Congrégation des Pères de Bétharram : le « Manifeste du Fondateur » édulcoré dans une version plus consensuelle

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Congrégation des Pères de Bétharram : le « Manifeste du Fondateur » édulcoré dans une version plus consensuelle

Une transformation repérée par l'Association des Victimes de Notre-Dame de Bétharram.

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L’Association des Victimes de Notre-Dame de Bétharram a analysé les publications officielles de la Congrégation des Pères de Bétharram, et plus particulièrement les modifications textuelles apportées au « Manifeste du Fondateur » de Michel Garicoïts. L'institution semble opérer un véritable lissage sémantique de ses textes fondateurs, soulevant la question d'une dissimulation délibérée des notions les plus controversées, notamment celle de « l'anéantissement ».

De la Manipulation des Textes

En créant son nouveau site Internet www.betharram.org , la Congrégation des Pères de Bétharram a entrepris un « nettoyage » des textes de son Saint fondateur Michel Garicoïts, dont le contenu est mis en cause par les victimes.

Cela lui permet d'édulcorer le texte nommé « Manifeste du Fondateur », qui fait l'apologie de « l'anéantissement » des autres pour l'assimiler à une mission divine.

Il a plu à Dieu de se faire aimer, et tandis que nous étions ses ennemis, il nous a tant aimés qu'il nous a envoyé son Fils unique: il nous l'a donné pour être l'attrait qui nous gagne à l'amour divin, le modèle qui nous montre les règles de l'amour, et le moyen de parvenir à l'amour divin: le Fils de Dieu s'est fait chair.

Au moment qu'il entra dans le monde, animé de l'Esprit de son Père, il se livra à tous ses desseins sur lui, il se mit à la place de toutes les victimes: « Vous n'avez point voulu, dit-il, d'hostie et d'oblation, mais vous m'avez formé un corps… les holocaustes et les victimes pour le péché ne vous ont pas plu; alors j'ai dit: Me voici, je viens pour accomplir votre volonté, ô mon Dieu! »

Il entra dans la carrière par ce grand acte qu'il ne discontinua jamais. Dès ce moment, il demeura toujours en état de victime, anéanti devant Dieu, ne faisant rien, par lui-même, agissant toujours par l'Esprit de Dieu, constamment abandonné aux ordres de Dieu pour souffrir et faire tout ce qu'il voudrait: Exinanivit semetipsum, factus obediens usque ad mortem, mortem autem crucis.

C'est ainsi que Dieu nous a aimés…

À la vue de ce spectacle prodigieux, les prêtres de Bétharram se sont sentis portés à se dévouer pour imiter Jésus anéanti et obéissant, et pour s'employer tout entiers à procurer aux autres le même bonheur, sous la protection de Marie toujours disposée à tout ce que Dieu voudrait, et toujours soumise à tout ce que Dieu faisait.

— Préface des Constitutions de 1838

Le texte d'origine emploie l'expression « imiter Jésus anéanti et obéissant », qui n'est conservée que dans le texte en italien, qui semble être devenue la version de référence :

Di fronte a questo spe/acolo prodigioso, i Preti di Bétharram si sono sentiti spinti ad impegnarsi per imitare Gesù annientato ed obbediente e a consacrarsi interamente per procurare agli altri la stessa gioia, so/o la protezione di Maria, sempre disposta a tu/o quello che era volere di Dio, e sempre so/omessa a ciò che faceva Dio.

https://www.betharram.org/la-nostra-spiritualita/

Les versions en anglais, français, portugais et espagnol adoptent une formulation assagie : the humble Jesus / l'humble Jésus / Jesús humilde.

Faced with this prodigious spectacle, the Priests of Betharram felt compelled to commit themselves to imitating the humble and obedient Jesus and to consecrate themselves entirely to procuring the same joy for others, under the protection of Mary, always ready to do whatever was God's will, and always submissive to what God did."

https://www.betharram.org/en/la-nostra-spiritualita/

Face à ce spectacle prodigieux, les prêtres de Bétharram se sentirent obligés de s'engager à imiter l'humble et obéissant Jésus et de se consacrer entièrement à procurer la même joie aux autres, sous la protection de Marie, toujours prêts à faire la volonté de Dieu et toujours soumis à ce que Dieu faisait.

https://www.betharram.org/fr/la-nostra-spiritualita/

Diante desse espetáculo prodigioso, os sacerdotes de Betarram sentiram-se compelidos a se comprometerem a imitar o humilde e obediente Jesus e a se consagrar inteiramente a proporcionar a mesma alegria aos outros, sob a proteção de Maria, sempre prontos a fazer tudo o que fosse da vontade de Deus e sempre submissos àquilo que Deus fazia.

https://www.betharram.org/pt/la-nostra-spiritualita/

Ante este espectáculo prodigioso, los sacerdotes de Betharram se sintieron impulsados a comprometerse a imitar a Jesús humilde y obediente y a consagrarse enteramente a procurar a los demás la misma alegría, bajo la protección de María, siempre dispuestos a hacer lo que fuera la voluntad de Dios y siempre sumisos a lo que Dios hacía.

https://www.betharram.org/en/la-nostra-spiritualita/

En comparant les deux versions en français, on constate que le texte a subi des modifications.

