« Daniel Marguerat, l'enquête impossible » : un article du magazine Le Cri
Une enquête sur une trentaine d'années d'omerta.
Le théologien et auteur de best-sellers sur la vie de Jésus et de saint Paul aurait fait l'objet de plusieurs signalements pour des abus sexuels lorsqu'il était enseignant à l'université de Lausanne. L'affaire, relancée ces dernières années par la presse helvétique, nourrit malaise et indignation dans les Églises réformées romandes, notamment dans le canton de Vaud, où l'ancien professeur est reconnu comme pasteur. Alors que les institutions se défaussent les unes sur les autres et peinent à se lancer dans un travail de vérité, les victimes présumées ne disposent pas encore d'un dispositif d'écoute adéquat. « Le Cri » a enquêté sur une trentaine d'années d'omerta.
Le théologien, présumé innocent, reconnaît certains gestes mais en conteste la qualification (il parle de gestes « considérés comme trop familiers entre un professeur et une étudiante »). Il qualifie d'autres accusations de « calomnies » et de « mensonges absolus ».
Un intellectuel protestant de premier plan
Daniel Marguerat est pasteur, exégète et bibliste suisse, professeur émérite à la faculté de théologie de l'université de Lausanne où il a enseigné le Nouveau Testament de 1984 à 2008. Il est une personnalité publique, reconnue dans le monde entier pour ses talents de vulgarisation et ses livres sur la vie de Jésus et de saint Paul : Il a publié les deux best sellers Vie et destin de Jésus de Nazareth (2019) et Paul de Tarse, l'enfant terrible du christianisme (2023).
Protestinfo
Deux journalistes de l'agence Protestinfo qui enquêtaient sur ces liens ont été licenciés peu après une visite présumée de Marguerat dans leurs locaux — un départ officiellement justifié par une divergence éditoriale.
Des signalements négligés
- 1997 : une étudiante de théologie aurait aurait déposé un signalement our violences sexuelles auprès d'un service dédié de l'Unil
- 1999 : des étudiants constituent un dossier dans lequel il est fait état d’« au mois trois personnes, dont un étudiant embrassé par Daniel Marguerat à l'occasion d'une convocation dans son bureau. »
- 2012 : une doctorante de Daniel Marguerat remet un dossier d'une trentaine de pages décrivant « des discriminations de toutes sortes, subies par une dizaine de femmes de la faculté de théologie »
Les institutions (université, État, Église) se renvoient la responsabilité
La difficulté à démêler les nœuds de cette histoire et à prendre des mesures réside en partie dans la complexe identification des institutions responsables. « Dans cette affaire, tout le monde se dit qu'il n'a pas le bon bout pour agir », commente une observatrice. À l'époque des signalements, les institutions suisses sont particulièrement intriquées : les professeurs honoraires sont par exemple nommés par l'État de Vaud et les pasteurs ont un statut proche de la fonction publique jusqu'en 2007. « L'université, l'État et l'Église portent chacun une part de responsabilité. En définitive, on a une figure qui a circulé entre les trois institutions et qui en est devenue intouchable », analyse la même observatrice.
— Le Cri
L'EERV annonce la création d'une nouvelle structure indépendante pour traiter les abus
Dans le système Suisse, chaque Église cantonale est responsable de la gestion des abus. L'EERV, l'une des plus importantes de Suisse romande en taille comme en ressources, a annoncé début 2026 vouloir remplacer le Groupe d'experts pour la prévention et la protection des abus (GREPPA), créé en 2021, par une nouvelle structure « aux objectifs plus ambitieux », la Fondation pour la prévention, la protection et la lutte contre les abus (FPPLA). Spécialiste en droit pénal, Jean-François Meylan, son premier président, insiste sur le caractère indépendant de la fondation et souligne la création, en parallèle d'une cellule d'écoute, d'une cellule d'instruction qui aura la possibilité « de faire des recommandations concrètes au Conseil synodal ».
— Le Cri
Informations complémentaires
Daniel Marguerat
Daniel Marguerat est pasteur, exégète et bibliste suisse, professeur émérite à la faculté de théologie de l'université de Lausanne où il a enseigné le Nouveau Testament de 1984 à 2008. Il est une personnalité publique, reconnue dans le monde entier pour ses talents de vulgarisation et ses livres sur la vie de Jésus et de saint Paul : Il a publié les deux best sellers Vie et destin de Jésus de Nazareth (2019) et Paul de Tarse, l'enfant terrible du christianisme (2023).
Dates clé
- 1943 Naissance 🡵
- 1984-2008 Il enseigne le Nouveau Testament à l'université de Lausanne 🡵
- 1997 Une étudiante de théologie aurait aurait déposé un signalement our violences sexuelles auprès d'un service dédié de l'Unil 🡵
- 1999 Des étudiants constituent un dossier dans lequel il est fait état d’« au mois trois personnes, dont un étudiant embrassé par Daniel Marguerat à l'occasion d'une convocation dans son bureau. » 🡵
- 2012 Une doctorante de Daniel Marguerat remet un dossier d'une trentaine de pages décrivant « des discriminations de toutes sortes, subies par une dizaine de femmes de la faculté de théologie » 🡵
- 2024 Le journal Le Temps, dans une enquête menée par deux journalistes de l'agence d'actualité protestante Protestinfo, révèle qu’« un professeur de la faculté de théologie de l'université de Lausanne, connu pour ses ouvrages de vulgarisation » était soupçonné de « violences sexuelles » sur des étudiantes à la fin des années 1990. S'il n'était pas explicitement nommé, l'identité de Daniel Marguerat faisait peu de doute 🡵. Les deux journalistes ont été licenciés peu après une visite présumée de Marguerat dans les locaux de l'agence — un départ officiellement justifié par une divergence éditoriale 🡵
- 2026
- Le magazine Le Cri publie « Daniel Marguerat, l'enquête impossible », et révèle ainsi publiquement le nom de la personne mise en cause 🡵
- Les délégués des Églises réformées ont demandé à leurs paroisses et autres instances de ne plus « solliciter » Daniel Marguerat et de suspendre toute « collaboration publique ou institutionnelle » avec lui, indique un communiqué de presse. Il est en outre demandé au théologien de renoncer lui-même aux activités liées à son statut de pasteur ou de professeur dans le cadre de ces églises. Des mesures conservatoires prévues pour un an, renouvelables selon l'évolution du dossier judiciaire 🡵
Le théologien, présumé innocent, reconnaît certains gestes mais en conteste la qualification (il parle de gestes « considérés comme trop familiers entre un professeur et une étudiante »). Il qualifie d'autres accusations de « calomnies » et de « mensonges absolus ».
Qui aurait du agir ?
La difficulté à démêler les nœuds de cette histoire et à prendre des mesures réside en partie dans la complexe identification des institutions responsables. « Dans cette affaire, tout le monde se dit qu'il n'a pas le bon bout pour agir », commente une observatrice. À l'époque des signalements, les institutions suisses sont particulièrement intriquées : les professeurs honoraires sont par exemple nommés par l'État de Vaud et les pasteurs ont un statut proche de la fonction publique jusqu'en 2007. « L'université, l'État et l'Église portent chacun une part de responsabilité. En définitive, on a une figure qui a circulé entre les trois institutions et qui en est devenue intouchable », analyse la même observatrice.
— Le Cri