Congrégation de Bétharram : accusations de viol et d'agression sexuelle au Maroc

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Congrégation de Bétharram : accusations de viol et d'agression sexuelle au Maroc

Les faits auraient eu lieu dans le collège de Casablanca, dans les années 1960.

Père Louis Pucheu (1) Père Pierre Salla (1) Congrégation de Bétharram (80) Maroc (1)

À 76 ans, ce Saône-et-Loirien, habitant aux portes du Morvan, a décidé de lancer deux procédures pour faire reconnaître le viol et l'agression sexuelle dont il dit avoir été victime dans son collège de Casablanca, à l'époque géré par la congrégation de Bétharram.

En 1964, le jeune homme est en classe de 4e. Après une séance de pelote basque, le collégien reste ranger le matériel. « Je suis allé me doucher alors que tous mes camarades étaient déjà repartis. [Le professeur, le père Salla] est arrivé derrière moi, m'a maintenu fermement contre lui et j'ai senti qu'il me pénétrait. » Le collégien se débat. « Depuis tout jeune, je faisais de la lutte gréco-romaine. Je lui ai presque arraché les testicules. »

Il raconte le viol à son référent qui prévient son grand-père. Ce dernier fait intervenir un ami ministre marocain et laisse le choix à son petit-fils de finir l'année scolaire ou de partir. « Après la première fois, je n'aurais pas dû rester, j'ai fait une connerie. » Le père Salla aurait juré sur un crucifix de ne pas recommencer, et pourtant…

Un an après, le père Pucheu, surnommé « le Cogneur » par les élèves, convainc le collégien de rester au pensionnat pour le week-end alors qu'une sortie en bus est prévue. Le père Salla arrive, baisse le short du jeune homme et lui dit qu'ils vont passer « un bon moment tous les deux ». L'élève se jette sur eux, d'autres prêtres doivent intervenir pour les séparer. « J'ai quitté l'établissement en catastrophe, le jour même », poursuit notre témoin.

[…]

Quand les tiroirs de son esprit se sont ouverts il y a quelques mois, l'homme s'est confié au prêtre de sa paroisse qui l'a adressé au diocèse. Son témoignage a été transmis à la CRR, la Commission reconnaissance et réparation. Il a alors contacté ses copains de l'époque. Et a eu la confirmation qu'il n'était pas seul. À ce moment du récit, ses yeux bleus perçants s'embuent. Il lui faut marquer une pause. « Dans un des sous-sols, il y avait une salle qui servait pour des activités. Ils m'ont raconté que le garçon, ils l'y emmenaient et le déshabillaient. Ils lui mettaient le torse contre la table, les mains et les pieds attachés aux pieds de la table. Ils lui introduisaient un bâton avec de la vaseline et après, ils le violaient. Puis ils lui disaient : « Les prochaines fois, tu te laisseras faire et ce sera calme. » Et ces « prochaines fois » ont eu lieu… […] Si je ne m'étais pas défendu, moi aussi j'y aurais eu droit. » Si d'anciens camarades se sont confiés à lui, ils n'iront pas plus loin. Même des décennies après, « ils ont tous peur de parler. Il ne faut pas oublier que l'Église est très puissante. »

Le JSL

D'une main un peu tremblante, le septuagénaire montre une photo de classe en noir et blanc. Des élèves, tous des garçons de 4e, immortalisés en 1964, l'année où le Saône-et-Loirien dit avoir été violé. Au premier plan, au centre et en soutane, ils posent au milieu des collégiens : le père Pucheu (à gauche) et le père Salla. Ce dernier, 35 ans, était professeur d'espagnol, donnait des cours de pelote basque et était responsable du dortoir. Après l'agression et l'intervention du ministre, il aurait été chassé du Maroc et serait retourné à Bétharram, en France. Il est décédé le 31 décembre 2024, six mois avant que notre témoin ne lance la procédure. « Pendant des années, je l'ai cherché. C'était prescrit, mais au moins, je l'aurais mis au pied du mur. Quand j'ai appris qu'il était mort, j'ai demandé à la congrégation qu'on me fournisse son parcours. J'attends la réponse. » Quant au père Pucheu, il était père préfet, le numéro 2 de l'établissement, et à ce titre, « il avait la main sur tous les élèves ». Il aurait été révoqué après les faits et l'ancien militaire considère que « justice a été faite, puisqu'il a dû quitter les ordres et a été ramené à l'état de laïc ». Nous ignorons s'il est décédé, ce qui est fort probable, il avait une quarantaine d'années à l'époque. L'école Charles-de-Foucauld de Casablanca a été fondée en 1936 par les jésuites, le Maroc était alors sous protectorat français, il ne l'était plus au moment des faits dénoncés. En 1975, l'école ne dépend déjà plus de Bétharram, elle est aujourd'hui gérée par l'Ecam, l'enseignement catholique au Maroc.

Le JSL

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