Réforme de l'Église : le constat reste entier

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Réforme de l'Église : le constat reste entier

Ce que Frédéric Mounier et François Odinet avaient pointé et que l'Église tarde encore à réformer.

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Frédéric Mounier : « Il est illusoire de considérer que le chapitre des abus est clos »

En 2023, Frédéric Mounier, coordinateur des groupes de travail post-Ciase de la Conférence des religieux et religieuses de France, tirait les enseignements de douze mois d'écoute des responsables de la vie consacrée. Il s'opposait alors à ceux qui considèrent la crise des abus comme close et plaidait pour des réformes structurelles profondes.

Il est illusoire de considérer que le chapitre des abus est clos. Le Mal est là, tenace. Pour y remédier, peut-être faudra-t-il envisager de dissocier l'ordination et la faculté de confession, voire de gouvernement. Et partager cette gouvernance avec un laïcat désormais formé et compétent, qui ne s'en laissera plus conter. On l'a bien vu et entendu lors de la dernière Assemblée plénière de l'épiscopat. Le pape François ouvre de telles portes, tant dans Praedicate evangelium qu'à travers l'ouverture progressive de ministères institués, sans oublier le courant d'air possible du synode.

Constatant leur solitude face à ces scandales, les responsables de la vie consacrée ont constaté à quel point leurs cadres institutionnels s'étaient révélés impuissants. Les libertés prises avec la vie communautaire ont conduit à l'éloignement des règles censées construire la vie commune, et laissé le champ libre aux prédateurs. Les archives n'ont pas été sérieusement tenues et transmises. Les visites canoniques ne sont pas menées avec la rigueur nécessaire.

Il faut « redonner voix au chapitre », accepter de rendre des comptes, renforcer la dimension critique des « Conseils » entourant les supérieurs, respecter les libertés personnelles (même derrière les murs des couvents), affirmer le libre choix des confesseurs et accompagnateurs, veiller à la distinction des fors interne et externe. L'appel à des tiers laïcs compétents, hommes et femmes, est une évidence. De même que la levée du secret, qui a rendu possible trop de scandales érotico-mystiques, et donc la publication des sanctions. Il faut tracer les candidats à la vie religieuse errant de communauté en couvent à la recherche d'une porte accueillante à leurs immaturités. Et ce alors même que chacun a conscience de l'effondrement démographique de la vie consacrée, inéluctable en Europe occidentale à l'horizon d'une génération.

Le père Tomas Halik, théologien tchèque et sociologue des religions, a caractérisé l'indispensable chimiothérapie à venir, lors de son « introduction spirituelle » à l'Assemblée synodale européenne : « Pour devenir une voix crédible et intelligible à une époque de pluralité radicale, l'Église doit subir une réforme profonde (…). Les abus sexuels jouent pour moi un rôle similaire à celui des scandales liés au commerce des indulgences, juste avant la Réforme. Au début, les deux phénomènes semblaient marginaux. Or tous deux ont révélé des problèmes systémiques beaucoup plus profonds. Dans le cas du commerce des indulgences, il s'agissait de la relation entre l'Église et l'argent, l'Église et le pouvoir, le clergé et les laïcs. Dans le cas des abus sexuels, psychologiques et spirituels, il s'agit de la maladie du système que le pape François a appelée « cléricalisme ». Il s'agit avant tout d'un abus de pouvoir et d'autorité. »

Frédéric Mounier, dans La Croix

François Odinet : l'Église réformée par ses « périphéries »

Le constat de Frédéric Mounier n'est pas sans rappeler ce que le père François Odinet écrivait dans la revue Etudes en mars 2022 : « L'Église ne pourra se contenter d'un simple ajustement des procédures, même si une telle révision est requise : la réforme dont il s'agit touche à la manière même dont l'Église se constitue ».

Dans de nombreux pays, dont la France, l'ampleur des crimes et délits commis dans l'Église catholique est apparue, ainsi que la terrible dissimulation qui a favorisé leur perpétuation. Cette prise de conscience advient alors que le pape François promeut la synodalité comme chemin voulu par Dieu pour l'Église au troisième millénaire1. Simultanément, il appelle avec insistance les catholiques à « rêver"2. Cette conjonction suffit à attester qu'une réforme profonde est attendue dans l'Église. Celle-ci ne pourra se contenter d'un simple ajustement des procédures, même si une telle révision est requise : la réforme dont il s'agit touche à la manière même dont l'Église se constitue.

[…]

Ce qui rend possible une réforme en profondeur dans l'Église, c'est la capacité des communautés à expérimenter une forme de plasticité grâce à des rencontres plus qu'à des idées. L'Église se réforme vraiment quand elle prend au sérieux les rencontres, plus que quand elle applique des stratégies.

Père François Odinet