Dispositif « Renaître » : une décision très insatisfaisante prise sans les victimes
<< Semaine du 6 au 12 avril 2026 (article 5/12) >>
Dispositif « Renaître » : une décision très insatisfaisante prise sans les victimes
Une tribune initiée par le collectif De la parole aux actes.
La décision récente des évêques de France de supprimer l'Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (INIRR) pour la remplacer par une nouvelle structure au cadre encore flou, mais annoncée comme opérationnelle au 1er septembre 2026, suscite une profonde inquiétude parmi les victimes de violences sexuelles au sein de l'Église catholique et chez les associations qui les accompagnent.
Cette inquiétude n'est pas abstraite, elle repose sur un constat simple : rien, dans le dispositif annoncé, ne garantit l'indépendance réelle de cette future instance vis-à-vis de la hiérarchie de l'Église catholique. Depuis des années, les victimes dénoncent un système où l'Église s'auto-régule sans contrôle extérieur. L'indépendance revendiquée par ces commissions interroge au regard de leurs liens avec la hiérarchie de l'Église catholique. Cette réalité ne peut plus être ignorée, alors comment accepter que la reconnaissance et la réparation de ces crimes et délits sexuels continuent d'être organisées, directement ou indirectement, par l'institution même dans laquelle ils ont été perpétrés ?
Une décision prise sans les victimes
Plus choquant encore : cette réforme a été décidée sans aucune consultation des collectifs et associations de victimes, pourtant aujourd'hui structurés et porteurs d'une expertise ancrée dans leur vécu. Depuis trop longtemps, la parole des victimes a été confisquée, minimisée, instrumentalisée, et les exclure une fois de plus des décisions qui les concernent est une faute morale.
Les victimes ne peuvent pas être simplement informées a posteriori, comme ce fut le cas lors d'une réunion entre évêques et représentants d'associations et collectifs de victimes ce mardi 7 avril 2026. Les victimes doivent être pleinement associées aux décisions, non comme de simples témoins passifs mais comme de véritables acteurs dont la dignité exige la participation active dans l'application du droit, et dans les engagements pris à leur égard. Continuer à décider sans elles revient à prolonger la violence institutionnelle.
Rompre avec l'entre-soi
L'enjeu central est celui de l'indépendance. Pour être crédible une instance de réparation doit être structurellement et juridiquement extérieure à l'institution mise en cause, ce qui implique une rupture claire avec les logiques de l'entre-soi et du flou juridique.
L'Église catholique ne peut être ni juge, ni organisatrice, ni régulatrice de ce dispositif, mais doit être reconnue pour ce qu'elle est dans ce contexte : une institution responsable, appelée à contribuer financièrement à la réparation, mais extérieure à la décision.
Au sein des associations de victimes, des approches différentes existent quant aux modalités permettant de garantir cette indépendance. Certaines appellent à une implication structurante de l'État dans l'organisation et le contrôle du dispositif de réparation, tandis que d'autres estiment que l'Église catholique doit, par une refonte profonde de ses mécanismes, être en mesure d'en assurer elle-même les garanties. En tout cas, ces approches distinctes se rejoignent sur une exigence commune, celle d'une indépendance réelle, vérifiable et effective, condition indispensable à la confiance et à la justice
Garantir le droit commun et l'égalité
Les victimes de violences sexuelles dans l'Église catholique sont aussi des citoyens et à ce titre relèvent du droit commun. La France ne peut plus tolérer un système dans lequel une institution organise elle-même les réponses à ses propres défaillances. Les victimes et leurs associations ne peuvent plus accepter ce morcellement des structures de réparation sur lesquelles personne ne sait vraiment comment sont traités les dommages psychiques, relationnels, matériels et financiers de toutes les violences, qu'elles soient physiques, psychiques, spirituelles et/ou sexuelles.
Cette exigence est d'autant plus forte pour les nombreuses victimes dont les faits sont aujourd'hui prescrits ou dont les auteurs sont décédés, rendant toute voie judiciaire impossible. Des dispositifs tripartites existent ailleurs (Espagne, Allemagne, Belgique) qui ne constituent pas un modèle idéal mais posent un minimum essentiel : la réparation ne peut être laissée à la seule institution responsable.
Nous alertons également sur le danger de certains « accompagnements » non professionnels. Les traumatismes systémiques liés aux violences spirituelles et/ou sexuelles, souvent complexes et durables, exigent des prises en charge professionnelles rigoureuses. Ils ne peuvent en aucun cas relever de dispositifs informels, d'accompagnements insuffisamment encadrés, voire dépendants d'un évêque. La sécurité des victimes impose le recours exclusif à des professionnels de santé qualifiés, indépendants de toute influence institutionnelle ou confessionnelle.
