La mémoire traumatique : explications du Dr Antoine Gérard

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La mémoire traumatique : explications du Dr Antoine Gérard

Les mécanismes physiologiques expliqués dans une interview.

Formation (119)

Antoine Gérard dirige aujourd'hui le service d'addictologie du centre hospitalier Émile-Roux du Puy-en-Velay (Haute-Loire). " J'y reçois énormément de patients souffrant de troubles du stress post-traumatique, mentionne-t-il, liés à des violences physiques, psychiques et sexuelles subies dans leur enfance ou leur adolescence." Ce qui l'a amené à se former en psychotraumatologie 🡵.

[L'union] Comment notre organisme réagit-il lors d'une agression sexuelle ?

[Dr Antoine Gérard] Il provoque une augmentation des taux de sucre et d'adrénaline. Cela prépare le corps à réagir rapidement en augmentant le rythme cardiaque et le flux sanguin vers les muscles. L'idée étant d'échapper au danger, en combattant ou en fuyant.

[L'union] Qu'advient-il si l'on n'y parvient pas ?

[Dr Antoine Gérard] La glycémie et l'adrénaline continuent d'augmenter, ce qui peut s'avérer toxique pour notre organisme. Heureusement, notre cerveau est fait pour le réguler. Il sécrète de la morphine et de la kétamine qui aident la victime à faire face à des émotions trop fortes. Un peu comme si elle assistait, de l'extérieur de son corps, à l'agression sexuelle d'une tierce personne alors que c'est elle qui la subit. Le cerveau rompt alors avec les émotions et la mémoire. Autrement dit, les plombs sautent. Les souvenirs traumatiques sont dissociés des souvenirs normaux. Ils sont « enterrés » dans une autre unité que celle du disque dur du cerveau. Ce qui cause une amnésie dissociative, pouvant être totale ou partielle. Amnésie qui constitue une véritable bombe à retardement.

[L'union] C'est-à-dire ?

[Dr Antoine Gérard] Totale ou partielle, cette perte de mémoire entraîne, à terme, des oublis d'épisodes entiers de la vie. La victime présente des symptômes de la mémoire traumatique, pouvant se manifester dès l'enfance. En l'occurrence, une absence de repères ainsi que des troubles cognitifs qui impactent fortement sa vie sociale, professionnelle et relationnelle.

Sa vie n'est plus qu'un champ de mines. La victime est en souffrance psychologique.

En parallèle, le corps n'oublie pas. Il mémorise tout ce qui est sensoriel. Ainsi, une odeur de salpêtre, une averse de neige ou une main posée sur une épaule… peuvent réactiver l'agression. Elle peut rejaillir plusieurs années, voire des dizaines d'années après la commission des faits. Raison pour laquelle des délais de prescription, par exemple pour le viol, ont été allongés.

[L'union] Quels signaux doivent alerter ?

[Dr Antoine Gérard] Principalement le mal-être, sachant qu'il n'y a pas forcément d'agression sexuelle derrière chaque mal-être. Je conseille par conséquent d'y être attentif et d'être à l'écoute de ceux qui souffrent. De même, de leur proposer une psychothérapie assurée par des psychologues ou psychothérapeutes spécialisés en traumatisme, et si possible formés à la thérapie EMDR. Elle permet de surmonter un stress post-traumatique, en remettant le souvenir au bon endroit. Ce qui demande des années de travail.

L'Union