Dispositif « Renaître » : une tribune critique de membres de l'association Parler et Revivre

<<   Semaine du 27 avril au 3 mai 2026 (article 3/7)   >>

Dispositif « Renaître » : une tribune critique de membres de l'association Parler et Revivre

« Il ne peut y avoir de réparation crédible dès lors que l'institution recommence à prendre la main sur ce qu'elle devrait accepter de ne plus maîtriser seule. »

Dispositif "Renaître" (8) Association Parler et Revivre (3) Olivier Savignac (2)

Une tribune cosignée par trois membres de l'association Parler et Revivre :

  • Olivier Savignac, Président
  • Hélène Bodin, Secrétaire
  • Christian Vogels, Secrétaire

Ce qui se joue n'est pas un simple ajustement technique, mais une réorientation institutionnelle majeure dans la reconnaissance, la réparation et l'accueil de la parole des personnes victimes dans l'Église.

En 2022, au moment de la mise en place effective de l'Inirr, nous alertions déjà sur un point essentiel : pour les personnes victimes de violences sexuelles dans l'Église, la réparation financière ne pouvait être ni accessoire, ni laissée à l'appréciation variable des dispositifs. Quatre ans plus tard, le problème n'est plus seulement celui des modalités de la réparation. C'est désormais le cadre même qui risque d'être fragilisé.

Si, depuis la publication du rapport de la Ciase, la parole s'est ouverte, elle est encore très loin de s'être déployée à l'échelle de ce que l'Église catholique a laissé se produire pendant des décennies. A ce jour, seules 1 800 personnes victimes se sont adressées à l'Inirr, sur les 330 000 victimes de violences sexuelles dans l'Église − selon l'estimation de la Ciase −, soit 0,55 %.

Ce constat devrait inciter à la prudence et à la consolidation de ce qui a été difficilement mis en place, plutôt qu'à reconfigurer trop précocement cette instance. Car la crise n'est pas derrière nous. Elle est encore là, liée à la lenteur avec laquelle la parole émerge, à la difficulté extrême qu'il y a, pour une victime, à écrire, raconter, revenir sur les faits ; ou même supporter les mots nécessaires pour évoquer ce passé.

Le rapport de la Ciase avait établi que l'Église catholique ne devait pas répondre simplement de la responsabilité de quelques auteurs, mais de celle d'un système, d'un fonctionnement, d'une culture institutionnelle ayant permis, couvert ou déplacé les violences. Il avait posé une exigence de reconnaissance, de réparation et de responsabilité institutionnelle. C'est pourquoi l'indépendance du processus n'était pas secondaire, mais constituait, au contraire, une condition centrale de crédibilité.

Or, avec le nouveau dispositif Renaître, un glissement s'opère. Les mots de reconnaissance et de réparation s'effacent au profit de l'idée d'un « chemin de reconstruction ». « Renaître » : le terme même est problématique. Il laisse entendre que l'institution ecclésiale pourrait se poser comme le lieu de ce relèvement, là où elle devrait d'abord répondre de ce qu'elle a produit, couvert ou laissé faire. Derrière ce vocabulaire, une autre logique se dessine : on passe d'une instance nationale indépendante, certes imparfaite mais identifiée, à une organisation dont le centre de gravité se trouve être au cœur de l'institution ecclésiale.

Une institution ne peut pas prétendre accueillir, cadrer et orienter seule la parole de celles et ceux qui viennent précisément dire ce qu'elle a rendu possible, couvert ou négligé. Lorsqu'une institution a failli à ce point, elle doit accepter qu'un tiers réellement indépendant garantisse le sérieux du processus par lequel elle reconnaît les faits et répare ce qu'elle doit. L'indépendance n'est pas une option. Elle est la condition de la confiance.

La reconstruction des personnes, absolument nécessaire, ne peut contourner la question de la réparation financière. La dette n'est pas que symbolique, elle est institutionnelle. La réparation ne se réduit ni à l'écoute ni à l'accompagnement : elle suppose l'établissement des faits, la recherche des responsabilités, la reconnaissance des torts causés, dans un cadre qui protège la personne victime de toute manipulation par l'institution qui l'a trahie.

De ce point de vue, le dispositif Renaître s'inscrit dans une architecture qui pose problème. Il s'appuie en effet largement sur les cellules diocésaines d'écoute et d'accueil. Or les diocèses n'ont ni les mêmes moyens, pratiques et compétences, ni la même culture de traitement de ces questions. Les audits et les retours accumulés ces dernières années ont déjà montré des fragilités et différences notables.

Le Monde

Informations complémentaires