Dispositif « Renaître » : la conférence des évêques de France n'a pas conscience de l'urgence de la situation
Un communiqué de l'association Fraternité Victimes.
- https://www.fraternite-victimes.fr/2026/04/tribune-dans-la-croix-abus-sexuels-dans-leglise-les-eveques-devront-repondre-de-lenterrement-de-linirr/
- https://www.fraternite-victimes.fr/2026/06/communique-dispositif-renaitre-la-conference-des-eveques-de-france-na-pas-conscience-de-lurgence-de-la-situation/
Le Dispositif "Renaître" doit entrer en vigueur le 1er septembre, en remplacement de Inirr. L'association Fraternité Victimes a adressé un questionnaire à l'ensemble des diocèses français pour évaluer s'ils seront prêts à accueillir des victimes dans ce nouveau dispositif en septembre. Les maigres résultats obtenus ont de quoi nourrir les inquiétudes légitimes des victimes.
Le 27 mars 2026, les évêques de France ont voté à la quasi-unanimité la mise en place du dispositif « Renaître » pour succéder à l'INIRR au 1er septembre 2026. L'association Fraternité Victimes, ainsi que de nombreuses personnes victimes, professionnels, associations, membres de la Ciase, membres de l'INIRR, s'étaient alors mobilisés pour alerter sur les risques de ce dispositif (relire notre tribune).
Fraternité Victimes a dans un deuxième temps souhaité mesurer concrètement l'appropriation de ce dispositif par les diocèses, puisqu'ils en seront des acteurs importants. Le 13 mai, nous avons adressé à l'ensemble des diocèses de France une dizaine de questions sur des éléments factuels : existence d'un responsable local, composition du dispositif au niveau local, formations des personnes déjà réalisées ou futures.
En premier lieu, 86 diocèses ne nous ont pas répondu : plus qu'un manque de transparence (inquiétant quant à la capacité des diocèses à se laisser regarder par un tiers extérieur), nous y voyons une impossibilité à nous répondre, tant les équipes diocésaines semblent en difficulté, sans instruction claire, sans responsable national désigné.
Parmi les réponses reçues, la disparité est frappante. Visiblement, aucun diocèse n'a compris la même chose que son voisin sur la mise en place de ce dispositif :
- 3 diocèses ont nommé ou recherchent activement une personne responsable, et constituent une équipe voire même un programme de formation
- Quelques diocèses nous annoncent des réunions au niveau provincial, réunions qui pourraient donc concerner une vingtaine de diocèses.
- D'autres encore attendent les directives d'une instance nationale, instance qui n'existe pas encore.
Le dispositif « Renaitre » est supposé dépendre d'une instance nationale indépendante dont nous ne connaissons ni la présidence, ni les missions, ni les barèmes financiers. La conférence des évêques de France doit donc prendre conscience de l'urgence de la situation et prendre des mesures afin de garantir une continuité dans l'accompagnement et la réparation des personnes victimes.
« Le flou actuel, visible à travers notre simple état des lieux, nous laisse redouter de nouvelles violences pour toutes les personnes qui feront appel au dispositif. », s'inquiète Mélanie Debrabant, présidente de Fraternité Victimes.
Ces derniers jours, le pape Léon XIV le rappelait, à Madrid : « Ceux qui ont été blessés précisément par ceux qui devaient prendre soin d'eux […] doivent pouvoir trouver une écoute sincère, un accueil, une protection et de véritables chemins de guérison. » La communauté ecclésiale, disait-il, est appelée à répondre « par l'écoute, la vérité, la justice, la réparation et un engagement toujours plus déterminé ». À quelques semaines de la visite apostolique du Pape en France, nous attendons que les évêques français soient à la hauteur de cet appel pontifical.
Contact presse : contact@fraternite-victimes.fr
Informations complémentaires
Fraternité Victimes
L'association Fraternité Victimes a été créée le 13 février 2024 🡵.
Elle agit selon quatre axes 🡵 :
- Aider les personnes victimes dans leurs démarches administratives, dans les besoins matériels qu'elles peuvent avoir, ou dans un accompagnement beaucoup plus simple sous forme de compagnonnage (discussion, balade, visite, moments de convivialité).
