Lettre ouverte à l'attention de Norbert Turini, archevêque de Montpellier
<< Semaine du 16 au 22 mars 2026 (article 14/19) >>
Lettre ouverte à l'attention de Norbert Turini, archevêque de Montpellier
Les attentes d'une victime et la réponse de son évêque.
L'auteur de cette lettre ouverte est Jean-Pierre Martin-Vallas, cofondateur du Collectif des victimes d'agressions sexuelles de jésuites (covijes). Vous trouverez ci-dessous sa lettre, ainsi que la réponse de Mgr Norbert Turini.
Lettre ouverte de Jean-Pierre Martin-Vallas à Mgr Turini
Mon frère,
Je tiens à vous renouveler mes remerciements pour la cérémonie mémorielle en mémoire des victimes de prêtres pédocriminels de vendredi soir. Vous avez employé des mots très forts, comme celui de « profanation » ou de « fautes collectives « , qui témoignent de votre reconnaissance de la souffrance de ces victimes. Beaucoup disent que ces événements ont « détruit « leur vie.
Vous avez aussi choisi un texte d'Évangile particulièrement bien adapté à cette célébration, et je vous en remercie à nouveau.
À la suite de notre entretien du 14 octobre 2023, dont je vous avais fait un compte rendu, vous m'aviez répondu que je ne vous avais pas bien compris. Je viens de relire votre réponse, et je dois dire qu'effectivement, je ne vous avais pas bien compris. Les mots de votre réponse du 16 octobre étaient déjà dans le même ton que ceux que vous avez prononcés lors de votre homélie, très puissants. Ils manifestent une vraie compréhension de la souffrance de ces victimes.
Je conçois tout à fait qu'à l'époque, mon compte rendu ait pu vous décevoir et que vous n'ayez pas compris le fond de ma pensée. En effet, je suis assez peu sensible aux mots et beaucoup plus aux actions.
Je vais donc reprendre les actions que je vous avais proposées le 14 octobre 2023, en commençant par l'importance de la médiatisation pour les victimes. Mes propositions portaient d'abord sur la mise en place de flyers de la CIASE, de la CRR et de l'INIRR sur tous les tableaux d'affichage des paroisses. J'ajouterai aujourd'hui celle de votre cellule d'écoute. Force est de constater que cela n'est toujours pas fait.
Je vous avais aussi demandé, dans le même esprit, un rapport d'activité de la cellule d'écoute. J'ajouterai aujourd'hui celui de la CDPP. Cela n'a pas été suivi d'effet. Cependant, je prends acte que vous avez pris la présidence de la CDPP.
Je vous avais ensuite parlé de la journée de mémoire et de prière pour les personnes victimes de violences sexuelles dans l'Église, instituée par la CEF. Bien que cette action ait un peu tardé, je vous remercie pour celle de vendredi.
Lors de cette messe, je devais probablement être la seule victime, contrairement à ce que vous aviez dit et espéré. En effet, je suis persuadé que, m'étant clairement déclaré comme victime lors de ma prise de parole, s'il y en avait eu d'autres, elles seraient venues me parler.
Pourtant, un calcul très basique me fait dire que les victimes sont nombreuses dans le diocèse. Leur nombre se situe entre 4 000 et 6 000. Le département de l'Hérault compte 1,2 million d'habitants pour 69 millions en France, soit 1,74 % des Français. La CIASE a établi qu'il y avait 220 000 victimes de prêtres catholiques, auxquelles ont été ajoutées 110 000 victimes de laïcs travaillant pour l'Église. Les chiffres plus précis sont donc de 3 038 victimes de prêtres dans votre diocèse, et 5 700 victimes en intégrant celles de laïcs travaillant pour le diocèse.
L'Église, et j'imagine votre diocèse, disent faire beaucoup d'efforts en ce qui concerne la prévention de ces crimes. Prévenir, c'est vouloir vivre dans une maison propre et sans tache, à l'image d'un laboratoire pharmaceutique où toutes les surfaces sont carrelées et nettoyées très régulièrement. Or, dans l'Église catholique, les placards sont pleins de cadavres : ils regorgent de victimes qui n'ont pas pu parler et restent enfermées dans le placard de leurs souffrances.
Vous avez aussi beaucoup parlé du pardon. Oui, je suis convaincu que, lorsqu'une victime réussit à pardonner à son abuseur, elle réussit à trouver la paix par rapport à sa souffrance. C'est un grand pas en avant, et cela lui permet de recommencer à vivre. Mais, en ce qui me concerne, ayant passé 13 années scolaires chez les Jésuites, j'ai appris que, lors de la confession, pour recevoir le pardon du Christ, il convenait tout d'abord de demander pardon et d'avouer les péchés qu'on avait commis. On recevait ensuite une pénitence à accomplir pour pouvoir valider le pardon du prêtre et du Christ.