Texte initialTexte modifié
Il a plu à Dieu de se faire aimer, et tandis que nous étions ses ennemis, il nous a tant aimés qu'il nous a envoyé son Fils unique : il nous l'a donné pour être l'attrait qui nous gagne à l'amour divin, le modèle qui nous montre les règles de l'amour, et le moyen de parvenir à l'amour divin : le Fils de Dieu s'est fait chair.« Dieu a voulu se faire aimer, et, alors que nous étions ses ennemis, il nous a tellement aimés qu'il nous a envoyé son Fils unique : il nous l'a donné pour être l'attraction qui nous lie à l'amour divin : le Fils de Dieu s'est fait chair.
Au moment qu'il entra dans le monde, animé de l'Esprit de son Père, il se livra à tous ses desseins sur lui, il se mit à la place de toutes les victimes : Vous n'avez point voulu, dit-il, d'hostie et d'oblation, mais vous m'avez formé un corps … les holocaustes et les victimes pour le péché ne vous ont pas plu ; alors j'ai dit : « Me voici, je viens pour accomplir votre volonté, ô mon Dieu ! »Au moment de sa venue au monde, poussé par l'Esprit de son Père, il s'est abandonné à tous les desseins qu'il avait faits pour lui- même, s'offrant lui-même à la place de toutes les victimes : « Tu n'as voulu ni sacrifice ni offrande, a-t-il dit, mais tu m'as préparé un corps ; tu n'as pris plaisir ni aux holocaustes ni aux sacrifices pour le péché. Alors j'ai dit : Voici, je viens pour faire ta volonté, ô Dieu ! »
Il entra dans la carrière par ce grand acte qu'il ne discontinua jamais. Dès ce moment, il demeura toujours en état de victime, anéanti devant Dieu, ne faisant rien, par lui-même, agissant toujours par l'Esprit de Dieu, constamment abandonné aux ordres de Dieu pour souffrir et faire tout ce qu'il voudrait : il s'est anéanti en se faisant obéissant jusqu'à la mort, et la mort sur la croix …Il est entré dans le monde par ce grand acte, qu'il n'a jamais cessé d'accomplir. » Dès lors, il demeura toujours dans l'état de victime, anéanti devant Dieu, ne faisant rien de lui- même, mais agissant toujours, mû par l'Esprit de Dieu, constamment abandonné à la volonté divine, pour souffrir et accomplir tout ce qu'il commandait : « Exinanivit semetipsum, factus obediens unque ad mortem, mortem autem crucis ».
C'est ainsi que Dieu nous a aimés …À ce moment, Dieu nous a aimés ; ainsi Jésus-Christ, notre Seigneur et Créateur, est devenu une attraction ineffable pour le cœur, un modèle parfait et un secours puissant. Pourtant, les hommes sont froids envers Dieu ! Et même parmi les prêtres, rares sont ceux qui disent, suivant l'exemple du divin Maître : « Nous voici !… Ita Pater… »
À la vue de ce spectacle prodigieux, les prêtres de Bétharram se sont sentis portés à se dévouer pour imiter Jésus anéanti et obéissant, et pour s'employer tout entiers à procurer aux autres le même bonheur, sous la protection de Marie toujours disposée à tout ce que Dieu voudrait, et toujours soumise à tout ce que Dieu faisait.Face à ce spectacle prodigieux, les prêtres de Bétharram se sont sentis contraints de s'engager à imiter l'humble et obéissant Jésus et de se consacrer entièrement à procurer la même joie aux autres, sous la protection de Marie, toujours prêts à faire la volonté de Dieu et toujours soumis à son œuvre.

Il s'agit d'une sorte de « jeu des traductions », déjà signalé par un de nos correspondants pour d'autres documents publiés par l'église catholique.

La Congrégation peut ainsi publier simultanément plusieurs versions qui créent la confusion en véhiculant des messages différents, et elle peut aussi faire disparaître un texte qui dérange. Cela constitue une manipulation des textes.

Bernard COLLENOT
Association des Victimes de Notre-Dame de Bétharram

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