- Tisser un réseau de professionnels compétents et prêts à aider les personnes victimes, avec une éventuelle prise en charge financière par l'association : psychologues, psychiatres, avocats, juristes, assistants sociaux, expert en droit canon (droit de l'Église).
- Former les membres de l'association, mais aussi plus largement les laïcs et les responsables religieux à l'écoute, à la détection de comportements à risque, à la conduite à tenir pour anticiper les abus.
- Mener une réflexion juridique transverse (droit civil, droit pénal, droit canonique) pour disposer d'une capacité d'intervention, éclairer l'Église et le débat public.
Il est possible de contacter l'association via un formulaire : https://www.fraternite-victimes.fr/nous-contacter/
Il est possible se recevoir des informations par WhatsApp : https://chat.whatsapp.com/Fvc0fkWIhPeBF7iTDN6rgc
Dispositif "Renaître"
- https://eglise.catholique.fr/sengager-dans-la-societe/lutter-contre-pedophilie/actualite-de-lutte-contre-pedophilie/570533-dispositif-renaitre-victimes-mineures/
- https://www.lavie.fr/christianisme/eglise/cest-la-gueule-de-bois-le-dispositif-renaitre-inquiete-les-victimes-de-violences-sexuelles-dans-leglise-103722.php
- https://www.fraternite-victimes.fr/2026/06/communique-dispositif-renaitre-la-conference-des-eveques-de-france-na-pas-conscience-de-lurgence-de-la-situation/
Présentation
Le dispositif « Renaître » est une structure permanente d'accueil et d'accompagnement des victimes de violences sexuelles commises par des clercs ou des laïcs missionnés alors qu'elles étaient mineures. Il a été voté en mars 2026 lors de l'assemblée plénière des évêques à Lourdes 🡵. Il est appelé à succéder à l'Inirr et deviendra opérationnel le 1er septembre 2026.
Contrairement à l'Inirr qui était une instance centralisée, « le dispositif « Renaître » s'articulera autour d'un réseau de proximité constitué d'une part des cellules d'accueil et d'écoute diocésaines sous la responsabilité des évêques, et d'autre part, de groupes d'accompagnants répartis sur tout le territoire national et coordonnés par une instance nationale indépendante ».
Critiques
Le nom
« Renaître » laisse entendre un changement radical, comme un nouveau départ à partir d'une page blanche. Mais pour les victimes, l'objectif de la démarche de réparation est de parvenir à vivre un peu mieux avec le traumatisme subi, qui n'est jamais effacé. On est donc loin d'une renaissance.
Le titre même du dispositif fait réagir. Joanna a l'impression que « quelque chose s'est renversé. On passe d'une instance où l'Église « reconnaît » ses torts et essaie de « réparer » à une injonction envers les victimes, appelées à « renaître ». C'est la tactique des agresseurs, qui retournent la honte et renvoient la responsabilité à leurs victimes ». Selon elle, avec le nouveau dispositif, « l'Église n'assume plus sa responsabilité ».
— La Vie
L'indépendance
Tout d'abord, il est nécessaire de rappeler que « le dispositif « Renaître » s'articulera autour d'un réseau de proximité constitué d'une part des cellules d'accueil et d'écoute diocésaines sous la responsabilité des évêques, et d'autre part, de groupes d'accompagnants coordonnés par une instance nationale indépendante » 🡵.
- La partie constituée des cellules d'accueil et d'écoute diocésaines n'est, par définition, pas indépendante : elle est « sous la responsabilité des évêques » 🡵 ;
- Les « groupes d'accompagnants coordonnés par une instance nationale indépendante » 🡵 auront pour leur part à prouver qu'ils ne se sont pas constitués par des réseaux internes de cooptation.
« J'ai participé à la cellule d'écoute de mon diocèse, explique Joanna, je sais ce que c'est. Tout le monde se connaît entre catholiques locaux. Comment voulez-vous être dans une optique un peu neutre ou d'écoute réelle, sans conflit de loyauté ? Ce n'est pas possible de ne pas être tenté de défendre des gens qu'on connaît, son curé, son voisin, sa voisine. Tout le monde se connaît, surtout dans les petits diocèses. Il faut que ce soit dépaysé. »
— La Vie
Le professionnalisme
L'accompagnement nécessaire aux victimes nécessite des professionnels de santé formés à la prise en charge du psychotrauma. Disposer de bénévoles (ou même de salariés), même de très bonne volonté, n'est donc pas suffisant. Il semble difficile que tous les diocèses disposent d'une telle équipe alors que certaines cellules d'écoute diocésaines ont déjà été mises en cause pour leur manque de professionnalisme.