J'en déduis donc que, lorsqu'un prêtre est dénoncé comme criminel, s'il veut recevoir le pardon de l'Église et du Christ, il est indispensable qu'il demande pardon à ses victimes et, pour cela, qu'il commence par les nommer toutes, permettant ainsi à l'Église de les contacter pour qu'elles reçoivent cette demande de pardon. Or, cela n'est jamais fait. Quand une victime dénonce un prêtre, l'Église se contente systématiquement de cette dénonciation, sauf, bien sûr, pour des cas très médiatiques comme ceux de l'abbé Pierre, du frère Preynat ou de Marco Rupnik, S.J. Mais trop souvent, ce sont les victimes elles-mêmes qui doivent faire le travail de recherche des autres victimes. Je pense notamment à l'affaire Bétharam et à la mienne.
J'ajouterais aussi que la pénitence que mérite ce criminel, c'est aussi de donner les noms de toutes ses victimes, dans le même esprit de pardon éventuel.
Cordialement,
JP Martin-VallasPS : Depuis bientôt 15 ans, je me bats contre l'omerta des Jésuites et de l'Église catholique. Mon moyen de lutte est de rendre publics nos échanges, que vous trouverez sur mon site : (faire Ctrl + clic gauche sur) . covijes.org
— covijes
Réponse de Mgr Turini
Cher Jean-Pierre,
Je suis très heureux que vous vous soyez retrouvé dans la célébration mémorielle de vendredi 13 mars.
Vous avez constaté vous-même que, depuis mon arrivée, nous nous efforçons d'avancer dans le sens de la prévention et de la protection des mineurs et des personnes vulnérables, avec la création du Conseil diocésain dans ce but.
Nous sommes en train également de recomposer une cellule d'écoute qui pourrait être opérationnelle au mois de septembre.
Avec le Conseil, nous pensons à rassembler l'année prochaine des personnes victimes. Il nous faudra définir le cadre de cette rencontre, le lieu et le contenu. Vous pourrez nous aider en ce sens.Comme je l'ai dit au cours de la célébration, tout ce que nous pourrons faire n'apaisera jamais totalement la souffrance des victimes, mais nous ne renonçons pas.
Wayne Bodkin travaille en ce moment sur le bilan de tout ce que nous avons entrepris.Voilà, cher Jean-Pierre. Nous n'avançons peut-être pas assez vite à votre goût, mais nous le faisons avec détermination.
Bien fraternellement,
+Norbert Turini
— covijes
Informations complémentaires
Mgr Norbert Turini
- https://eglise.catholique.fr/guide-eglise-catholique-france/personne/mgr-norbert-turini/
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Norbert_Turini
- https://www.mediapart.fr/journal/france/190923/dans-le-lot-l-eveche-protege-un-pedocriminel-et-rejette-sa-victime
- https://montpellier.catholique.fr/declaration-capmissio-4-avril-2024/
Dates clés
- 2004‐2014 Évêque de Cahors
- 2014-2022 Évêque de Perpignan‐Elne
- Depuis 2022 Évêque de Montpellier
Affaires médiatisées
L'affaire Philippe Olivier
Entre 2002 et 2006, alors qu'il est curé de Lalbenque (Lot), le père Philippe Olivier s'adonne à des masturbations, fellations et pénétrations digitales sur Mickaël, l'un de ses servants d'autel, alors que ce dernier avait entre 13 et 17 ans 🡵. Entré au séminaire en 2007, Mickaël comprend en 2011 la gravité des faits qu'il dénonce à son supérieur, le père Jean-Marc Micas. Celui‐ci prévient immédiatement son confrère Norbert Turini, alors évêque de Cahors, qui a autorité sur le séminariste 🡵.
Selon Jean-Marc Micas, Mgr Norbert Turini voit les choses de la manière suivante 🡵 :
- « Mgr Turini a dit que c'était une relation d'égal à égal et qu'ils étaient amoureux, se souvient l'actuel évêque de Lourdes. Mais pour moi, on ne peut jamais dire quelque chose de pareil. Il ne peut pas y avoir de relation entre un adulte et un enfant. »
- « Mgr Turini espérait résoudre l'affaire en convoquant les deux hommes dans son bureau, qu'ils se serrent la main et règlent ça à l'amiable. »
C'est la raison pour laquelle, suite à la plainte déposée par Mickaël 🡵 :
- Mgr Turini défendra le père Philippe Olivier avec l'argumentation de la relation d'égal à égal.
- Lors du procès, l'évêché ne se porte pas partie civile et demande à l'avocat diocésain, Maître Jacques Alary, de défendre le père Olivier plutôt que d'en faire bénéficier Mickaël. L'évêque fait également pression pour que le jugement se fasse à huis clos (ce qu'il obtient), afin de ne pas ébruiter l'affaire.
Après le procès qui reconnaît coupable le père Philippe Olivier, Norbert Turini refuse que Mickaël termine son séminaire et soit ordonné, malgré l'avis favorable des six responsables du séminaire. « Ce que les membres du diocèse de Cahors m'ont toujours fait ressentir, c'est que j'étais coupable à leurs yeux. Ils ne m'ont jamais aidé à sortir de ça. Quand ils m'ont mis dehors, j'ai compris que je les dérangeais. En 2011, un ami jésuite à qui je m'étais confié m'avait conseillé d'attendre d'être ordonné pour porter plainte. Il savait que j'allais me griller. » 🡵
CapMissio
A son arrivée dans le diocèse en 2022, Mgr Turini trouve CapMissio, une école d'évangélisation diocésaine cofondée par le père René-Luc qui en assure la direction. Suite à des alertes, il commande une visite canonique puis ferme dans la foulée CapMissio 🡵.
