Visite du pape en France : les victimes de Bétharram demandent une audience

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Visite du pape en France : les victimes de Bétharram demandent une audience

Le collectif d'Alain Esquerre fait cinq propositions concrètes qu'il présente dans la lettre de demande d'audience.

Congrégation de Bétharram (82) Léon XIV (11)

À quelques mois de la visite du Pape Léon XIV à Lourdes, prévue pour la fin du mois de septembre, le collectif des victimes de Bétharram créé par Alain Esquerre adresse une lettre au Saint-Père pour demander une brève audience. Ni revendicative ni polémique, selon ses propres termes, cette démarche vise à obtenir un geste spirituel fort et à remettre un plan d'action en cinq points pour la reconnaissance, la réparation et la protection des enfants.

MONTAUT, le 22 Mai 2026

Très Saint-Père,

À l'occasion de votre venue annoncée à Lourdes, le Collectif historique des victimes de Bétharram, porté par Alain Esquerre et réunissant à ce jour plus de 200 victimes de Bétharram, souhaite solliciter respectueusement un temps bref d'audience, dans un esprit de prière, de bénédiction et de vérité.

Notre première demande date du 22 juillet 2025 et s'inscrit dans une démarche de continuité. Une rencontre a déjà eu lieu à Lourdes avec Mgr Éric de Moulins-Beaufort, alors président de la Conférence des évêques de France, afin d'alerter l'Église sur la gravité du scandale de Bétharram et sur la nécessité d'actes à la hauteur des souffrances subies.

C'est donc vers vous, Très Saint-Père, que nous nous tournons de nouveau pour agir, par un geste spirituel fort et par l'écoute de propositions concrètes portées par les victimes elles-mêmes depuis le début de notre action. Elle ne se veut ni polémique ni revendicative, mais fidèle à une exigence de vérité, de justice, de réparation et de protection des enfants comme nous l'avions déjà proposé à la Congrégation des prêtres du Sacré Cœur de Jésus.

Le collectif souhaiterait qu'une délégation restreinte puisse être reçue quelques minutes afin de vivre, si cela était possible, un temps de prière dédié aux victimes, de recevoir une bénédiction de Votre Sainteté et de vous remettre un document de travail présentant cinq propositions simples et concrètes. Ces propositions ne relèvent pas d'un plaidoyer abstrait, mais d'un plan d'action destiné à protéger, réparer et prévenir.

Nous avons à cœur d'œuvrer ensemble, afin de rendre justice, à Saint Michel Garricoïts et aux enfants dont il voulait prendre soin, dont les mémoires ici se trouvent profanées par l'un des plus grand crime de masse pédo-criminel de France et par ses ramifications à l'étranger.

C'est dans cet esprit qu'une série documentaire sur le scandale de Bétharram portée par une plate-forme américaine à diffusion mondiale est en préparation.

Car enfin, si l'Église ne se dit pas Elle-même victime, Elle aussi, de ces actes immondes, alors Elle reste perçue comme étant du côté des criminels, contre les victimes.

Bétharram est l'occasion unique de permettre à l'Église de rejoindre en victime, les enfants perdus, les âmes brisées, pour ensemble, montrer au monde, que le Bien triomphe du Mal.

Ces cinq propositions sont les suivantes :

  1. La reconnaissance par l'Église de sa responsabilité dans le scandale de Bétharram, au-delà de la seule congrégation des Pères de Bétharram, avec une traduction concrète en terme de responsabilité financière et en accompagnement thérapeutique des anciens élèves victimes et de leurs frais de justice.
  2. La formation obligatoire des prêtres aux violences sexuelles et physiques, incluant une rencontre avec des victimes a minima tous les cinq ans, afin que cette réalité ne soit jamais tenue à distance.
  3. L'accompagnement personnalisé de chaque prêtre agresseur par un référent victime préalablement formé, dans une logique de reconstruction personnelle, de prise de conscience et d'engagement pour la protection des enfants d'aujourd'hui.
  4. La formation obligatoire des séminaristes par des rencontres avec des victimes, afin que les futurs prêtres mesurent concrètement les conséquences humaines et psychologiques de telles violences.
  5. L'aide au financement, au côté de l'État et des congrégations, de la mise en place d'un organisme indépendant intégrant les commissions existantes (CRR, INIRR….) organisé par les victimes elles-mêmes et appuyé par des professionnels afin de créer un partenariat inédit pour qu'enfin aucune victime ne reste seule et qu'aucun enfant ne soit exposé sans protection.

Dans le contexte de Lourdes, un tel geste aurait une portée humaine, ecclésiale et symbolique considérable. Pour toutes les victimes, il représenterait à la fois un signe de reconnaissance, un appel à la responsabilité et une exhortation concrète de l'Église universelle à agir davantage.

Dans l'espérance qu'une attention bienveillante pourra être portée à cette demande, veuillez recevoir, Très Saint-Père, l'expression de notre profond respect.

Pour le Collectif des victimes de Bétharram,

Alain ESQUERRE,
Lanceur d'alerte et porte-parole
Auteur du livre « Le silence de Bétharram »

Lettre publiée sur Riposte Catholique

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