Reconstruire sur des bases légitimes
Dans ce contexte, nous demandons solennellement :
- La suspension immédiate du dispositif annoncé par les évêques ;
- L'ouverture d'une concertation réelle avec l'ensemble des collectifs et associations de victimes ;
- Et, à l'appel de certaines associations de victimes, l'engagement de l'État dans la construction d'un dispositif conforme au droit commun, via la mise en place d'un cadre de gouvernance garantissant une indépendance effective et l'intégration des victimes à tous les niveaux de décision.
Il ne s'agit pas seulement d'organiser des procédures. Il s'agit de réparer des vies brisées. Aucune confiance n'est due, elle se mérite par des actes. Aucune réforme ne sera légitime si elle se fait sans les victimes. Aucune instance ne sera crédible sans indépendance réelle. Aucune réparation ne sera juste si elle est décidée sans celles et ceux qui l'attendent depuis des décennies.
Les victimes ne demandent plus à être entendues. Elles exigent d'être parties prenantes. Et cela ne peut plus attendre.
Fait à Paris, le 9 avril 2026
Ce texte a été initié par le collectif De la parole aux actes.
Signatures :
Collectif de Bétharram
Association des filles du Bon Pasteur
Collectif des victimes d'agressions sexuelles des jésuites
Collectif La parole Accueillie
Collectif Voix libérées
François Devaux (La Parole Libérée)
Collectif Foi et Résilience
Collectif Ribes
Gérard Chaix (Victime)
Mouv'enfants
Association Fraternité victimes
Collectif Ensemble En Vérité (EEV)
Association Tous Ensemble
Collectif Réparez
Alexandre Pieroni (sociologue)
Nathalie Gauché (Victime)
Sophie Ducret (autrice de « Etouffée » Ed.Tallandier)
Collectif P.A.I.X
Informations complémentaires
Dispositif "Renaître"
- https://eglise.catholique.fr/sengager-dans-la-societe/lutter-contre-pedophilie/actualite-de-lutte-contre-pedophilie/570533-dispositif-renaitre-victimes-mineures/
- https://www.lavie.fr/christianisme/eglise/cest-la-gueule-de-bois-le-dispositif-renaitre-inquiete-les-victimes-de-violences-sexuelles-dans-leglise-103722.php
Présentation
Le dispositif « Renaître » est une structure permanente d'accueil et d'accompagnement des victimes de violences sexuelles commises par des clercs ou des laïcs missionnés alors qu'elles étaient mineures. Il a été voté en mars 2026 lors de l'assemblée plénière des évêques à Lourdes 🡵. Il est appelé à succéder à l'Inirr et deviendra opérationnel le 1er septembre 2026.
Contrairement à l'Inirr qui était une instance centralisée, « le dispositif « Renaître » s'articulera autour d'un réseau de proximité constitué d'une part des cellules d'accueil et d'écoute diocésaines sous la responsabilité des évêques, et d'autre part, de groupes d'accompagnants répartis sur tout le territoire national et coordonnés par une instance nationale indépendante ».
Critiques
Le nom
« Renaître » laisse entendre un changement radical, comme un nouveau départ à partir d'une page blanche. Mais pour les victimes, l'objectif de la démarche de réparation est de parvenir à vivre un peu mieux avec le traumatisme subi, qui n'est jamais effacé. On est donc loin d'une renaissance.
Le titre même du dispositif fait réagir. Joanna a l'impression que « quelque chose s'est renversé. On passe d'une instance où l'Église « reconnaît » ses torts et essaie de « réparer » à une injonction envers les victimes, appelées à « renaître ». C'est la tactique des agresseurs, qui retournent la honte et renvoient la responsabilité à leurs victimes ». Selon elle, avec le nouveau dispositif, « l'Église n'assume plus sa responsabilité ».
— La Vie
L'indépendance
Tout d'abord, il est nécessaire de rappeler que « le dispositif « Renaître » s'articulera autour d'un réseau de proximité constitué d'une part des cellules d'accueil et d'écoute diocésaines sous la responsabilité des évêques, et d'autre part, de groupes d'accompagnants coordonnés par une instance nationale indépendante » 🡵.
- La partie constituée des cellules d'accueil et d'écoute diocésaines n'est, par définition, pas indépendante : elle est « sous la responsabilité des évêques » 🡵 ;
- Les « groupes d'accompagnants coordonnés par une instance nationale indépendante » 🡵 auront pour leur part à prouver qu'ils ne se sont pas constitués par des réseaux internes de cooptation.
