Psychospirituel : les inquiétudes des évêques en… 2011
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Psychospirituel : les inquiétudes des évêques en… 2011
Le compte-rendu d'un groupe de travail.
Le Groupe de réflexion « Spirituel et Psychologie » se composait de :
- Mgr Michel SANTIER, Président, évêque de Créteil ;
- Mgr André DUPLEIX, Secrétaire général adjoint de la Conférence des Évêques de France ;
- Mgr Denis LECOMPTE, Coordinateur de « Pastorale, Nouvelles Croyances et Dérives sectaires » ;
- M. Bertran CHAUDET, diacre, Coordinateur de « Pastorale, Nouvelles Croyances et Dérives sectaires » ;
- P. Claude FLIPO, s.j., (Lille) ;
- P. Étienne GARIN, s.j., (Paris) ;
- Dr Bertrand GUIOUILLIER, Psychiatre et psychanalyste (Le Mans) ;
- P. Étienne MICHELIN, Notre-Dame-de-Vie (Vénasque) ;
- Sr Marie-Ancilla, moniale dominicaine (Lourdes) (qui a participé jusqu'en juin 2011).
Ce que notre Groupe de réflexion recommanderait volontiers aux évêques de notre pays
Affirmons d'abord que notre Groupe a éprouvé de la joie à réfléchir à ces initiatives. Elles laissent entendre, au-delà de leurs ambiguïtés, que des chrétiens s'engagent avec audace au nom de leur souci de l'homme pour inventer, proposer, organiser des démarches centrées sur la recherche d'un mieux-être. Mais ce même Groupe de réflexion n'hésite pas à formuler quelques vives recommandations :
- Il convient d'éviter, malgré leur grand impact, d'accréditer les sessions de guérison intérieure lorsqu'elles n'offrent pas les conditions nécessaires pour mettre en œuvre la distinction fondamentale entre la vie spirituelle et la vie psychique. Il s'agit également de veiller à ne pas s'y rendre présent de manière officielle. La moindre marque publique d'intérêt ou le plus petit signe officiel d'attention risque d'être présentés ensuite comme une approbation et même un envoi. Ces propositions sont entachées de « messianisme temporel ». Les baptisés méritent mieux, et ce serait mésestimer leur foi que de les laisser penser que l'Évangile se réduit à cela.
- Il peut apparaître nécessaire de refuser de telles démarches dans un diocèse. Ce qui est sûr est qu'il importe d'obtenir que les prêtres du diocèse ne contredisent pas cette attitude de prudence de leur évêque.
- Il importe de tout faire pour que ces « organisateurs de sessions » soient davantage accompagnés, interpellés et remis en question par des théologiens et maîtres spirituels chevronnés. Il revient à l'évêque de l'exiger, mais il ne serait guère opportun qu'il effectue cette tâche lui-même.
- Nombre de personnes ou de familles ont été victimes de ces ″sessions de guérisons intérieures″, ou de ″prières de guérison″, menées sans discernement et aboutissant parfois à des ruptures entre conjoints ou entre parents et enfants. Certaines familles victimes ont pris conscience de ces dérives et ont demandé à des responsables ecclésiaux d'intervenir. Leurs dossiers sont consistants et factuels. Ils n'ont à ce jour trouvé aucune réponse satisfaisante. Ces familles ont alors fait appel aux pouvoirs publics, à la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), si bien que des enquêtes sont en cours. Des articles, émissions de télévision et de radio seraient prévus pour les mois à venir. Ces familles sont en attente d'une position claire des autorités ecclésiales. Elles demandent que leurs proches, dont la mémoire est maintenant habitée par de faux souvenirs induits, puissent être écoutés par des personnes compétentes pour tenter de réparer les préjudices moraux et parfois financiers occasionnés par ces dérives.
- Sans doute faudrait-il enseigner plus souvent que tout sacrement, notamment celui de la réconciliation, offre un fruit de guérison, et que celle-ci est avant tout conversion. Cette conversion permet à la grâce du sacrement de porter des fruits de guérison psychosociologique, et même physique, en réordonnant tout l'être intérieur.
- Veillons aussi à encourager les groupes dans lesquels s'approfondit la connaissance de l'Écriture, et surtout celle des récits de la Passion et de la Résurrection qui nous révèlent une toute autre manière de vivre nos blessures. C'est bien ce que le Concile Vatican II nous suggère dans la dernière phrase de la Constitution dogmatique Dei Verbum : « De même que l'Église reçoit un accroissement de vie par la fréquentation assidue du mystère eucharistique, ainsi peut-on espérer qu'un renouveau de la vie spirituelle jaillira d'une vénération croissante pour la parole de Dieu qui « demeure à jamais » (Is 40,8 et 1 P 1,23-25) ».