Il est temps de cesser de chercher un groupe sur lequel rejeter l'opprobre

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Il est temps de cesser de chercher un groupe sur lequel rejeter l'opprobre

Une tribune d'Erwan le Morhedec.

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Après-la-Ciase est un site Internet qui se préoccupe des violences physiques et sexuelles dans le cadre de l'Église catholique. C'est la raison pour laquelle vous ne trouverez que peu d'informations au sujet d'actualités hors de ce cadre. L'article ci-dessous fait justement exception à la ligne éditoriale habituelle.

Dans sa tribune, Erwan le Morhedec nous parle des violences sexuelles dans le périscolaire, notamment parisien. L'occasion de mesurer le chemin parcouru ces dernières années par l'Église catholique, sans pour autant en tirer une quelconque gloire. Et d'acter que le risque de violence physiques et sexuelles « est partout, public ou privé, laïc ou confessionnel, où les enfants sont accueillis, avec une triste prime au déni dans les lieux qui comportent un enjeu idéologique et réputationnel ».

La campagne électorale est terminée. Un vrai soulagement. Notamment pour ceux qui voyaient leur responsabilité un peu trop mise en lumière dans un scandale qui n'a reçu que peu de l'attention qu'il mérite: le périscolaire à Paris. Dès 2015, un rapport de l'Inspection générale de la Ville de Paris mettait en lumière des « dysfonctionnements », en termes d'encadrement, de recrutement et de suivi des signalements.

Il aura fallu attendre dix ans et avril 2025 pour que des parents de la maternelle Alphonse-Baudin soient informés de la suspension d'un animateur pour des faits d'agression sexuelle sur cinq enfants. Depuis, il a été révélé qu'a minima 52 animateurs ont été suspendus au cours des trois dernières années pour des faits à caractère sexuel, 30 en 2025.

Dans la plus parfaite discrétion. Sans appel aux victimes, bien sûr. Sans exclure les animateurs : en les déplaçant d'un établissement scolaire à un autre sans en informer le nouvel établissement une « mauvaise habitude » selon Patrick Bloche, premier adjoint de la mairie de Paris chargé du périscolaire.

En décrédibilisant la parole des mères, qualifiées par le même homme de « mamans hystériques ». En imposant le silence pour préserver la réputation d'établissements publics face aux voisins privés, comme dans cette école publique Saint-Dominique, du 7ᵉ cossu. Là, après l'éclatement du scandale et une enquête en caméra cachée, ce ne sont pas moins de neuf agents qui ont été suspendus pour des suspicions de faits de violence physique et sexuelle.

Et l'on se souvient que c'est très exactement la même mairie et précisément les mêmes personnes qui, d'une main, faisaient un scandale national, valant commission d'enquête parlementaire, d'un climat allégué de sexisme, racisme et homophobie au collège-lycée Stanislas (lamentable et répréhensible mais relevant de propos) et, de l'autre main, couvraient des faits d'agressions physiques et sexuelles sur des enfants.

Les mêmes qui, depuis deux ans, du haut de leur vertu, retiennent (illégalement) la dotation de la ville à cet établissement… et qui déplacent en silence un agresseur sexuel d'une maternelle à une autre.

Déplacement discret des mis en cause, culpabilisation des familles, gestion en interne, priorité donnée à la réputation de l'institution plutôt qu'à la parole des enfants, déni devant les premiers signalements, invocation commode de la justice pour taire les faits le temps des procédures, intervention nécessaire des médias : cela ne vous rappelle rien ?

C'est ce qui fait la honte de l'Église, et de ses fidèles. Une honte accrue par l'ampleur de la dévastation infligée à l'enfance innocente, atteinte dans son physique, son psychisme, mais encore dans sa spiritualité. Accrue encore, pour l'Église, par la trahison absolue de la Parole que les auteurs des faits et ceux qui les ont préservés sont censés servir. C'est entendu.

Mais dites-moi, au juste, vu de la République, l'Église est-elle censée porter des valeurs supérieures? La République, l'éducation nationale ne compteraient pas la protection de l'enfance et la justice parmi leurs principes fondamentaux?

Il est temps de cesser de chercher un groupe sur lequel rejeter l'opprobre. Dans l'Église, le constat s'est imposé que tous étaient touchés, qu'ils soient traditionalistes ou progressistes. Il faut désormais comprendre que le risque est partout, public ou privé, laïc ou confessionnel, où les enfants sont accueillis, avec une triste prime au déni dans les lieux qui comportent un enjeu idéologique et réputationnel.

Il est temps de s'unir pour le seul objectif qui vaille : la protection de nos enfants. Le gouvernement avance un projet de loi. Souhaitons-lui plus d'effet qu'à d'autres annonces. Mais il s'agit, avant tout, d'un engagement de la société dans son intégralité.

Blog d'Erwan le Morhedec