Dispositif « Renaître » : réaction du collectif AMPASEO

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Dispositif « Renaître » : réaction du collectif AMPASEO

Une communication à la suite de la visioconférence du 9 avril 2026 organisée par la CEF.

Dispositif "Renaître" (6) Inirr (9) CEF (42) Cellules d'accueil et d'écoute diocésaines (4) AMPASEO (4)

Si tous les éléments de ce communiqué rejoignent ce qui est dénoncé unanimement par les collectifs de victimes, un point n°6 est une précision importante qui n'a été relevée que par l'AMPASEO :

6> La reconnaissance au-delà de la condamnation judiciaire

Le point de rupture le plus technique concerne la procédure de reconnaissance symbolique. Le nouveau dispositif prévoit une distinction fondamentale :

  • Une lettre de reconnaissance si l'auteur est condamné par la justice des hommes.
  • Une simple lettre d'accueil des souffrances en cas de prescription, de décès de l'auteur ou de classement sans suite.

Cette distinction est vécue comme une minimisation du crime. Là où l'INIRR fondait sa légitimité sur la notion de vraisemblance — « croire la victime » sur la base de son récit — « Renaître » semble réindexer la reconnaissance sur la preuve légale. Pour les victimes dont les agresseurs sont morts ou protégés par la prescription, cette « lettre d'accueil » ne reconnaît rien ; elle se contente de constater une douleur sans en admettre la source criminelle. C'est l'abandon d'un acquis majeur de la justice restaurative au profit d'un formalisme froid.

Voici la réaction du collectif AMPASEO, dans son intégralité :

Visioconférence le 9 avril 2026 organisée par la CEF
38 victimes et représentants de collectifs ou associations étaient présents

Présentation aux victimes du dispositif « Renaître » par les évêques Gérard Le Stang et Laurent Percerou

Pourquoi le nouveau dispositif de l'Église de France réactive la douleur des victimes

1> Le poids du silence et le défi de la durée

Le 31 août prochain, l'Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (INIRR) cessera d'accueillir des nouvelles demandes. Dès le lendemain, le 1er septembre, un nouveau dispositif permanent baptisé « Renaître » prendra le relais. Ce passage de témoin n'est pas une simple transition administrative ; il cristallise un paradoxe éthique majeur. Si l'Église de France affirme vouloir pérenniser l'accompagnement des victimes en le réinscrivant en son sein, les collectifs de victimes y voient une régression, voire une trahison. Comment réparer l'irréparable quand l'outil de réparation semble conçu sans ceux qu'il prétend secourir ? Le défi de la confiance, déjà fragile, se heurte ici à une structure qui, sous couvert de durabilité, risque de rétablir les murs de l'entresoi.

Avant de réaliser un plan pérenne quelles sont les personnes qualifiées consultées ?

A l'heure de la synodalité promue ces dernières années il serait bienvenu et nécessaire de connaitre le processus de discernement mis en œuvre pour élaborer ce dispositif.

2> De l'urgence à la pérennité : Ce que change le dispositif « Renaître »

Pour Mgr Gérard Le Stang, l'INIRR était un dispositif de crise, une réponse nécessaire mais temporaire à la déflagration du rapport de la Ciase. L'ambition de « Renaître » est de transformer cette réponse en une structure durable. Le projet repose sur quatre piliers : la prévention, la réponse judiciaire (pénale et canonique), l'accompagnement des victimes et le suivi des auteurs.

Toutefois, cette institutionnalisation inquiète. Bien que voté à la quasi-unanimité, les évêques qualifient le dispositif de squelette. Sans vie.

Ce flou n'est pas perçu comme une étape de co-construction, mais comme une stratégie de contrôle : en présentant une charpente sans habillage précis, l'institution se réserve le droit de définir seule les modalités de son action, reléguant les victimes à un rôle de figurants de leur propre reconstruction.

3> Le choc des mots : « Renaître » ne passe pas auprès des victimes

Le choix du terme « Renaître » révèle un gouffre sémantique et théologique. Là où les évêques voient une promesse de résilience et de croissance, les victimes reçoivent une violence supplémentaire. Le mot est jugé impropre, car il impose une injonction à l'avenir alors que la dette envers le passé n'est pas soldée.

