Le dispositif « Renaître » sera t-il opérationnel en septembre ?
Semaine du 1er au 7 juin 2026 (article 1/10) >>
Le dispositif « Renaître » sera t-il opérationnel en septembre ?
La CEF n'en doute pas, alors que la personne à la tête du dispositif n'a pas encore été nommée.
L'association Fraternité Victimes a lancé, jusqu'au 5 juin, un audit des diocèses « pour jauger leur préparation » à l'accueil de gens traumatisés, indique Mélanie Debrabant, sa présidente. Parmi les questions : Renaître est-il déjà installé, à trois mois de l'échéance ? Quelle est la formation des accompagnants ? Y a-t-il un budget dédié ? Las, le résultat n'est « pas fou », déplore-t-elle, les réponses qu'elle a commencé à examiner lui inspirant une « très grande inquiétude ».
« Un seul diocèse nous a dit clairement que c'était en cours, d'autres ont fait une réponse laconique disant qu'ils seraient opérationnels au 1er septembre, sans détails, et certains que cela ne nous regardait pas », résume la présidente de Fraternité Victimes, précisant avoir reçu « peu de réponses ». Alors, les victimes craignent « un grand vide » au 1er septembre. Contactée, la Conférence des évêques de France (CEF) nous a répondu que la nouvelle instance serait bel et bien opérationnelle à la date prévue.
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Il faudra bien un nouveau chef à la tête de cet organe, vital pour l'Église et ardemment souhaité par les évêques. Mais qui ? Interrogée, la CEF indique qu'une « personne sollicitée a manifesté un réel intérêt et a donné une réponse favorable », mais que « le temps de l'annonce de son nom n'est pas encore advenu, pour des raisons liées à ses activités actuelles ». Et d'ajouter qu'elle a été choisie « pour ses compétences, son éthique, son professionnalisme et sa probité ».
Informations complémentaires
Dispositif "Renaître"
- https://eglise.catholique.fr/sengager-dans-la-societe/lutter-contre-pedophilie/actualite-de-lutte-contre-pedophilie/570533-dispositif-renaitre-victimes-mineures/
- https://www.lavie.fr/christianisme/eglise/cest-la-gueule-de-bois-le-dispositif-renaitre-inquiete-les-victimes-de-violences-sexuelles-dans-leglise-103722.php
Présentation
Le dispositif « Renaître » est une structure permanente d'accueil et d'accompagnement des victimes de violences sexuelles commises par des clercs ou des laïcs missionnés alors qu'elles étaient mineures. Il a été voté en mars 2026 lors de l'assemblée plénière des évêques à Lourdes 🡵. Il est appelé à succéder à l'Inirr et deviendra opérationnel le 1er septembre 2026.
Contrairement à l'Inirr qui était une instance centralisée, « le dispositif « Renaître » s'articulera autour d'un réseau de proximité constitué d'une part des cellules d'accueil et d'écoute diocésaines sous la responsabilité des évêques, et d'autre part, de groupes d'accompagnants répartis sur tout le territoire national et coordonnés par une instance nationale indépendante ».
Critiques
Le nom
« Renaître » laisse entendre un changement radical, comme un nouveau départ à partir d'une page blanche. Mais pour les victimes, l'objectif de la démarche de réparation est de parvenir à vivre un peu mieux avec le traumatisme subi, qui n'est jamais effacé. On est donc loin d'une renaissance.
Le titre même du dispositif fait réagir. Joanna a l'impression que « quelque chose s'est renversé. On passe d'une instance où l'Église « reconnaît » ses torts et essaie de « réparer » à une injonction envers les victimes, appelées à « renaître ». C'est la tactique des agresseurs, qui retournent la honte et renvoient la responsabilité à leurs victimes ». Selon elle, avec le nouveau dispositif, « l'Église n'assume plus sa responsabilité ».
— La Vie
L'indépendance
Tout d'abord, il est nécessaire de rappeler que « le dispositif « Renaître » s'articulera autour d'un réseau de proximité constitué d'une part des cellules d'accueil et d'écoute diocésaines sous la responsabilité des évêques, et d'autre part, de groupes d'accompagnants coordonnés par une instance nationale indépendante » 🡵.
- La partie constituée des cellules d'accueil et d'écoute diocésaines n'est, par définition, pas indépendante : elle est « sous la responsabilité des évêques » 🡵 ;
- Les « groupes d'accompagnants coordonnés par une instance nationale indépendante » 🡵 auront pour leur part à prouver qu'ils ne se sont pas constitués par des réseaux internes de cooptation.
« J'ai participé à la cellule d'écoute de mon diocèse, explique Joanna, je sais ce que c'est. Tout le monde se connaît entre catholiques locaux. Comment voulez-vous être dans une optique un peu neutre ou d'écoute réelle, sans conflit de loyauté ? Ce n'est pas possible de ne pas être tenté de défendre des gens qu'on connaît, son curé, son voisin, sa voisine. Tout le monde se connaît, surtout dans les petits diocèses. Il faut que ce soit dépaysé. »
— La Vie
Le professionnalisme
L'accompagnement nécessaire aux victimes nécessite des professionnels de santé formés à la prise en charge du psychotrauma. Disposer de bénévoles (ou même de salariés), même de très bonne volonté, n'est donc pas suffisant. Il semble difficile que tous les diocèses disposent d'une telle équipe alors que certaines cellules d'écoute diocésaines ont déjà été mises en cause pour leur manque de professionnalisme.