« J'ai participé à la cellule d'écoute de mon diocèse, explique Joanna, je sais ce que c'est. Tout le monde se connaît entre catholiques locaux. Comment voulez-vous être dans une optique un peu neutre ou d'écoute réelle, sans conflit de loyauté ? Ce n'est pas possible de ne pas être tenté de défendre des gens qu'on connaît, son curé, son voisin, sa voisine. Tout le monde se connaît, surtout dans les petits diocèses. Il faut que ce soit dépaysé. »
— La Vie
Le professionnalisme
L'accompagnement nécessaire aux victimes nécessite des professionnels de santé formés à la prise en charge du psychotrauma. Disposer de bénévoles (ou même de salariés), même de très bonne volonté, n'est donc pas suffisant. Il semble difficile que tous les diocèses disposent d'une telle équipe alors que certaines cellules d'écoute diocésaines ont déjà été mises en cause pour leur manque de professionnalisme.
La CEF indique : « un accompagnement personnalisé est mis en place par des personnes spécifiquement formées par l'instance nationale » 🡵. On ne forme pas des personnes à la prise en charge des psychotrauma dans l'urgence. La bonne volonté ne suffit pas. Il faut recruter des professionnels de santé pour ne pas que l'accompagnement puisse faire plus de mal que de bien. Il faut bien garder à l'esprit que les traumatismes vécus par les victimes sont extrêmement intenses et profonds. La bonne volonté seule ne suffit pas pour les prendre en charge.
« Dans les cellules d'écoute, les personnes sont bénévoles. Elles donnent de leur temps et sont bien intentionnées, mais sans formation au psychotrauma et en droit, cela risque de faire plus de mal que de bien. » Or, selon ces témoins, l'Inirr était justement arrivée à un stade de professionnalisme très satisfaisant.
— La Vie
La réparation financière
La réparation financière (dite « contribution financière ») est dissociée des démarches restauratives et devient une demande à part, ce qui ancre davantage son caractère optionnel : « la demande doit être faite explicitement par la personne victime au terme de son parcours » 🡵.
Les évêques ont choisi de ne pas reconduire le barème d'indemnisation de l'Inirr : « le montant est évalué selon une grille nationale établie par l'instance indépendante, en association avec les évêques » 🡵.
Il est probable que le denier de l'Église soit utilisé pour financer la « contribution financière » : « le financement assuré par un fonds dédié, sera alimenté par une cotisation obligatoire de tous les diocèses de France » 🡵.
Pour Michel, « ce qui m'a alerté est qu'il est question d’« aide financière ». Or, c'est un débat que nous avions eu au tout début des discussions pour l'Inirr, il y a cinq ou six ans. Il ne s'agit pas d'une aide, mais d'une réparation. Pour moi, les évêques ne sont pas débarrassés de la culture du bon samaritain. Ils pensent être le bon samaritain alors qu'ils sont le larron, le lévite et le prêtre. Dans cette posture, cela ne peut pas marcher. Car ce qu'ils vont nous donner, au lieu que ce soit un dû, une dette à honorer, se transforme en charité de la part de l'institution. Et la victime, par ricochet, devient redevable. » Il oscille entre désespoir et rire fatigué : « Majoritairement, je ne pense pas que ce soit de la mauvaise foi ou de la volonté de nuire. Ils ne comprennent pas. Ils sont dans leur bulle. »
— La Vie
Conférence des Évêques de France (CEF)
- https://eglise.catholique.fr/conference-des-eveques-de-france/
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Theodore_McCarrick
- https://www.lefigaro.fr/actualites/2007/11/02/01001-20071102ARTFIG00144-eveques-de-france-election-du-nouveau-president.php
- https://www.la-croix.com/Religion/Age-80-ans-cardinal-francais-Andre-Vingt-Trois-sera-electeur-cas-conclave-2022-11-07-1201241051
- https://www.lavie.fr/christianisme/eglise/election-de-mgr-pontier-un-virage-social-des-eacutevecircques-29761.php
- https://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/bouches-du-rhone/metropole-aix-marseille/marseille/archeveque-marseille-reelu-tete-conference-eveques-france-955001.html
- https://eglise.catholique.fr/espace-presse/communiques-de-presse/election-de-la-presidence-de-la-conference-des-eveques-de-france/
