Prévention de la pédocriminalité : le Dr Antoine Pelissolo appelle à changer d'approche
<< Semaine du 18 au 24 mai 2026 (article 7/8) >>
Prévention de la pédocriminalité : le Dr Antoine Pelissolo appelle à changer d'approche
« Traiter la pédocriminalité presque exclusivement sous l'angle judiciaire, après les faits, c'est trop tard ».
Dans une tribune au « Monde », le médecin estime nécessaire de prévenir les passages à l'acte, ce qui suppose de lever un « tabou anthropologique majeur », concernant une pathologie pulsionnelle qui n'est pas si marginale 🡵.
Une société qui n'envisage pas lucidement la question des auteurs reste dans une logique de réparation et non de prévention réelle. Les violences sexuelles sur mineurs, qui concernent chaque année 160 000 enfants en France, aussi inconcevables soient- elles, ont une telle récurrence et omniprésence qu'elles doivent nous interroger autrement. Les pédocriminels sont souvent des hommes bien insérés socialement, pères de famille, éducateurs, de tous les milieux sociaux. Des hommes qui correspondent rarement aux figures monstrueuses que l'imaginaire collectif préfère convoquer pour tenir le problème à distance de soi.
Cette difficulté à penser les auteurs participe d'un déni ancien, où l'on préfère considérer les violences sexuelles sur enfants comme des anomalies monstrueuses mais marginales, plutôt que comme un phénomène humain structurel. Les données sont pourtant formelles la plupart des violences sont commises dans les espaces ordinaires de la vie sociale et familiale. Le danger n'est pas extérieur à la société ; il est produit en son sein.
Nous continuons ainsi à traiter la pédocriminalité presque exclusivement sous l'angle judiciaire, après les faits donc trop tard ou par des protocoles de dépistage et de surveillance dans les institutions, mais avec des résultats nettement insuffisants.
Pour progresser, il nous faut accepter une idée très inconfortable il existe, dans toute société, des individus, qui sont dans la très grande majorité des cas des hommes, présentant des attirances sexuelles envers les enfants, des difficultés majeures de contrôle pulsionnel, et des trajectoires de violence ou de vulnérabilité pouvant conduire à des passages à l'acte. Il faut ouvrir ce débat, en faire un objet politique pour mener à une véritable prise de conscience, voire un électrochoc. Que chacun se sente concerné et s'interroge.
Un volet essentiel de cette démarche est la prévention individuelle. Certaines personnes concernées n'ont jamais commis d'infraction et peuvent chercher elles- mêmes à éviter le passage à l'acte. Or, elles n'ont pas facilement accès à des dispositifs de soins précoces, anonymes et spécialisés. La honte, la peur et l'absence de structures adaptées conduisent au silence jusqu'à la catastrophe. Des réponses existent en France, portées par les centres ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (CRIAVS), mais elles restent embryonnaires, et les professionnels de santé eux-mêmes n'ont que très peu de connaissances dans ce domaine.
— Le Monde