La CEF indique : « un accompagnement personnalisé est mis en place par des personnes spécifiquement formées par l'instance nationale » 🡵. On ne forme pas des personnes à la prise en charge des psychotrauma dans l'urgence. La bonne volonté ne suffit pas. Il faut recruter des professionnels de santé pour ne pas que l'accompagnement puisse faire plus de mal que de bien. Il faut bien garder à l'esprit que les traumatismes vécus par les victimes sont extrêmement intenses et profonds. La bonne volonté seule ne suffit pas pour les prendre en charge.
« Dans les cellules d'écoute, les personnes sont bénévoles. Elles donnent de leur temps et sont bien intentionnées, mais sans formation au psychotrauma et en droit, cela risque de faire plus de mal que de bien. » Or, selon ces témoins, l'Inirr était justement arrivée à un stade de professionnalisme très satisfaisant.
— La Vie
La reconnaissance
Le point de rupture le plus technique concerne la procédure de reconnaissance symbolique. Le nouveau dispositif prévoit une distinction fondamentale :
- Une lettre de reconnaissance si l'auteur est condamné par la justice des hommes.
- Une simple lettre d'accueil des souffrances en cas de prescription, de décès de l'auteur ou de classement sans suite.
Cette distinction est vécue comme une minimisation du crime. Là où l'INIRR fondait sa légitimité sur la notion de vraisemblance — « croire la victime » sur la base de son récit — « Renaître » semble réindexer la reconnaissance sur la preuve légale. Pour les victimes dont les agresseurs sont morts ou protégés par la prescription, cette « lettre d'accueil » ne reconnaît rien ; elle se contente de constater une douleur sans en admettre la source criminelle. C'est l'abandon d'un acquis majeur de la justice restaurative au profit d'un formalisme froid.
— AMPASEO
La réparation financière
La réparation financière (dite « contribution financière ») est dissociée des démarches restauratives et devient une demande à part, ce qui ancre davantage son caractère optionnel : « la demande doit être faite explicitement par la personne victime au terme de son parcours » 🡵.
Les évêques ont choisi de ne pas reconduire le barème d'indemnisation de l'Inirr : « le montant est évalué selon une grille nationale établie par l'instance indépendante, en association avec les évêques » 🡵.
Il est probable que le denier de l'Église soit utilisé pour financer la « contribution financière » : « le financement assuré par un fonds dédié, sera alimenté par une cotisation obligatoire de tous les diocèses de France » 🡵.
Pour Michel, « ce qui m'a alerté est qu'il est question d’« aide financière ». Or, c'est un débat que nous avions eu au tout début des discussions pour l'Inirr, il y a cinq ou six ans. Il ne s'agit pas d'une aide, mais d'une réparation. Pour moi, les évêques ne sont pas débarrassés de la culture du bon samaritain. Ils pensent être le bon samaritain alors qu'ils sont le larron, le lévite et le prêtre. Dans cette posture, cela ne peut pas marcher. Car ce qu'ils vont nous donner, au lieu que ce soit un dû, une dette à honorer, se transforme en charité de la part de l'institution. Et la victime, par ricochet, devient redevable. » Il oscille entre désespoir et rire fatigué : « Majoritairement, je ne pense pas que ce soit de la mauvaise foi ou de la volonté de nuire. Ils ne comprennent pas. Ils sont dans leur bulle. »
— La Vie
Fraternité Victimes
L'association Fraternité Victimes a été créée le 13 février 2024 🡵.
Elle agit selon quatre axes 🡵 :
- Aider les personnes victimes dans leurs démarches administratives, dans les besoins matériels qu'elles peuvent avoir, ou dans un accompagnement beaucoup plus simple sous forme de compagnonnage (discussion, balade, visite, moments de convivialité).
- Tisser un réseau de professionnels compétents et prêts à aider les personnes victimes, avec une éventuelle prise en charge financière par l'association : psychologues, psychiatres, avocats, juristes, assistants sociaux, expert en droit canon (droit de l'Église).
- Former les membres de l'association, mais aussi plus largement les laïcs et les responsables religieux à l'écoute, à la détection de comportements à risque, à la conduite à tenir pour anticiper les abus.
- Mener une réflexion juridique transverse (droit civil, droit pénal, droit canonique) pour disposer d'une capacité d'intervention, éclairer l'Église et le débat public.
Il est possible de contacter l'association via un formulaire : https://www.fraternite-victimes.fr/nous-contacter/
Il est possible se recevoir des informations par WhatsApp : https://chat.whatsapp.com/Fvc0fkWIhPeBF7iTDN6rgc