évoque un « travail de vérité » et affirme sa volonté de transformation.

Des sœurs continuent de quitter la communauté. Des frères on ne sait pas grand-chose, et pourtant ils ne sont qu'une trentaine, alors qu'ils étaient une cinquantaine il y encore 15 ans. Les membres sortants estiment que les réformes portent principalement sur des pratiques extérieures, sans remise en cause réelle du système spirituel ayant rendu possibles les abus dénoncés. L'ACSEMB considère notamment que l'héritage doctrinal et spirituel de la fondatrice n'a pas fait l'objet d'un véritable travail critique de réexamen et de discernement, tandis que les mécanismes spirituels ayant favorisé les dérives ne seraient ni suffisamment interrogés ni réévalués en profondeur. L'association estime également que certaines structures de pouvoir demeurent opaques et que plusieurs responsables historiques n'ont pas été réellement écartés comme ils auraient dû l'être, et continuent d'agir en sous- main. D'anciens membres dénoncent par ailleurs la difficulté d'obtenir une reconnaissance claire des abus et de légitimes réparations, ainsi que l'absence d'un audit véritablement indépendant et le maintien d'une culture du secret et de l'omerta.

Ces critiques apparaissent de manière particulièrement explicite dans la lettre adressée le 2 mai 2026 par l'ACSEMB au Dicastère pour les Instituts de vie consacrée, puis dans le communiqué publié le 6 mai suivant. L'association y affirme que « la construction théologique qui sous-tend le propositum communautaire demeure inchangée » et que « le fond doctrinal et spirituel légué par la fondatrice n'a pas été réexaminé ». Tout en reconnaissant certaines avancées concrètes, ACSEMB estime que les réformes engagées « ne semblent pas encore avoir permis d'aborder en profondeur certains fondements doctrinaux et spirituels susceptibles d'avoir favorisé ces dérives ».

Dans cette perspective, plusieurs anciens membres s'étonnent que de nouvelles Constitutions aient pu être rédigées sans qu'un travail critique approfondi et objectivé ait été mené sur le Livre de Vie, alors même que celui-ci contient des erreurs ou des ambiguïtés doctrinales et spirituelles. Selon eux, cette absence de clarification entretient une réelle confusion : elle empêche les sœurs et les frères de prendre pleinement conscience du système déviant dans lequel elles ont été formées et rend plus difficile un véritable travail personnel et communautaire de libération.

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Aujourd'hui, avec le recul permis par les nombreux témoignages d'anciennes sœurs et d'anciens frères ainsi que par une meilleure compréhension des conséquences psychologiques et spirituelles de certaines pratiques personnelles et communautaires, une partie des anciens membres pose une question plus radicale : les dérives dénoncées relèvent-elles seulement d'erreurs humaines corrigibles, ou bien d'un modèle spirituel intrinsèquement à risque ? La question devient alors moins celle d'abus isolés que celle d'un système de pensée, d'autorité et de formation spirituelle. C'est précisément pour cette raison que l'association ACSEMB demande désormais la mise en place d'une commission extérieure indépendante portant non seulement sur les pratiques communautaires, mais aussi sur la théologie implicite de l'obéissance, l'anthropologie spirituelle de Bethléem, les formes d'accompagnement spirituel, les conséquences psycho-spirituelles de la formation religieuse ainsi que le rôle structurant de la fondatrice dans la culture communautaire.

Golias

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