Dispositif « Renaître » : la présidente de l'Inirr préoccupée par le projet des évêques

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Dispositif « Renaître » : la présidente de l'Inirr préoccupée par le projet des évêques

« Les premières pistes présentées par la CEF ébranlent les fondements et les convictions qui m'animent. »

Dispositif "Renaître" (6) Inirr (9) CEF (42) Cellules d'accueil et d'écoute diocésaines (4)

Comment avez-vous pris connaissance du dispositif Renaître, qui doit prendre la suite de l'Inirr ?

Nous avons découvert le dispositif comme tout le monde, à distance, lors de l'assemblée plénière des évêques à Lourdes. Je n'ai pas reçu d'information spécifique ni détaillée, et je n'en ai donc qu'une vision très générale. Pourtant, depuis janvier 2026, nous avions été conviés à trois réunions à la Conférence des évêques de France (CEF). Il faut être clair, ces réunions n'étaient pas des espaces de coconstruction, les orientations pour un nouveau dispositif étaient déjà arrêtées. Elles nous ont été présentées et nous avons pu réagir, pas travailler. La différence est majeure.

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Quel regard portez-vous sur ce dispositif tel qu'il vous apparaît aujourd'hui ?

Nous savions que l'Inirr avait une fin puisque la lettre de mission contenait un mandat de trois ans, qui a été renouvelé une fois pour 18 mois. L'instance a été pensée comme une réponse de crise à une situation de crise. Le problème, c'est que la crise n'est pas terminée ! Il y a régulièrement des rebonds : un an après la publication du rapport de la Ciase, à l'assemblée plénière de novembre 2022, nous apprenions que 11 évêques, certains encore en responsabilité, étaient directement mis en cause.

En 2024, les révélations concernant l'abbé Pierre ont réactivé le traumatisme de nombreuses personnes victimes, qui se sont alors adressées à l'Inirr. Le doute se réinstalle et la perte de confiance dans l'Église est ravivée : « Même lui ! » Puis, début 2025, avec la médiatisation de l'affaire Bétharram et la commission parlementaire, naît une nouvelle onde de choc autour de l'enseignement catholique. À chaque fois, cela engendre des pics de sollicitations.

Au regard de l'échéance de la lettre de mission, du rajeunissement des personnes victimes et aussi du fait que les mis en cause sont de plus en plus souvent vivants, nous sommes à un moment où la transformation doit être envisagée. Simplement, il faut garantir une forme de continuité, de cohérence à la suite de la Ciase et de l'Inirr. Or, le modèle proposé aujourd'hui, conçu sans nous, s'éloigne dangereusement des principes qui ont fait la pertinence de l'Inirr.

Quels principes vous semblent fondamentaux dans la réponse que l'Église institutionnelle doit apporter aux personnes qui ont été victimes en son sein ?

La clé de voûte, c'est l'indépendance. Sans indépendance, il n'y a pas de confiance possible. Et sans confiance, il n'y a pas de chemin de réparation. Pour cela, les personnes victimes doivent pouvoir s'adresser à un tiers, extérieur, et non à l'institution qui est à l'origine des pires moments de leur vie et de leurs souffrances (en premier lieu les agressions, mais aussi l'organisation du silence qui a suivi).

Cette indépendance n'est pas théorique : elle se traduit dans la gouvernance, dans le recrutement, dans le positionnement même des équipes, dans la localisation. Elle suppose une distance réelle vis-à-vis de l'Église. Or, réintégrer le dispositif dans les diocèses revient à effacer cette distance. Concrètement, le mandat actuel garantit l'autonomie de décision et d'organisation, les moyens de fonctionner, et prévoit des modalités de rendre compte qui passent par un rapport d'activité rendu public chaque année.

Nous veillons ainsi depuis le début de la construction de l'instance à l'équilibre du positionnement de nos membres vis-à-vis de l'Église, c'est une condition sine qua non. Qu'ils soient salariés ou bénévoles, aucun n'est en mission ecclésiale, afin de garantir la neutralité. Ce qui signifie aussi qu'il ne peut y avoir chez eux d'esprit de revanche ou d'animosité vis-à-vis de l'Église ni de mépris vis-à-vis de la foi ou de la religion.

Ce cadre est celui qui avait été posé dans le rapport de la Ciase d'abord, mais également dans la volonté exprimée par les évêques quand ils m'ont confié la lettre de mission, qui décrit avec force ce principe d'indépendance, contenu dans le nom même de l'Inirr. La surprise pour moi en découvrant qu'il disparaît est donc très forte.

Un autre point fondamental est celui du professionnalisme, garanti par le recrutement, la formation (elle est longue et exigeante chez nous), la supervision, la pluridisciplinarité et l'évaluation de notre action.

La Vie

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