Affaire Morandini : « Vincent Bolloré défigure la miséricorde chrétienne »

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Affaire Morandini : « Vincent Bolloré défigure la miséricorde chrétienne »

Un tribune de Matthieu Poupart qui dénonce les caricatures du pardon.

Matthieu Poupart (5) Formation (122)

En invoquant le pardon pour absoudre Jean-Marc Morandini, Vincent Bolloré a recours à une culture catholique profondément dévoyée, qui absolutise le salut du coupable, méprise la justice et abandonne les victimes à une indifférence violente, souligne Matthieu Poupart 🡵.

Qui pardonne ?

Ce n'est pas Vincent Bolloré, ni la direction de CNews, qui a été victime des agissements pédocriminels de Jean-Marc Morandini.

La véritable rigueur catholique veut donc que dans cette affaire, l'homme d'affaires breton et la direction de CNews ne sont absolument pas concernés par la question du pardon, mais uniquement par leur responsabilité sociale et leur devoir d'exemplarité – exactement comme, à l'intérieur de l'Église, le droit canon distingue la question du repentir intérieur de la personne et le bon fonctionnement institutionnel d'un diocèse.

En s'appropriant indûment le pouvoir de pardonner une offense qui ne le concerne pas, Vincent Bolloré s'assied sur la place des victimes, ou bien sur le trône de Dieu. Dans un cas comme dans l'autre, il en sera un jour dégagé brutalement s'il ne se ressaisit pas de lui-même.

La Croix

Et les victimes

Il s'inscrit ici dans une tendance épouvantable d'un catholicisme mal compris qui réduit la miséricorde au pardon des pécheurs, en le dépouillant de toute considération pour les victimes innocentes.

[…]

Ce contexte que l'on pourrait appeler le paradigme du confessionnal, centré exclusivement sur l'accusation et le repentir du coupable, a progressivement entraîné une forme d’impensé de l'innocence : on ne pense plus à la victime innocente, justement parce qu'on n'a rien à lui reprocher, mais en conséquence, on ne cherche plus à lui offrir ni le secours de Dieu ni le secours des hommes.

Pour dire les choses franchement, on finit dans ce contexte par véritablement laisser les victimes crever la bouche ouverte – comme l'illustre l'indifférence de Vincent Bolloré envers celles de Jean-Marc Morandini.

La Croix