L'analyse de cette tension montre un glissement de paradigme : l'Église abandonne le vocabulaire de la dette de justice pour celui de la logique de charité. En remplaçant la « réparation » par la « contribution » ou le « don », l'institution semble chercher à transformer un droit en une faveur. Pour les victimes, ce passage de la justice à la « renaissance » est une manière subtile de dissoudre la responsabilité systémique dans un flou spirituel.

« Nous ne demandons pas la charité de l'Église catholique. Nous demandons la justice. C'est quelque chose qui nous est dû en réponse aux conséquences lourdes, graves, durables que nous avons tous subi » indique une victime.

4> Le retour au local : Un pari sur une confiance brisée

La grande rupture de « Renaître » est le retour vers les Églises locales. Si une instance nationale subsiste, le dispositif encourage le passage par les cellules d'accueil diocésaines. Ce choix est justifié par une volonté de « responsabiliser » les territoires, mais il réactive la peur de l'entre-soi institutionnel.

Les critiques pointent un manque criant de professionnalisme.Est cité l'exemple d'un membre de cellule, ancien ingénieur, ayant brisé la confidentialité d'un dossier par ignorance des protocoles de psychotraumatisme. Au-delà des compétences, c'est la sociologie du dispositif qui pose question : l'institution reprend le contrôle du temps et du flux.

En gérant le calendrier et les modalités d'accueil localement, l'Église rend une parole contradictoire efficace quasi impossible, sature l'espace de décision et maintient la victime dans une position de dépendance face à la structure même qui a failli.

5> A propos du dispositif financier

Le dispositif ne prévoit pas de nommer cette dépense « réparation ». Réparation a pourtant un sens dans la tradition spirituelle de l'Église.

Cette résistance sémantique prouve que si le portefeuille s'ouvre, il peine à s'effacer devant l'exigence de justice.

6> La reconnaissance au-delà de la condamnation judiciaire

Le point de rupture le plus technique concerne la procédure de reconnaissance symbolique. Le nouveau dispositif prévoit une distinction fondamentale :

  • Une lettre de reconnaissance si l'auteur est condamné par la justice des hommes.
  • Une simple lettre d'accueil des souffrances en cas de prescription, de décès de l'auteur ou de classement sans suite.

Cette distinction est vécue comme une minimisation du crime. Là où l'INIRR fondait sa légitimité sur la notion de vraisemblance — « croire la victime » sur la base de son récit — « Renaître » semble réindexer la reconnaissance sur la preuve légale. Pour les victimes dont les agresseurs sont morts ou protégés par la prescription, cette « lettre d'accueil » ne reconnaît rien ; elle se contente de constater une douleur sans en admettre la source criminelle. C'est l'abandon d'un acquis majeur de la justice restaurative au profit d'un formalisme froid.

7> Conclusion : Un pont encore à construire

La rencontre entre les évêques et les collectifs de victimes a mis en lumière un échec de la co-construction. L'institution a voté à l'unanimité un dispositif que les bénéficiaires rejettent unanimement avec force. Ce « pont rompu » témoigne d'une Église qui, tout en voulant bien faire, reste prisonnière de ses propres logiques, privilégiant sa pérennité structurelle à la radicalité de la demande de justice.

La place réelle de la victime au centre de l'institution reste, à ce jour, une intention non suivie d'effets tangibles.

Une institution peut-elle être à la fois juge, partie et accompagnatrice de la renaissance de ceux qu'elle a elle-même blessés ? Le professionnalisme et l'externalité pour garantir la dimensions de tiers sont nécessaire pour faire justice. Sans une réelle indépendance et un retour à la notion de vraisemblance, le dispositif « Renaître » risque fort de n'être que le nom d'un nouveau malentendu.

Nous vous remercions de l'attention que vous porterez à ce document, de nous considérer comme partenaires à part entière afin de prolonger la réflexion engagée.

— AMPASEO

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