- https://www.la-croix.com/religion/conference-des-eveques-de-france-le-cardinal-jean-marc-aveline-proche-du-pape-francois-elu-president-20250402
- https://eglise.catholique.fr/sengager-dans-la-societe/lutter-contre-pedophilie/523493-quest-ce-que-linirr/
- https://www.fonds-selam.fr/documents-officiels/
- https://www.youtube.com/watch?v=KDC81T4iRHQ
- https://www.la-croix.com/Religion/France/Mgr-Stanislas-Lalanne-quitte-cellule-permanente-lutte-contre-pedophilie-2016-05-29-1200763638
- https://www.rcf.fr/articles/economie-et-societe/lassociation-la-parole-liberee-des-pionniers-de-la-lutte-contre-les
- https://eglise.catholique.fr/sengager-dans-la-societe/lutter-contre-pedophilie/514495-lutte-contre-la-pedophilie-les-resolutions-votees-par-les-eveques-de-france-en-mars-2021/
- https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2025-07/thibault-verny-president-commission-protection-mineurs.html
- https://eglise.catholique.fr/wp-content/uploads/sites/2/2023/06/RA-CEF-2021-2022.pdf
- https://www.catholique88.fr/dispositif-renaitre
- https://luttercontrelapedophilie.catholique.fr/
- https://eglise.catholique.fr/espace-presse/communiques-de-presse/423672-mise-en-ligne-du-site-luttercontrelapedophilie-catholique-fr/
- https://www.fairedelegliseunemaisonsure.fr/
- https://abus-quefaitleglise.catholique.fr/
- https://gardermemoire.fr/
- https://eglise.catholique.fr/espace-presse/communiques-de-presse/561896-lancement-dun-site-internet-pour-garder-memoire-des-violences-sexuelles-commises-dans-un-cadre-ecclesial/
Derniers présidents de la CEF
- 2001-2007 : Cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux 🡵
- 2007-2013 : Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris 🡵
- 2013-2019 : Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille 🡵 🡵
- 2019-2025 : Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims 🡵
- 2025-2028 : Cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille 🡵
Reconnaissance et de réparation

- Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr), que les évêques de France ont décidé de créer lors de l'Assemblée plénière de novembre 2021 🡵. L'Inirr était financée à l'aide du fonds SELAM (Fonds de Solidarité et de Lutte contre les Agressions sexuelles sur Mineurs), fonds de dotation créé en 2021 🡵.
- Dispositif "Renaître", voté par les évêques de France lors de l'Assemblée plénière de mars 2026 afin de succéder à l'Inirr en septembre 2026 🡵.
- Dispositif pour les victimes d'abus alors qu'elles étaient majeures (parfois appelé « dispositif Adultes »)
Cellule et conseils de protection des mineurs

| Dates | Nom de l'instance | Responsables ou présidents |
|---|---|---|
| 2002-2016 | « Cellule de veille » de l'épiscopat sur la pédophilie | ?-2016 Mgr Stanislas Lalanne 🡵 |
| 2016-2021 | Cellule permanente de prévention et de lutte contre la pédophilie (CPPLP) 🡵 | 2016-2021 Mgr Luc Crepy |
| 2021-2025 | Conseil de prévention et de lutte contre la pédophilie 🡵 | 2021-2022 Mgr Luc Crepy 2022-2025 Mgr Thibault Verny 2025 Mgr Gérard Le Stang 🡵 |
| Depuis 2025 | Conseil National pour la Protection des Mineurs (CNPM) | Depuis 2025 Mgr Gérard Le Stang |
| Depuis 2022 | Service National de Protection des Mineurs (SNPM) | Depuis 2022 Ségolaine Moog 🡵 |
Autres organes
- Le Tribunal Pénal Canonique National
- Le dispositif permettant le suivi des auteurs 🡵, dont on ne sait que peu de choses
Sites Internet
- 2016 Lancement du site luttercontrelapedophilie.catholique.fr 🡵 et ouverture de la messagerie paroledevictimes@cef.fr
- 2022 Lancement du site fairedelegliseunemaisonsure.fr, initialement à l'adresse abus-quefaitleglise.catholique.fr
- 2025 Lancement du site gardermemoire.fr 🡵
Voir aussi :
- Accueil Conseil et conciliation / Emprise et dérives sectaires (4)
- Cardinal Jean-Marc Aveline (8)
- Cardinal Jean-Pierre Ricard (2)
- Cellules d'accueil et d'écoute diocésaines (2)
- CIASE (11)
- Conseil National pour la Protection des Mineurs (1)
- Dispositif "Renaître" (3)
- Mgr Éric de Moulins-Beaufort (fiche uniquement)
- Service National de Protection des Mineurs (fiche uniquement)
- Ségolaine Moog (fiche uniquement)
- Tribunal Pénal Canonique National (8)