Diocèse de Montpellier
Archevêque : Mgr Norbert Turini
Vicaire général : Père Patrick Bonafé
Chancelier : Père Yves Dumas
Économe diocésain : Laurent Pascal
Derniers évêques
- 1996-2001 : Cardinal Jean-Pierre Ricard 🡵
- 2002-2011 : Mgr Guy Thomazeau 🡵
- 2011-2022 : Mgr Pierre-Marie Carré 🡵
- Depuis 2022 : Mgr Norbert Turini 🡵
Voir aussi :
Compagnie de Jésus
- https://www.jesuites.com/
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Compagnie_de_J%C3%A9sus
- https://www.jesuites.com/abus-et-violences-sexuelles-appel-a-temoignages/
- https://france3-regions.franceinfo.fr/bretagne/morbihan/lycee-saint-francois-xavier-de-vannes-c-etait-la-face-sombre-et-inconnue-de-l-etablissement-dans-les-annees-50-60-3188667.html
- https://www.lemonde.fr/archives/article/2003/03/13/nominations-documents-officiels_4266837_1819218.html
- https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.ecoleprovence.fr%2FLe-Pere-Francois-Xavier-Dumortier.html#federation=archive.wikiwix.com&tab=url
- https://eglise.catholique.fr/actualites/361085-p-grenet-s-j-les-ordinations-sont-un-moment-de-profonde-joie/
- https://paroisses-aixarles.fr/wp-content/uploads/sites/29/2017/08/Bulletin-paroissial-n%C2%B07-juillet-2017.pdf
- https://www.catho-bruxelles.be/nomination-nouveau-superieur-general-jesuites-pere-francois-boedec/
- https://www.jesuits.global/fr/2023/03/30/nouveau-provincial-des-jesuites-deurope-occidentale-francophone-le-p-thierry-dobbelstein/
- https://covijez.over.blog/2025/05/collectif-des-victimes-d-abus-sexuels-par-des-pretres-jesuites-7.html
- https://www.facebook.com/groups/1910594509715823/
- https://www.covijes.org
Appel à témoignages
Le site internet des jésuites dispose d’une page regroupant les appels à témoignages. Ils concernent :
- Jean Mambrino, jésuite
- Henry Collard, Albert Stevens et Jules Francken, jésuites – Collège Saint-Michel à Bruxelles
- Gilbert Lamande, jésuite – Saint-Louis de Gonzague Paris (Franklin)
- Louis Mouren, jésuite – Association les liens brisés #1
- Association les liens brisés #2
Fin 2024, sur toute la France, 176 personnes se sont manifestées (dont 139 pour dénoncer des faits d'agressions à connotation sexuelle : paroles, gestes, ou rapports sexuels) depuis 1949. Leurs témoignages ont permis d'identifier que 115 jésuites s'étaient rendus coupables d'agressions (psychiques, spirituelles, morales, physiques ou sexuelles). La cellule d'écoute rapporte également des signalements en Belgique avec 43 dénonciations pour des abus sexuels 🡵.
Sur les 115 jésuites s'étaient rendus coupables d'agressions (psychiques, spirituelles, morales, physiques ou sexuelles) 🡵, seulement 6 font l'objet d'un appel à témoignages sur le site internet des jésuites (Jean Mambrino, Henry Collard, Albert Stevens, Jules Francken, Gilbert Lamande et Louis Mouren).
Provincial pour la France
Provincial de la province de France
- 2003-2009 Père Jean-Noël Audras 🡵
- 2003-2009 Père François-Xavier Dumortier 🡵
- 2009-2017 Père Jean-Yves Grenet 🡵 🡵
Depuis 2017, provincial de la province d'Europe occidentale francophone 🡵
Collectif des victimes d'abus sexuels par des prêtres jésuites
Ce collectif a pour vocation de rassembler le plus grand nombre de victimes d'agressions sexuelles commises par des prêtres jésuites ou des laïcs employés par la Compagnie de Jésus, afin de les aider à se libérer de l'emprise mortifère toujours active de leurs agresseurs (enfermement, isolement, culpabilité, honte, peur, silence), les encourager à parler et à échanger leurs expériences. Il vise aussi à permettre d'établir un dialogue réel et de travailler de concert avec les jésuites sur un certain nombre d'objectifs essentiels pour briser le silence et rendre dignité et justice aux victimes. Toute personne sensible à cette démarche peut aussi rejoindre ce collectif 🡵.
- Le groupe Facebook : https://www.facebook.com/groups/1910594509715823/
- Le site Internet : https://www.covijes.org
- Email : covijez@gmail.com
Voir aussi :