Affaire Le Gac : un cas d'école de mauvaise gestion des abus au sein de l'Église catholique

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Affaire Le Gac : un cas d'école de mauvaise gestion des abus au sein de l'Église catholique

Un long article de la Vie résume deux décennies d'alertes.

Père Jean-Michel Le Gac (2) Mgr Joseph Madec (1) Mgr Dominique Rey (15) Diocèse de Fréjus-Toulon (20) Foyers de Charité (15)

Dans La Vie, Pierre Jova signe cette semaine un article intitulé Dans le diocèse de Toulon, l'affaire Le Gac refait surface 20 ans après la condamnation du prêtre pédocriminel.

Sur la base de cet article, voici la liste des alertes remontées à Mgr Joseph Madec et Mgr Dominique Rey.

Années 1980-1990 — Les premiers signaux ignorés

  • Quand le père Le Gac était vicaire à Sanary, Mgr Joseph Madec reconnaît avoir été alerté : « Quand il était vicaire à Sanary, quelques échos m'avaient alerté sur son comportement trop affectif à l'égard des enfants. Je l'avais alors convoqué et décidé de l'éloigner de tout ministère en l'envoyant à Rome pendant deux années (de 1991 à 1993, ndlr). Mais je n'avais pas cru bon de garder trace de ces alertes, qui ne sont donc pas dans son dossier. À son retour de Rome, j'ai cru naïvement que la leçon avait porté et que tout était en ordre. Je lui ai donc fait confiance et l'ai nommé à La Farlède. »
  • « Un autre témoignage fait état d'un abus commis dans le cadre du scoutisme, quand Jean-Michel Le Gac avait 19 ans ».

2001 — Les alertes explicites des parents de Louis

  • Les parents de Louis s'inquiètent de « sa proximité fusionnelle avec Louis » : il lui écrivait des lettres, voulait l'emmener à la pêche seul. Ils soupçonnent un lien entre le mal-être de leur fils et l'attitude du père Jean-Michel Le Gac.
  • Lors de la célébration des confirmations au printemps 2001, ils font part de leurs inquiétudes à Mgr Dominique Rey : « Il ne semblait pas comprendre, et encore moins prendre en compte nos alertes. »

2002 — Les courriers délirants du père Le Gac, remis à l'évêque

  • Après que les parents retirent Louis de l'aumônerie, le père Le Gac leur adresse des lettres révélatrices : « Je n'ai pas à quémander quoi que ce soit pour voir un garçon de 14 ans », écrit-il, avant de se comparer au Christ au jardin de Gethsémani.
  • En juin 2002, les parents remettent l'intégralité de cette correspondance à Mgr Dominique Rey lors d'un rendez-vous à La Castille. « Il ne les a pas photocopiés. »
  • Quand Jeanne apprend que Mgr Rey nomme le père Le Gac à l'internat de saint Bonnet, elle l'interpelle directement : « C'est le pire lieu pour lui ! Il n'est pas bien dans sa peau et vous comptez le mettre en face de gamins. Il va y avoir un drame ! ». A l'époque, elle pensait davantage à un suicide du père Le Gac, mais la suite lui a donné tristement raison…

2002-2003 — La nomination à l'internat de saint Bonnet

  • Mgr Rey déplace le père Le Gac au Foyer de charité de Châteauneuf-de-Galaure, avec pour mission d'être aumônier du collège Saint-Bonnet, un internat de garçons. « L'établissement Saint-Bonnet a accueilli le père Le Gac suite à la demande de l'évêque de Toulon, sans information supplémentaire, situation inenvisageable aujourd'hui mais malheureusement répandue il y a plus de 20 ans. »
  • « Dès le 1er septembre 2002, le prêtre s'en prend à plusieurs adolescents. Des documents judiciaires que nous avons pu consulter détaillent des gestes « commis par une personne abusant de l'autorité que lui conféraient ses fonctions » »

2004 — L'aveu du père Le Gac lui-même

Depuis sa cellule, le père Le Gac écrit : « Je suis effaré de constater qu'on me reproche des choses qui étaient dans un dossier à l'évêché (qui l'a donné à la gendarmerie) et dont on ne m'avait jamais parlé ! », avec l'ajout : « depuis plus de 20 ans ! »

Les alertes institutionnelles ignorées

  • En 2005, Jeanne envoie au comité consultatif de l'Église catholique en matière d'abus sur mineurs trois courriers signalant des prêtres du Var. « Le comité se contente de renvoyer les lettres sans les ouvrir, prétendant que c'est à elle de s'adresser à la justice, alors que le Code pénal français lui impose une obligation de signalement. »
  • Selon l'équipe diocésaine actuelle : « Le dossier comporte des mentions de lettres de familles adressées à partir de 2001 faisant état des problématiques rencontrées alors avec M. Le Gac. Ces lettres ne figurent pas au dossier. »

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