La CEF indique : « un accompagnement personnalisé est mis en place par des personnes spécifiquement formées par l'instance nationale » 🡵. On ne forme pas des personnes à la prise en charge des psychotrauma dans l'urgence. La bonne volonté ne suffit pas. Il faut recruter des professionnels de santé pour ne pas que l'accompagnement puisse faire plus de mal que de bien. Il faut bien garder à l'esprit que les traumatismes vécus par les victimes sont extrêmement intenses et profonds. La bonne volonté seule ne suffit pas pour les prendre en charge.
« Dans les cellules d'écoute, les personnes sont bénévoles. Elles donnent de leur temps et sont bien intentionnées, mais sans formation au psychotrauma et en droit, cela risque de faire plus de mal que de bien. » Or, selon ces témoins, l'Inirr était justement arrivée à un stade de professionnalisme très satisfaisant.
— La Vie
La reconnaissance
Le point de rupture le plus technique concerne la procédure de reconnaissance symbolique. Le nouveau dispositif prévoit une distinction fondamentale :
- Une lettre de reconnaissance si l'auteur est condamné par la justice des hommes.
- Une simple lettre d'accueil des souffrances en cas de prescription, de décès de l'auteur ou de classement sans suite.
Cette distinction est vécue comme une minimisation du crime. Là où l'INIRR fondait sa légitimité sur la notion de vraisemblance — « croire la victime » sur la base de son récit — « Renaître » semble réindexer la reconnaissance sur la preuve légale. Pour les victimes dont les agresseurs sont morts ou protégés par la prescription, cette « lettre d'accueil » ne reconnaît rien ; elle se contente de constater une douleur sans en admettre la source criminelle. C'est l'abandon d'un acquis majeur de la justice restaurative au profit d'un formalisme froid.
— AMPASEO
La réparation financière
La réparation financière (dite « contribution financière ») est dissociée des démarches restauratives et devient une demande à part, ce qui ancre davantage son caractère optionnel : « la demande doit être faite explicitement par la personne victime au terme de son parcours » 🡵.
Les évêques ont choisi de ne pas reconduire le barème d'indemnisation de l'Inirr : « le montant est évalué selon une grille nationale établie par l'instance indépendante, en association avec les évêques » 🡵.
Il est probable que le denier de l'Église soit utilisé pour financer la « contribution financière » : « le financement assuré par un fonds dédié, sera alimenté par une cotisation obligatoire de tous les diocèses de France » 🡵.
Pour Michel, « ce qui m'a alerté est qu'il est question d’« aide financière ». Or, c'est un débat que nous avions eu au tout début des discussions pour l'Inirr, il y a cinq ou six ans. Il ne s'agit pas d'une aide, mais d'une réparation. Pour moi, les évêques ne sont pas débarrassés de la culture du bon samaritain. Ils pensent être le bon samaritain alors qu'ils sont le larron, le lévite et le prêtre. Dans cette posture, cela ne peut pas marcher. Car ce qu'ils vont nous donner, au lieu que ce soit un dû, une dette à honorer, se transforme en charité de la part de l'institution. Et la victime, par ricochet, devient redevable. » Il oscille entre désespoir et rire fatigué : « Majoritairement, je ne pense pas que ce soit de la mauvaise foi ou de la volonté de nuire. Ils ne comprennent pas. Ils sont dans leur bulle. »
— La Vie
Le dispositif sera t-il opérationnel en septembre 2026 ?
En juin 2026, l'association Fraternité Victimes a adresse un questionnaire à l'ensemble des diocèses français pour évaluer s'ils seront prêts à accueillir des victimes dans ce nouveau dispositif en septembre. Les maigres résultats obtenus ont alors de quoi nourrir les inquiétudes légitimes des victimes, et l'association publie alors un communiqué intitulé « Dispositif « Renaître » : la conférence des évêques de France n'a pas conscience de l'urgence de la situation » 🡵.